Après la spectaculaire reprise de Palmyre par le régime syrien le 27 mars, nombreuses sont les questions entourant la situation géopolitique en Syrie. D’importants enjeux géostratégiques sont actuellement en train de se jouer en Syrie, pays au cœur du continent eurasiatique et donc au centre des préoccupations de toutes les grandes puissances. Un petit récapitulatif des derniers événements en date et des intérêts mis en jeu pour les principaux acteurs dans le conflit, s’impose donc.

La Russie, allié fort et incontournable du régime syrien, est détenteur d’importantes cartes dans ses mains, étant une des plus grandes puissances militaires sur le terrain. Une campagne militaire russe en Syrie a en effet été lancée en septembre 2015, à la demande du régime syrien, donc dans le cadre légal du droit international. Cette campagne qui, officiellement, visait à éradiquer le terrorisme en Syrie et, officieusement, à renforcer les positions de Bachar al-Assad, ciblait essentiellement les premiers mois des zones occupées par les rebelles dans la partie nord et ouest (cf : route reliant le port de Latakia à Damas ; bombardement de la ville d’Alep) avant de s’attaquer aux zones occupées par les différentes factions terroristes.

L’implication de la Russie auprès de son allié syrien ne fait pas de doute quant à ses motivations. La Syrie, étant le pays où siège une des deux seules bases militaires russes en-dehors de la communauté d’États indépendants (pays de l’ex-URSS), et la seule base navale russe en Méditerranée. C’est aussi un pays qui influe directement sur les intérêts vitaux de la Russie dans la région.

Pour Vladimir Poutine, qui craint également des soulèvements populaires ou des attaques terroristes sur son territoire, il s’agirait de faire de deux pierres un coup : éradiquer la menace que posent les « djihadistes » caucasiens à la sécurité nationale de la Russie, et réhabiliter la légitimité de la Russie en tant que leader international dans la lutte contre le terrorisme.
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Après l’annonce, le 14 mars, du retrait des forces russes en Syrie – qui n’était autre qu’une fausse annonce, car l’armée russe reste toujours active dans la région, comme l’illustre sa récente campagne militaire aérienne, sans laquelle la reconquête de Palmyre n’aurait pu avoir lieu – Poutine a su démontrer à quel point il était capable de faire évoluer l’échiquier politique en Syrie.

La communauté internationale, elle, se fait beaucoup plus discrète. La mise en œuvre d’un cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU depuis le 27 février, a permis – de manière indirecte – au régime syrien, avec l’appui de ses alliés russes, iraniens et libanais (cf : Hezbollah) de concentrer ses forces sur une offensive vers l’est (où les zones contrôlées par Daech et le Front al-Nosra sont exclues du cessez-le-feu), pour reprendre des villes stratégiques, telle que Palmyre, puis peut-être par la suite Raqqa et Deir-Ezzor.

La reprise du contrôle de ces territoires serait une victoire importante pour le clan d’Assad car elle renverserait de manière significative le rapport de force en Syrie, largement en faveur de l’actuel président. La ré-assertion de son pouvoir sur ces zones disputées lui octroierait plus d’influence et de poids dans le jeu des pourparlers qui ont actuellement lieu à Genève, au détriment de l’opposition syrienne qui, elle, verrait son pouvoir de négociation fortement réduit.

Avec Palmyre à nouveau sous le contrôle du régime syrien, l’avenir de la Syrie pourrait se jouer dans les prochains mois, avec l’avancée ou non de l’armée syrienne régulière vers les villes stratégiques de l’est ( Raqqa et Deir-Ezzor), ainsi que vers la ville d’Alep au nord, grand bastion de la résistance syrienne et l’un des plus grands centres urbains du pays. Cette dernière, jusqu’à peu contrôlée par les groupes rebelles, est actuellement prise en étau par les forces kurdes, les milices pro-régime et les factions terroristes, et pourrait tomber à tout moment.

Dans un tel contexte, les pourparlers à Genève risquent bien d’être pris en otage de la situation sur le terrain, et ainsi d’être sujets à davantage de divisions concernant les ccarte3onditions nécessaires pour une résolution au conflit.

Pourtant, les enjeux d’une telle négociation sont énormes et les décisions lourdes de conséquences, car l’issue du conflit syrien ne risque pas seulement de faire basculer le rapport de force au Moyen-Orient, mais il risque également d’avoir un impact sur tout le paysage géopolitique du continent eurasiatique. Ce qui est loin d’être une mince affaire car, pour reprendre un axiome du journaliste et politologue américain Spykman : « Celui qui règne sur l’Eurasie contrôle les destinées du monde ».

avec tsa-algerie.com

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