Le président américain, Donald Trump effectue sa première visite en Inde ce lundi et ce mardi. Il est accueilli en grande pompe par le Premier ministre indien, Narendra Modi. Entre les deux dirigeants nationalistes, la météo est au beau fixe sauf en matière de relations commerciales.

Le spectacle, les deux chefs d’État aiment ça. Quand Donald Trump se déplace en Inde, Narendra Modi sort le grand jeu.

Des milliers de partisans enthousiastes mobilisés dès la sortie de l’aéroport, un meeting géant dans le plus grand stade de cricket au monde et un parcours touristique cinq étoiles entre l’ashram du Mahatma Ghandi et les splendeurs du Taj Mahal.

À leur manière, les deux hommes perpétuent l’étroite alliance qui s’est nouée entre l’Inde aux États-Unis depuis une vingtaine d’années. Les quatre derniers présidents américains ont tous fait le déplacement sur le territoire indien.

Donald Trump prend la suite de Bill Clinton, Georges W. Bush et Barack Obama, qui n’ont jamais fait mystère de leur intention : contrecarrer l’influence de la Chine en Asie et dans le Pacifique.

L’Inde, pivot de la stratégie américaine en Asie

« Si vous cherchez un pays qui peut se frotter à une nation d’un milliard 200 millions d’habitants, que faites-vous ? Vous choisissez un pays qui a une population de la même taille, qui se situe à ses frontières, qui a une véritable armée, qui a toujours vu la Chine comme une rivale, qui a même perdu une guerre contre la Chine, ce qui garantit que les cadres militaires indiens s’en méfieront toujours, et qui voit la Chine comme une menace sur son propre territoire », souligne la chercheuse Aparna Pande, du Hudson Institute à Washington.

La chercheuse ajoute : « Avec l’Inde, les États-Unis ont pour allié un immense pays, doté d’une armée très imposante, d’un potentiel économique (…) et c’est une démocratie ».

L’Inde est le pivot de la stratégie américaine en Asie. Le pays est un partenaire diplomatique et militaire de premier plan pour Washington. Mais pas seulement.

C’est aussi l’un des plus grands marchés du monde, le troisième produit intérieur mondial et un énorme gâteau pour les multinationales américaines en quête de nouveaux marchés.

Sauf qu’à ce jour, avec un déficit de 23 milliards de dollars, la balance commerciale est très nettement défavorable aux intérêts américains.

Des relations commerciales tendues entre les deux chefs d’État

Donald Trump peut-il inverser la tendance ? Il en rêve, mais avec Narendra Modi, il fait face à un roc, « ce qui a donné lieu ces derniers mois à quelques échanges musclés entre les deux pays », rappelle l’économiste Jean-Joseph Boillot, conseiller économique à l’IRIS et membre du cercle Cyclope.

« Il y a eu la relation amoureuse du temps des démocrates, Barack Obama d’un côté et Manmohan Singh de l’autre, qui appliquaient une politique de libéralisation très américaine. Et tout d’un coup, on bascule. Aux États-Unis, Trump arrive avec son discours America First, il faut protéger le marché américain. Et c’est la même chose en Inde avec Pahale India, l’Inde d’abord. On va avoir un discours réciproquement protectionniste », analyse l’économiste.

Fidèle à sa méthode, en juin 2019, Donald Trump exclut l’Inde du Generalized System of Preference (GSP), un dispositif réservé aux pays en développement qui élimine les barrières commerciales. Ce programme avait permis aux entreprises indiennes d’exporter pour près de 6 milliards de dollars de bien sans droits de douane en 2017.

Au moment de sa suspension, la Maison Blanche justifie cette mesure punitive par le fait que « l’Inde n’a pas assuré aux Etats-Unis un accès équitable et raisonnable à ses marchés ».

Par la suite, le président américain lance les négociations autour des secteurs sensibles pour l’Inde, notamment la pharmacie et la technologie, qui sont les principales exportations indiennes vers les États-Unis.

En Inde, la valse à deux temps de Donald Trump
En Inde, la valse à deux temps de Donald Trump

En échange, Narendra Modi cède sur le commerce alimentaire et sur deux domaines très sensibles, le nucléaire et la défense.

Même si le gros des discussions semble remis au lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine, « on parle quand même de 4 milliards d’achats d’armement par l’Inde aux États-Unis », note Jean-Joseph Boillot.

Inde, Une visite aux visées politiques

Pour le dernier chapitre de cette visite, Donald Trump s’est bien gardé de l’aborder publiquement : la politique intérieure de Narendra Modi.

Entre les manifestations massives contre le projet de loi sur la citoyenneté, qui agitent le pays depuis des mois, et les critiques de la communauté internationale envers sa gestion de la crise au Cachemire, le Premier ministre indien se montre de plus en plus clivant.

Et si Donald Trump, par ce déplacement, validait sans le dire ces mesures pourtant taclées par l’ONU ou le Congrès américain ?

« Va-t-on présenter cette visite comme un triomphe pour Narendra Modi ? Bien sûr ! », répond Aparna Pande. « Mais va-t-elle stopper les critiques envers sa politique ? Non. Parce que la raison d’être de l’Inde aux yeux du monde, c’est d’être une démocratie. Démocratie, pluralisme, tolérance et laïcité. Ce modèle, c’est l’antithèse de la Chine. Si l’Inde commence à s’en écarter, le monde va se détourner de l’Inde ».

En attendant, trop content d’éviter les sujets qui fâchent, Narendra Modi renforce son aura populiste en affichant sa proximité avec Donald Trump, tandis que le président américain va pouvoir diffuser aux États-Unis les images d’une foule en liesse venue l’accueillir en Inde. Du pain bénit pour sa campagne présidentielle.

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