Enquête sur le plus vieux métier du monde www.kafunel.com Prostitution, le cercle infernal
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Enquête sur le plus vieux métier du monde : Prostitution, le cercle infernal. Le monde de la prostitution dessine des trajectoires bien singulières. Celles qui s’y meuvent, les professionnelles du sexe, en plus de braver les périls, attirent le regard chargé de réprobation d’une société attachée à sa morale collective.

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Prostitution, le cercle infernal du plus vieux métier du monde

Un silence de cathédrale ; on aurait entendu une mouche voler. On est dans une salle bien calme d’un centre de prise en charge des professionnelles du sexe.

Ces dernières, assises autour d’une table, écoutent religieusement une médiatrice blanchie sous le harnais. La sexagénaire Maguette anime un débat qui échappe à l’inquisition.

L’ambiance est plutôt décontractée, sans langue de bois, ni tabou. La médiatrice, ancienne professionnelle du sexe, le teint toujours éblouissant, la taille et la corpulence nobles, est arrivée dans ce milieu il y a plus de trente ans.

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« Grâce à sa beauté naturelle, elle ne chômait jamais », témoigne une vieille connaissance sous le couvert de l’anonymat. Mais, ceci est une vieille histoire. Elle est devenue la confidente des plus jeunes qui se livrent à la prostitution.

La médiatrice est une boîte à secret dans ce milieu de la « luxure », avec ses codes et ses anecdotes. Comme celle-ci : « L’histoire d’une autorité, dont la mère était une professionnelle du sexe avec une envie compulsive de boire de l’alcool, m’a beaucoup marquée.

Ayant fini sa provision, elle est allée dans un bar où elle s’est fait arrêter par la police. Lorsque son fils s’est rendu au commissariat pour la chercher, tous se sont mis au garde-à-vous.

Prise de honte, elle s’est jetée dans les bras de son fils qui n’a pas éprouvé de gêne à la présenter comme sa mère, celle qui l’a mis au monde ».

Complicité avec la médiatrice

Aujourd’hui mariée et mère de plusieurs enfants, elle mène une nouvelle vie. Cependant, elle n’a pas oublié la rue envahie par de nombreuses prostituées.

Consciente de ces risques, la médiatrice, rémunérée à hauteur de 80.000 FCfa par une Organisation non gouvernementale, a voulu rester à leurs côtés pour les accompagner, les orienter et les conseiller.

La complicité qui existe avec ses « filles », comme elle les appelle affectueusement, se lit dans leurs échanges. Son rôle est de faire de la médiation sociale auprès des familles des jeunes filles s’adonnant à la prostitution pour régler certains problèmes.

Dans tous les centres de prise en charge des professionnelles du sexe, il y a une médiatrice désignée et formée par des associations chargées de sensibiliser sur le Vih Sida.

Les médiatrices, à l’image des « bajenu gox » et des relais communautaires, font également un travail de sensibilisation et d’assistance sociale. Dans les centres, on leur donne des préservatifs, des lubrifiants. Bref, le nécessaire pour leur activité sexuelle.

Provisions de préservatifs et de lubrifiants

En ce lundi ensoleillé, c’est le jour de consultation pour ces professionnelles du sexe. Après les conseils, elles ont reçu une provision de préservatifs et de masques destinée à couvrir le bimestre. Maguette, qui est l’une de leurs aînées, connaît l’importance de cette journée. « J’étais une professionnelle du sexe comme elles.

Aujourd’hui, j’ai accepté d’être à leurs côtés pour les accompagner, les conseiller sur les maladies telles que les infections sexuellement transmissibles et le port du préservatif ».

D’ailleurs, elle conseille les filles de venir le lendemain de chaque rapport non protégé pour qu’elles soient mises sous Arv (antirétroviraux). Pour les consultations mensuelles, il faut juste s’acquitter de la somme de 1000 FCfa et tout le reste est gratuit.

« Tous les trois mois, elles font des consultations car la réalité dans ce milieu est que des filles acceptent certaines propositions comme des rapports sexuels non protégés ou par voie anale. Ce qui n’est pas sans conséquence sur leur corps frêle de jeune fille », indique un des médecins préposés au contrôle médical.

La raison de cette imprudence est simple : « les difficultés de la vie », confie Fatima, jeune fille de joie. Personne ne mène cette existence dissolue par simple plaisir », ajoute Juliette, une autre médiatrice.

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Des profils différents

Aïssata, teint clair, le regard éteint, a perdu son père. Mariée très jeune, elle a divorcé d’un mari fonctionnaire. À l’âge de 40 ans, elle est mère de trois filles. Le tribunal lui a donné la garde des enfants. Son chagrin, elle le partage avec sa mère.

Cette dernière est bien au courant de l’activité de débauche qu’elle exerce depuis 2014.

« J’ai une fille atteinte d’une leucémie. C’est ce travail qui m’a permis de la faire traiter. Une Ong m’a aussi aidée. Elle a été évacuée au Maroc pour des soins », confie cette belle dame qui n’a rien perdu de son éclat.

Dans ce milieu, existent beaucoup de femmes divorcées, quelquefois laissées à elles-mêmes. « Personne n’aime ce métier, mais les aléas de la vie nous obligent parfois à embrasser d’autres univers.

Avec le regard chargé de réprobation de la société, cela devient infernal », regrette-t-elle, consciente de braver bien des périls pour gagner sa vie.

Dans ce milieu aux trajectoires insoupçonnées, on trouve toutes les catégories sociales. « Parmi nous, il y a même des étudiantes qui travaillent pour payer leurs études et se faire une carrière professionnelle dans l’administration.

Ou, dès qu’elles trouvent un mari, elles abandonnent le métier pour ouvrir une nouvelle page de leur vie », confie Fatou, le regard perdu. Jeune fille originaire du Sine, cette dernière explique comment elle s’est retrouvée dans le métier depuis 2016, bien malgré elle, quand l’horizon s’est assombri, sans perspective d’emploi : « Je vis avec mes parents et possède ma carte professionnelle. Et quand je dois aller travailler, je le fais en toute discrétion. Mon téléphone me suffit pour être en interaction avec de potentiels clients ».

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APPARTEMENT, PUCES MARKETING, RÉSEAUX SOCIAUX…

On fait moins le trottoir

Quartier Ouest Foire, Talli Waly (Dakar). Une adresse qu’utilisent certaines professionnelles du sexe pour mener leurs activités. Mais la prudence est de mise.

Il faut d’abord qu’elles soient convaincues d’avoir affaire à un client pour ouvrir grandement les portes de leur appartement. Elles ne se déplacent pas. C’est au client de venir. Et c’est presque sans concession.

« Des clients appellent, tantôt passent ou se désistent. C’est vraiment différent quand on fait le trottoir où il est plus facile d’être abordée par un homme et de gagner en une nuit plus de 50.000 FCfa. Mais rester dans un appartement heurte moins notre morale collective », soutient l’une d’elles.

L’image de la professionnelle du sexe dans une maison close s’efface petit à petit. Elles sont nombreuses à louer des appartements et studios utilisés à la fois comme espace de vie et de travail.

L’usage des « puces internet » vendus dans le marché noir élargit également le champ de possibilités des travailleurs du sexe. Ces cartes sont déjà identifiées et vendues à certaines d’entre elles qui habitent dans des appartements aux quartiers Ouest Foire, Nord Foire ou Mamelles.

« Les vendeurs de ces puces assurent en même temps le marketing digital sur les réseaux sociaux. Ce qui permet aux détentrices de recevoir beaucoup de clients à travers des appels téléphoniques.

Ainsi, les filles sont obligées de reverser en contrepartie entre 15.000 et 25.000 FCfa par semaine aux particuliers qui leur vendent les puces. Cependant, ces puces ne sont utilisables que pour une durée de trois mois.

Au-delà, elles ne fonctionnent plus », raconte Aïda, une professionnelle du sexe, non sans assurer que ce procédé a beaucoup contribué à atténuer les effets de la pandémie de Covid-19.

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« Certaines professionnelles du sexe noient leur chagrin dans l’alcool ou la drogue »

Se livrer à la prostitution, c’est marcher à la rencontre de l’incertitude tous les jours. C’est se donner à l’inconnu et apaiser ses exigences. « Il arrive que l’on ait affaire à des hommes bien.

Et d’autres qui ne le sont pas, avec des envies déroutantes. Il y a certains qui veulent des relations sexuelles non protégées. Face à certaines situations, nous n’avons pas le choix.

On se donne alors à contrecœur, avec répugnance », dit Soukeyna, bouleversée par les tristes récits de ses collègues d’infortune.

Pour dissiper le chagrin, ajoute-t-elle, « certaines professionnelles du sexe fument du chanvre indien, de la drogue, d’autres s’abreuvent d’alcool ». Voilà, selon elles, les faits qui poussent les forces de l’ordre à les prendre pour cible.

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«Je préfère vendre mon corps que de voler »

Il n’y a rien de nouveau sous le ciel sénégalais. La prostitution est un vieux métier. Ces assertions jetées au hasard par Natasha dissimulent mal sa gêne. Le regard chargé de réprobation de la société est indisposant.

Mais, pour cette jeune dame, la question est ailleurs : « Je préfère vendre mon corps que de voler », dit Natasha sans sourciller. Âgée de 29 ans, Jeanne n’aime pas ressasser un passé qu’elle veut oublier car « il faut oublier le passé, vivre le présent et préparer l’avenir », se limite-t-elle à dire, heureuse d’avoir tourné la page.

Mina, elle, n’a pas encore tourné le dos au milieu de la prostitution. Habitant le populeux quartier de Yoff, elle pratique la prostitution dans la clandestinité pour se prendre en charge. C’est devenu un secret de polichinelle dans le quartier. Envisage-t-elle ainsi d’aller vivre quelque part où on ne l’« épie point ».

« TRACASSERIES » POLICIÈRES

Les explications de Me Sally Mamadou Thiam

Les professionnelles du sexe sont entre le marteau d’une société très exigeante et l’enclume d’une police régalienne. L’une d’elles déclare : « Dans la société sénégalaise, pas de grâce pour nous. Il n’y a que nos parents, la médiatrice et les médecins qui nous acceptent. Nous sommes bannies le jour et acceptées la nuit par certains ».

La médiatrice, comme les jeunes prostituées, dénonce les forces de l’ordre qui sont à leurs « trousses surtout dans les bars, ou dans certains coins de Dakar ».

Me Sally Mamadou Thiam, avocat à la Cour, précise toutefois que la prostitution n’est pas interdite au Sénégal. « Il y a juste des formalités qu’il faut accomplir pour exercer le métier ».

Selon la robe noire, « il faut s’inscrire au fichier sanitaire et effectuer des visites médicales suivies et être âgé d’au moins 21 ans ».

Cependant, Me Thiam indique que les forces de l’ordre, qui procèdent au contrôle, vérifient si la personne dispose des documents requis.

À en croire l’avocat, même si une professionnelle du sexe dispose de documents, elle ne peut pas exercer dans la rue sous peine d’être arrêtée pour racolage : « Ces documents ne donnent pas tous les droits aux prostituées ».

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La plupart du temps, elles sont arrêtées pour non inscription au fichier, défaut de carnet sanitaire ou situation de minorité ou même de racolage même si toute personne est libre de disposer de son corps dans les limites de ce que prévoit la loi, qui est différente de la morale.

Ce qui amène Me Thiam à dire que la loi est vieille et doit nécessairement être mise à jour car l’exercice de la prostitution n’est pas clairement défini.

En clair, c’est pour dire que « si la prostitution n’est pas interdite, son exercice est très difficile ».

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