La thématique toute simple mais lourde de signification sociale et culturelle. «Lan nga soloon ?» (T’étais habillée comment?) Au Musée de la Femme Henriette Bathily, l’artiste Fatou Kiné Diouf tente de répondre à cette question toujours posée aux victimes de viol au Sénégal.


Une exposition-réponse, du 18 octobre au 10 décembre 2018. Et pour tous ceux qui ont voulu prendre la parole, ce vendredi 9 novembre, le collectif Fem’Unité y a organisé un Social Open Mic dès 18h30’.

«Je ne me souviens plus de ce que je portais, mais je me souviens de la tache de sang sur ma culotte propre juste après. Je me sentais tachée.»

Ce témoignage est l’une des nombreuses réponses données par les victimes de viol. Comme pour essayer de donner à chacun sa part de responsabilité, au Sénégal en particulier, quand une personne se confie pour dire qu’elle a été violée, la première question qui vient en têtes, c’est : «Comment étais-tu habillée ?»

Dans son slam, une jeune femme se désole de tous ces préjugés : «Votre tribunal populaire continue de juger ! Eh Oui, ma jupe était trop courte, et ma bouche était trop rouge.»

Un peu comme pour lui dire qu’«elle l’a forcément cherché si c’est arrivé.»  Et l’exposition intense de Fatou Kiné veut prouver cette «inadéquation de la question.» 

Après tout, «la poser, c’est nier le fait que par viol même, on entend l’absence de consentement, qu’on installe une relation de domination où seule la personne commettant l’acte a le pouvoir de décision sur le corps qu’il contrôle.»

Des témoignages-chocs

«C’était la nuit. Dans ma chambre. Par mon beau-père.  Lorsque je l’ai raconté à ma mère, il a essayé de me tuer. J’ai encore des cicatrices au cou et au ventre là où le couteau m’a transpercée.»

Voici un des témoignages de l’exposition, au Musée de la Femme. Des textes accompagnant les habits reconstitués que portaient des victimes de viol.

Des preuves que l’habit n’y est pas pour grand-chose, sinon rien : «Je suis voilée. Ça ne l’a pas empêché de faire ce qu’il avait à faire.» Ou encore, «Un uniforme de l’armée et une arme à feu. Tout ça n’a rien empêché.»

«Je me souviens aussi de comment lui était habillé cette nuit-là. Même si, il faut l’admettre, personne n’a jamais posé cette question,» regrette Mary Simmerling, dans un poème de l’exposition.

Et au sortir de cet endroit, difficile de ne pas se sentir troublé : «J’ai peur. Je me rends compte que personne n’est à l’abri. On peut se faire attaquer n’importe où, n’importe quand, par n’importe qui. L’habillement ne freine pas le côté sadique du violeur,» constate douloureusement une femme après son tour au Musée.

Le micro tendu a libéré des voix

Beaucoup d’artistes, slameurs, poètes, ou simplement des personnes à qui le sujet parle particulièrement, n’ont pas hésité à prendre la parole, les uns après les autres.

Sous l’émotion causée par l’exposition, parfois : «C’est très intense. Et l’expo vient à point. Tu te rends compte que les victimes sont en fait victimes tout simplement,» soupire une jeune demoiselle.

Et son avis est partagé par la cinéaste Khady Pouye, qui s’est penchée sur la question depuis un certain moment : «La victime n’est jamais fautive. Pourquoi quelqu’un décide de venir arracher quelque chose qui ne lui appartient pas ?» questionne-t-elle, indignée.

Nadia, présente à l’évènement, propose qu’«il faudrait peut-être changer comment on éduque nos garçons. Ensuite comment on aborde cette question avec nos filles.»

Fadel, du mouvement ‘Y en a marre’  remarque alors que «tant qu’on reste là à en parler entre révoltés, ça ne va rien changer à la réalité. Aujourd’hui, le problème reste entier.»

Tout ce qu’il reste à souhaiter, c’est un tel combat ne s’évanouisse pas entre ces murs. Mais qu’il sorte dehors et secoue. Parce que, pour paraphraser une poétesse présente à ce panel : «A tous ceux, toutes celles qui sont violé(e)s, on vous voit, on vous croit.»

Monia Inakanyambo

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