Hervé Samb, âgé de 40 ans, le virtuose du jazz sabar

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Hervé Samb, le virtuose du jazz sabar. Rythmes mandingues, envolées bluesy, arpèges délicats convoquant la musicalité d’une kora, l’étendue des gammes et des harmonies d’Hervé Samb est si vaste qu’il donne l’impression d’être accompagné d’une formation complète.

Hervé Samb, le virtuose du jazz sabar

C’est pourtant bel et bien seul, simplement muni de sa six-cordes, qu’il déboule sur la scène du 360 Music Factory, complexe musical parisien situé dans le cosmopolite quartier de Barbès. Basse, percussion, mélodies ?

Ce virtuose de 40 ans, sobrement vêtu de noir, des bottines aux pieds frappant le sol pour donner la cadence, maîtrise tout.

Une dextérité et un sens de la composition qui attirent de nombreux musiciens et interprètes, comme les Africaines-Américaines Toni Green et Lisa Simone, pour qui il réalise les prochains albums, ou encore le prodige de la basse Marcus Miller, avec qui il a partagé la prestigieuse scène de l’Olympia.

Mais qui lui permet aussi d’accompagner sur scène les plus grands de la musique africaine comme Salif Keïta, Amadou et Mariam et Oumou Sangaré, avec qui il s’apprête à tourner.

« Ces musiciens font énormément pour l’Afrique, on a envie de faire partie de leur histoire », confie-t-il.

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Une rythmique sabar

De tous les projets, Hervé Samb s’offre avec Benn ? qui signifie « un » en wolof ? une première parenthèse en solo.

Sur son précédent et quatrième album, Teranga (2018), il rendait hommage à son pays natal entouré de son Teranga Band.

Un groupe majoritairement composé de musiciens sénégalais que le natif de Rufisque, ville située à l’est de Dakar, retrouvera bientôt pour défendre Jolof, son prochain opus à paraître courant 2022.

C’est qu’Hervé Samb n’a pas totalement chômé ces deux dernières années. Il a en effet profité de la période de confinement imposée par la pandémie liée au Covid-19 pour composer deux albums.

Pour l’heure, ce sont ses hymnes à la nature et au respect de l’environnement écrits en solitaire qu’il porte sur les planches.

« Cela m’a demandé beaucoup d’exigence technique et mentale, glisse-t-il. J’ai réfléchi complètement différemment pour trouver l’équilibre et laisser également part à l’improvisation », poursuit le petit protégé de feu Pierre Van Dormael, musicien de jazz émérite.

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« Faire ressortir ce socle commun dans ma musique »

Si le soliste se rêvait rock star, avec une carrière entamée au Sénégal à 11 ans au sein de la formation de blues Force 5, c’est dans le free-jazz qu’il finira par puiser son propre langage.

Arrivé en France en 1998, Hervé Samb fait d’abord ses classes entre Paris et Harlem, puis Chicago et New York.

« Aujourd’hui, mes allers-retours, c’est Paris-Dakar », s’amuse celui qui doit son apprentissage à la transmission orale de ses différents mentors, le Belge Pierre Van Dormae,l donc, et plus tard les joueurs de kora Noumoucounda Cissoko et Ablaye Cissoko.

« J’avais besoin d’un retour aux sources, de retrouver la musicalité du pays », glisse-t-il.

Son parcours l’amène bientôt à croiser la route du musicien sénégalais Omar Pène, puis du percussionniste Alioune Seck.

« J’ai retrouvé chez ce dernier la même envie de tenter de nouvelles choses, de mêler musiques traditionnelle et actuelle, se souvient le guitariste.

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On a commencé à concevoir des projets ensemble et à combiner sabar, harmonies jazz et classiques. »

Depuis quelques années déjà, c’est donc dans le jazz sabar, genre qu’il a inventé, qu’Hervé Samb se plaît à créer des ponts entre les genres et les cultures africaines.

« Un n’goni du Mali et un guembri d’Afrique du Nord ont la même fonction, souligne celui qui a accompagné à la guitare le groupe University of Gnawa créé par le chanteur marocain Aziz Sahmaoui.

La musicalité de ces instruments nous permet de comprendre l’histoire de notre continent, que les esclaves de la sous-région ont apporté cette culture musicale dans tout l’empire mandingue.

L’idée est de faire ressortir ce socle commun dans ma musique et de porter le message d’une Afrique unifiée ayant pour objectif un même idéal », décortique l’auteur d’« Afrotopia », morceau baptisé ainsi en référence à l’essai du même nom signé Felwine Sarr.

Si Hervé Samb regrette de ne pas se produire assez souvent sur le continent, c’est bien vers l’Afrique qu’il compte aujourd’hui se tourner avec une première date prévue le 29 octobre au festival Autour des cordes de Saint-Louis, au Sénégal.

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