94 / 100

Jean-Paul Belmondo, l’un des acteurs les plus populaires du cinéma français, est mort ce lundi 6 septembre 2021 à l’âge de 88 ans.

Jean-Paul Belmondo est décédé à l’âge de 88 ans

Il s’est « éteint tranquillement » »

Le mythique acteur d' »A bout de souffle », du « Magnifique » et du « Professionnel » est mort à l’âge de 88 ans.

Il a été le Professionnel, l’Incorrigible, le Guignolo, l’As des As et surtout le Magnifique. Des années 1960 à 1980, il a été le roi du box-office, réunissant près de 130 millions de spectateurs dans les salles obscures.

Surnommé affectueusement « Bébel », Jean-Paul Belmondo a été l’un des acteurs les plus populaires du cinéma français, alliant charme, gouaille et muscles. Il est mort le 6 septembre 2021 à l’âge de 88 ans.

Terrassé par un AVC en 2001, Jean-Paul Belmondo s’était éloigné des plateaux de cinéma et réservait ses apparitions publiques aux manifestations sportives qu’il affectionnait tant.

Toujours accompagné de son fidèle ami Charles Gérard, il continuait d’afficher son large sourire carnassier qui a contribué à son succès.

Son aura n’a jamais cessé de briller, notamment grâce aux multiples diffusions à la télévision de ses classiques et aux acteurs de la nouvelle génération qui l’adulent et s’inspirent de ses prestations.

« Enfant, je voulais ressembler à un homme comme lui », a ainsi déclaré Jean Dujardin.

L'acteur Jean-Paul Belmondo est mort à l'âge de 88 ans
L’acteur Jean-Paul Belmondo est mort à l’âge de 88 ans

« Bébel » a dû être ému par ce compliment, lui qui a subi à ses débuts la vindicte de son professeur d’art dramatique Pierre Dux: « Avec la tête qu’il a, il ne pourrait jamais prendre une femme dans ses bras, car cela ne serait pas crédible », avait asséné l’homme.

Tout au long de sa carrière, « Bébel » n’a eu de cesse de déjouer ce pronostic.

Un fils d’artistes refoulé plusieurs fois au Conservatoire

Né le 9 avril 1933, Jean-Paul Belmondo est le fils du sculpteur Paul Belmondo et de l’artiste peintre Sarah Rainaud-Richard.

A l’école, le jeune Jean-Paul n’est pas très assidu, mais pratique avec passion le sport sous toutes ses formes: football, cyclisme et, bien sûr, boxe.

Mis au vert après une crise de tuberculose, Jean-Paul Belmondo a une épiphanie: il sera comédien, ou rien.

Après plusieurs tentatives, Bébel réussit à intégrer en 1952 le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, où il forme avec Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Bruno Cremer une bande de joyeux drilles, la fameuse « bande du Conservatoire ».

Parallèlement au Conservatoire, Jean-Paul Belmondo débute au théâtre en jouant Musset, Molière et Anouilh, puis se lance au cinéma.

En 1958, il apparaît dans deux films: Les Tricheurs de Marcel Carné, dont il n’apprécie guère le tournage, et Un drôle de dimanche, où il côtoie Bourvil et Danièle Darrieux.

Sa carrière démarre doucement, mais il est heureux et marié à Renée Constant avec qui il a trois enfants: Patricia, Florence et Paul.

Sa prestation dans Un drôle de dimanche ne passe pas inaperçu. Dans les Cahiers du Cinéma, Jean-Luc Godard écrit une critique assassine du film réalisé par Marc Allégret, mais loue le jeu de Belmondo, qu’il compare à celui de Michel Simon.

Une rencontre a lieu entre les deux hommes et Jean-Luc Godard engage l’acteur pour son court-métrage Charlotte et son jules. Mobilisé, Belmondo doit se rendre en Algérie, où la guerre fait rage, et c’est Godard qui doublera Belmondo dans le film.

La révolution « A bout de souffle »

A son retour, le comédien retrouve Jean-Luc Godard qui prépare son premier long-métrage, A bout de souffle.

Belmondo décroche le rôle principal, celui de Michel Poiccard, un voyou en fuite après le meurtre d’un gendarme dans le sud de la France.

Arrivé à Paris, celui-ci démarre une liaison avec une Américaine jouée par Jean Seberg. Entre l’acteur et Godard, le courant passe mal:

« Tout m’horripile chez lui. Et d’abord ses lunettes noires. J’ai envie de les jeter dans le caniveau. Et sa diction, d’une lenteur… », a raconté l’acteur dans Paris Match en 2016.

Puis le tournage débute, Godard improvise, laissant une grande liberté à ses comédiens. Belmondo a une nouvelle épiphanie: « Jamais je ne m’étais senti aussi libre », confessera-t-il plus tard.

Dès sa sortie, A bout de souffle rencontre un immense succès. La carrière de Belmondo est lancée. La prophétie de Pierre Dux sur son physique s’est avérée fausse:

« A partir d’A bout de souffle, ça a vraiment été comme dans les contes de fée. Le téléphone a sonné du matin au soir. Je pensais que ça n’allait pas durer. Alors, j’ai accepté beaucoup de films », a raconté Jean-Paul Belmondo à Première.

« Ça a été un rêve: tout à coup, je me suis retrouvé dans les bras de Sophia Loren, de Gina Lollobrigida et de Claudia Cardinale! »

« On n’est pas des guignols »

Sa carrière lancée, Belmondo poursuit son exploration de la Nouvelle Vague.

Il travaille ainsi avec Peter Brook sur Moderato Cantabile (1960), puis retrouve Godard pour la comédie musicale Une Femme est une femme (1961) et collabore avec Jean-Pierre Melville sur Léon Morin, prêtre (1961), Le Doulos (1962) et L’Aîné des Ferchaux (1963).

Sur le tournage de ce dernier film, Belmondo se brouille avec Melville et quitte le plateau avant la fin du tournage, énervé par le comportement du réalisateur.

Si Jean-Luc Godard a fait de lui une icône du cinéma, leurs chemins se séparent rapidement. Après Pierrot le fou (1965), qui fera scandale à sa sortie, le duo ne retravaillera plus ensemble.

Belmondo s’oriente alors vers un cinéma plus commercial et s’appuie rapidement sur une poignée de cinéastes pour ses projets: Jacques Deray (quatre films), Georges Lautner (cinq films), Philippe de Broca (six films), Henri Verneuil (huit films).

« Il était inarrêtable »

Jean-Paul Belmondo est proche de Henri Verneuil et de Philippe de Broca depuis le début des années 1960. Le premier est un vieux de la vieille, auteur d’une dizaine de comédies à succès avec Fernandel.

Le second est un jeune turc de la Nouvelle Vague. Avec Philippe de Broca, « Bébel » livre des films colorés et picaresques comme L’Homme de Rio (1964, inspiré de Tintin), Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965, inspiré de Jules Verne), ou encore Le Magnifique (1973, inspiré de James Bond).

Avec Henri Verneuil, Belmondo privilégie les récits de guerre (Week-end à Zuydcoote, Cent mille dollars au soleil, Les Morfalous) ou les polars urbains (Peur sur la ville, Le Corps de mon ennemi).

C’est cette veine-là qu’il favorise également dans les années 1970 et 1980 avec Georges Lautner (Flic ou voyou, Le Professionnel) et Jacques Deray (Le Marginal, Le Solitaire).

Dans ces films, il peut aussi s’y donner à cœur joie et réaliser lui-même des cascades complètement folles – devenues sa marque de fabrique. Le cascadeur Rémy Julienne se souvient de cet acteur que rien ne pouvait arrêter:

« Non seulement il n’a jamais refusé [de réaliser une cascade], mais il n’en avait jamais assez. Il était inarrêtable. Avec lui, c’était toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus loin. Jean-Paul est un ‘animal’ très, très spécial: il avait une confiance absolue, ce qui est extrêmement rare, y compris de la part de cascadeurs professionnels ».

Avec Alain Delon, « une amitié qui ne s’est jamais tarie »

Principalement actif dans le genre policier, Belmondo accepte aussi de jouer dans quelques fictions historiques.

Il le fait d’une manière amusante: là où les acteurs acceptent de se fondre dans l’époque où se déroule l’intrigue, Belmondo conserve quoi qu’il arrive ses favoris ou sa coupe de cheveux des années 1960-1970.

C’est le cas dans Le Voleur de Louis Malle (1967), dans Les Mariés de l’an II de Jean-Paul Rappeneau (1971), dans L’As des As de Gérard Oury (1982) ou encore dans Borsalino de Jacques Deray (1970).

Grand succès populaire à sa sortie, Borsalino met en scène dans le Marseille des années 1930 la rencontre entre les deux poids lourds du cinéma français de l’époque: Alain Delon et Jean-Paul Belmondo.

Leur amitié, qui a débuté en 1957, ne « s’est jamais tarie » malgré un conflit juridique pour une formulation contractuelle non respectée sur l’affiche de Borsalino:

« Le hasard nous a épargnés en nous évitant la concurrence. Le seul rôle que je devais tenir et qu’il aura finalement eu sera celui de Monsieur Klein. Et encore, nous ne serons pas en lice en même temps », a-t-il raconté dans son autobiographie Mille vies valent mieux qu’une, avant de conclure, fair-play: « Il était parfait dans la peau de cet homme traqué par les nazis, bien mieux que je ne l’aurais été ».

« Si je n’avais pas tourné avec Verneuil, Pierrot le Fou ne se serait pas fait »
Jean-Paul Belmondo a toujours été lucide sur sa carrière.

Si « Bébel » n’hésite pas à prendre des risques en jouant dans La Sirène du Mississipi de François Truffaut (1969) ou dans Stavisky… d’Alain Resnais (1974), la donne change au milieu des années 1970.

L’échec de Stavisky… au box-office pousse l’acteur, persuadé que le public ne veut pas le voir dans des rôles négatifs, à privilégier les films à grand spectacle de Philippe de Broca ou d’Henri Verneuil.

A partir de cette période, le succès est toujours au rendez-vous, mais les films sont de moins en moins marquants.

Une forme de lassitude s’instaure, même si Belmondo mobilise toujours les foules (Le Professionnel et L’As des As séduisent chacun 5 millions de spectateurs au début des années 1980).

S’il reconnaît que certains longs-métrages de cette période, comme Le Guignolo par exemple, ne sont pas des chefs-d’œuvre, Belmondo a toujours défendu le savoir-faire de ses réalisateurs attitrés.

« Deray, Lautner ou Verneuil sont des réalisateurs qu’on a souvent massacrés. Ils ont pourtant beaucoup apporté au cinéma français.

Ce sont de très bons metteurs en scène de ce genre de cinéma », expliquait-il en 1995 à Première. « Si je n’avais pas tourné avec Verneuil, Pierrot le Fou ne se serait pas fait, et Stavisky ou La Sirène du Mississippi n’auraient pas existé! »

« Je n’ai jamais manqué de courage »

Les titres de ses films dans les années 1980 traduisent malgré tout l’essoufflement de la recette: Le Marginal, Le Solitaire…

Conscient de s’être enfermé dans un genre, Belmondo remonte en 1987 sur scène après trente ans d’absence pour jouer Kean de Jean-Paul Sartre.

C’est à cette période que Claude Lelouch le contacte pour un rôle taillé sur mesure: celui de Sam Lion dans Itinéraire d’un enfant gâté (1988).

Son rôle de chef d’entreprise lassé par la vie, qui évoque à demi-mots le parcours de « Bébel », lui permet enfin de décrocher en 1989 le César du meilleur acteur – qu’il refuse.

Après ce film-somme Itinéraire d’un enfant gâté, Belmondo joue dans une dizaine de longs-métrages, dont Les Misérables de Claude Lelouch (1995), Une chance sur deux de Patrice Leconte (1998) et Peut-être de Cédric Klapisch (1999).

Terrassé en 2001 par un AVC un mois avant la diffusion du téléfilm L’Aîné des Ferchaux, Belmondo a mis huit ans pour retrouver ses capacités motrices.

Grâce au sport, il remonte la pente: « Le sport m’a sauvé plus par rapport à l’état d’esprit qu’il procure que par rapport à l’état physique dans lequel je me trouvais », a-t-il expliqué en avril 2018 au Parisien.

Loin des plateaux, il ouvre un musée consacré à l’œuvre de son père Paul Belmondo et profite de sa fille Stella Eva Angelina, née en 2003 de son union avec Natty Tardivel.

A lire aussi

En 2008, Belmondo trouve la force pour retourner devant la caméra. Dans Un homme et son chien de Francis Huster, remake d’Umberto D. de Vittorio De Sica, il donne la réplique à la nouvelle génération du cinéma français, dont Jean Dujardin.

Malgré l’échec du film, Belmondo n’a jamais renoncé à réapparaître au cinéma. Après dix ans d’absence, il avait accepté la proposition de Fabien Onteniente de jouer dans le road-movie Coup de chapeau.

Mais le tournage avait été annulé. En 2017, Jean-Paul Belmondo avait reçu un César d’honneur. Ovationné par le cinéma français, « Bébel » avait déclaré: « Je n’ai jamais manqué de courage, ce qui fait que je suis là ».

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here