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Prospective 2021 axée sur banque d’investissement et de marchés – Gestion d’actifs. Les collaborations banques/FinTechs par temps de crise. Si les banques ont besoin des FinTechs pour accélérer leurs innovations, dans leur distribution, leurs processus voire leurs systèmes d’informations, la crise actuelle bouscule l’ordre établi. Les collaborations en cours ou à venir ont été, et sont encore, durablement impactées par cette nouvelle donne et son lot d’incertitudes.

Prospective 2021 

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L’onde de choc de la crise Covid n’a épargné ni les banques ni les FinTechs, entraînant des dégâts importants sur les collaborations entre start-up et grands groupes.

La crise n’a pas épargné les start-up et le secteur de la FinTech, même s’il reste l’un des moins touchés. Le premier confinement a eu un impact négatif pour 80 % des start-up, avec notamment 85 % d’entre elles qui constatent une dégradation de leur développement commercial [1]. Les FinTechs font partie de celles qui résistent le mieux, avec tout de même 60 % d’entre elles impactées sur le plan commercial.

Sans être le plus touché, le secteur bancaire a également souffert de cette crise sans précédent, avec un recul de l’activité économique en France qui devrait s’établir à 11 % en 2020 selon les dernières estimations gouvernementales.

Mécaniquement, les établissements bancaires ont provisionné les risques de défauts, impactant leurs résultats pour l’année 2020 qui restent à un bon niveau et démontrent ainsi leur résilience. L’année 2021 sera un nouveau test lors de la levée progressive des mesures de soutien du gouvernement à l’économie.

Dans ce contexte, les grands groupes bancaires ont eu brutalement moins de temps et d’argent à consacrer aux sujets exploratoires pour se recentrer sur les problématiques de production.

Si en temps normal les différences culturelles rendent difficiles ces collaborations [2], le contexte de crise devient un obstacle supplémentaire. Ainsi, lors du premier confinement, 70 % des alliances qui étaient en phase de prospection commerciale ont été décalées ou stoppées, ainsi que 30 % des partenariats existants et 40 % des pilotes ou des Proof Of Concept (PoC) [3].

Dans une vision optimiste, le recentrage des collaborations sur des besoins fondamentaux pourrait avoir des effets positifs sur la capacité à les transformer en réussites à l’échelle industrielle.

Malheureusement, à court terme, le risque principal réside dans des arrêts brutaux sans distinctions suffisantes, au détriment de projets qui auraient pu être transformants à long terme pour les établissements bancaires, et surtout au détriment de la survie de certaines FinTechs.

Résilience et recentrage

Le financement des FinTechs, indicateur avancé de la santé du secteur, a démontré sa résilience au cours de l’année 2020.

En revanche les premiers changements commencent à apparaître avec un recentrage sur des acteurs plus matures donc a priori moins risqués. Les fonds ont de leur côté pris un peu de retard dans leurs propres levées de fonds.

Malgré l’impact de la crise Covid, l’année 2020 présente un niveau mondial de financement des FinTechs comparable à l’année 2019 qui était déjà une année record.

Les États-Unis concentrent plus de la moitié des levées de fonds (53 %) avec quelques levées de fonds marquantes autour de solutions qui simplifient l’expérience de l’investissement en Bourse pour Robinhood (660 millions de dollars), l’usage de la banque au quotidien pour Chime (485 millions de dollars) ou le travail des collaborateurs des back-office bancaires par exemple avec via UIPath (225 millions de dollars) et ses solutions d’automatisation des processus (robotic process automation ou RPA).

L’Europe arrive en seconde position avec près d’un quart des levées de fonds FinTechs (22 %), avec notamment Klarna (650 millions de dollars), la nouvelle licorne Suédoise permettant le paiement différé sans frais, Ki (500 millions de dollars) né de la collaboration entre l’assureur anglais Brit et le géant de la technologie Google pour redéfinir l’expérience de l’assurance des locaux d’entreprises, ainsi que TransferWise (319 millions de dollars) [4].

S’agissant de la France, près de 500 millions d’euros ont été levés au premier semestre 2020, un chiffre en progression par rapport à 2019. Le paiement reste en tête avec de belles levées, notamment de Swile (70 millions d’euros) et Lydia (40 millions d’euros), suivis par les néobanques, dont Qonto (104 millions d’euros) et Memo Bank (20 millions d’euros) ainsi que les AssurTechs, avec Alan (50 millions d’euros) et Akur8 (8 millions d’euros) [5].

Nouveauté de l’année, l’intérêt croissant des investisseurs étrangers à l’image du géant chinois Tencent, opérateur de l’application de messagerie instantanée WeChat, investisseur dans la néobanque Qonto et dans la solution de paiement Lydia.

L’effet de la crise sanitaire s’est avant tout ressenti dans le décalage d’un certain nombre d’opérations, mais également dans le doublement de la taille moyenne du ticket.

Au-delà de la montée en maturité du marché, ceci s’explique par le fait que les fonds ont concentré leur énergie, au plus fort de la crise, à accompagner les start-up de leurs portefeuilles [6].

De plus, les start-up en phase de levée ont préféré les retarder pour faire appel aux aides de l’État plutôt que de céder une partie de leur capital à des niveaux de valorisation impactés par un contexte incertain.

L’année 2 021 sera à observer de près, afin de voir si les fonds vont réussir à rattraper le retard pris en 2020 concernant leurs propres levées de fonds auprès de leurs investisseurs et à maintenir leur soutien, y compris auprès des jeunes pépites de l’écosystème.

La crise, un révélateur du rôle clé des FinTechs

La crise a agi comme un révélateur du rôle clé des FinTechs dans la nécessaire accélération de la digitalisation des services bancaires. Ainsi, les acteurs traditionnels doivent continuer à s’ouvrir pour collaborer avec les FinTechs et accepter la prise de risque sous-jacente.

Tant du côté de la banque que de la FinTech, chacun a intérêt à s’appuyer sur les forces de l’autre : l’agilité, la qualité de l’expérience client et la capacité d’innovation pour les jeunes entreprises ; l’accès au marché, la capacité industrielle et la confiance pour les grandes entreprises.

Philippe Brassac, le directeur général du Groupe Crédit Agricole S.A. qui soutient fortement l’écosystème via le réseau des Villages by CA, disait en 2017 : « Des deux côtés cela signifie oser s’enrichir sans arrière-pensée de nos différences pour trouver ensemble les meilleures synergies reposant à la fois sur la puissance d’un groupe et l’agilité d’une start-up [7] ».

Pour les banques, la crise a démontré la nécessité de disposer de services qui résistent à des confinements que nous pourrions malheureusement avoir à revivre dans les mois ou années à venir, et s’avère un accélérateur de projets innovants (solutions des paiements à distance, télétravail, visioconférence avec les clients, dématérialisation des processus, etc.).

Ce fut également un révélateur de la fragilité des modèles de certaines FinTechs positionnées en concurrence directe avec les acteurs. Certaines néobanques, n’offrant pas l’ensemble des services bancaires, n’ont par exemple pas été en mesure de délivrer les prêts garantis par l’État [8] (pour celles basées en France), et ont connu une baisse de leurs revenus du fait de la chute des transactions notamment pour les dépenses de voyages ou de loisirs.

La capacité des Banques à collaborer avec des FinTechs ou Techfins [9] passe également par une stratégie d’open banking qui dépend fortement de leur capacité à APIser [10] leur système d’information au-delà des exigences réglementaires de la deuxième directive sur les services de paiement (DSP2).

L’un des faits marquants de 2020 sur le sujet a été le rachat de la start-up californienne Plaid (une solution d’architecture API pour les services financiers) par Visa pour 5,3 milliards de dollars, lui permettant de s’imposer comme un incontournable de l’open banking et de la relation avec les FinTechs, les banques ou les acteurs de l’économie traditionnels – santé, transport, immobilier, etc.

La Société Générale a fait également de l’alliance avec les FinTechs un levier pour faire face aux GAFA et BATX, et s’est engagée dans une stratégie d’open banking en faisant en 2020 l’acquisition de Treezor, offrant des services bancaires et de paiement en marque blanche, et de Shime, la néobanque pour les entrepreneurs [11].

Les collaborations FinTech/Banque devraient donc se poursuivre dans les années à venir mais sur la base de start-up plus matures dans leur modèle, capables de passer à l’échelle dans un mode industriel, afin d’accompagner la transformation des banques.

Les sujets de transformation et de coopération sont donc nombreux, et les moyens d’en tirer pleinement profit sont multiples. Reste à assumer la prise de risque dans un contexte incertain, mais n’est-ce pas là l’essence même des métiers des services financiers ?

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