Maradona, la star de football aux pages de légende d’une carrière unique. Il était l’ombre et la lumière. La grâce et la malice. Il était peut-être, aussi, le plus pur génie de l’histoire de ce sport.

Maradona : C’était les pages de légende d’une carrière unique

Précoce, imprévisible, déroutant, Diego Armando Maradona a illuminé la planète football. Le joueur et l’homme avaient aussi leur part plus sombre et sa prodigieuse carrière ne fut pas un long fleuve tranquille. Morceaux choisis d’un parcours épique.

20 OCTOBRE 1976 : LES DÉBUTS D’UN PRODIGE

Dix jours avant son 16e anniversaire, Diego Armando Maradona effectue ses débuts chez les professionnels sous le maillot d’Argentinos Juniors. Il est alors le plus jeune joueur de l’histoire du championnat argentin. Son entraîneur, Juan Carlos Montes, l’a prévenu la veille qu’il rentrerait face au Talleres de Cordoba. « Je suis rentré à la maison en courant pour l’annoncer à ma mère », raconte le Pibe de Oro dans son autobiographie.

C’est le grand jour pour ce génial gamin aux boucles brunes et aux pattes courtes, couvé depuis six ans par le club qui a mis la main dessus lors d’une journée de détection où il a tapé dans l’œil de Francisco Cornejo, devenu son père spirituel. Numéro 16 dans le dos, Maradona rentre en cours de jeu pour la seconde période, alors qu’Argentinos Juniors est mené 1-0. Ce sera aussi le score final.

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Mais, de cette journée, reste d’abord un geste : le petit pont réussi par le jeune Diego sur Juan Domingo Cabrera, première victime officielle du prodige. Trente ans plus tard, Cabrera se souvenait de ce moment pas comme les autres : « Je suis venu au pressing sur lui mais il ne m’a laissé aucune chance. Il m’a fait ce petit pont et quand je me suis retourné, il était déjà loin. » « Nous avions perdu, mais cela reste un jour mémorable, j’avais l’impression que je touchais le ciel », écrira Maradona. Il inscrira son premier but trois semaines plus tard.

7 SEPTEMBRE 1979 : CHAMPION DU MONDE, DÉJÀ

« J’ai deux rêves, disputer la Coupe du monde avec l’Argentine, et gagner la Coupe du monde avec l’Argentine », avait confié le petit Diego, 12 ans, lors de sa toute première interview à la télévision argentine. Il honore sa première sélection avec l’Albiceleste dès le mois de février 1977, à 16 ans. Pourtant, Cesar Luis Menotti le juge trop jeune pour le Mondial 1978, que l’Argentine dispute, et remporte, à domicile. Une blessure, pour le jeune Maradona.

Un an plus tard, c’est d’une autre Coupe du monde, celle des moins de 20 ans, dont la star d’Argentinos Juniors doit se contenter. Menotti en est également le sélectionneur. Il a confié le brassard de capitaine à son numéro 10. A ses côtés, on retrouve Gaby Calderon, le futur joueur du PSG, ou le buteur Ramon Diaz, qui passera notamment par l’Inter Milan et Monaco.

Au Japon, il réalise un show pyrotechnique, match après match. L’Argentine est sacrée en battant l’URSS en finale, au stade olympique de Tokyo, devant plus de 50000 spectateurs. Maradona a marqué en quarts, en demie puis en finale, d’un coup franc du gauche. Sacré meilleur joueur du tournoi, il est porté en triomphe. Il l’admettra, ce Mondial Juniors l’a fait grandir. Il y a appris les responsabilités et le sens du leadership.

9 NOVEMBRE 1980 : LE QUADRUPLÉ DU « PETIT GROS »

Avant de faire les beaux jours de Boca Juniors, qu’il rejoindra pour une saison en 1981 avant d’y achever sa carrière, Diego Maradona a été le bourreau de son futur club. Hugo Gatti, le gardien de but de Boca, a eu le tort de parler. De mal parler. Dans une interview, il moque le physique de la star d’Argentinos Juniors, le traitant de « Gordito ». Le petit gros. Lors des retrouvailles entre les deux équipes, le 9 novembre 1980, il va faire payer à Gatti ses paroles.

Déchainé, il inscrit quatre buts à la Bombonera et Argentinos Juniors s’impose 5-3. Il démarre son festival par un penalty, le poursuit d’un coup franc somptueux dans un angle fermé. En seconde période, Maradona enchaine contrôle poitrine et pichnette du gauche et parachève son festival d’un nouveau coup franc pleine lucarne. Gatti était surnommé « El Loco ». Le fou. Mais pour Maradona, c’était autre chose : « Plus qu’un problème de folie, il a un problème de jalousie. Pour moi, il était un grand gardien mais maintenant, il n’est plus personne. » L’année suivante, ils deviendront coéquipiers à Boca et remporteront le titre ensemble. Et Diego ne manquera pas de témoigner à Gatti le respect qu’il avait pour lui. Mais on ne tente pas le diable avec dieu.

26 JUIN 1983 : L’OVATION DU PUBLIC DE BERNABEU

Le transfert de Diego Maradona au FC Barcelone à l’été 1982 fait sensation. Son image en Espagne est pourtant écornée avant même ses débuts sous le maillot blaugrana. Lors du Mundial… espagnol, en 1982, il a déçu et a même terminé sur un carton rouge reçu contre l’Italie. Mais sa première année catalane est jalonnée de quelques grands moments. Il sera d’ailleurs élu meilleur joueur de la Liga.

La toute nouvelle Coupe de la Ligue espagnole (elle disparaitra dès 1986) s’offre un Clasico en deux manches. Le match aller a lieu à Santiago-Bernabeu. Plus que le score final (2-2), l’histoire va retenir le but du Pibe de Oro, le plus fameux de sa période barcelonaise. Lancé plein axe, il se présente devant Agustin, le gardien du Real, qu’il efface tranquillement. Maradona n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets mais, dans une folle audace, il semble attendre le retour de l’arrière droit madrilène, Juan Jose, pour mieux l’éviter, lui aussi, avant de marquer.

Eberlué, le public de Santiago-Bernabeu réserve alors une standing ovation au joueur argentin. Pour la première fois dans l’histoire du Clasico, un Blaugrana est salué de la sorte dans l’antre de l’ennemi. Parce qu’il le valait bien.

24 SEPTEMBRE 1983 : LE BOUCHER DE BILBAO

Diego Maradona n’a pas été heureux en Espagne. Si sa première saison n’a pas manqué d’allure, la seconde sera cauchemardesque, à tous points de vue. Ses frasques extra-sportives agacent et il amorce d’ailleurs en dehors des terrains une lente descente aux enfers. C’est au cours de son passage en Catalogne qu’il commence à consommer de la cocaïne. Sportivement, il connait la plus grave blessure de sa carrière, causée par le boucher de Bilbao, Andoni Goicoetxea.

Ce soir-là, le Barça se promène contre l’Athletic : 4-0. Ce qui aurait dû rester un match sans histoire vire à la catastrophe lorsque Goicoetxea surgit derrière le Pibe de Oro qui ne l’a pas vu venir et lui assène un tacle assassin : fracture de la cheville gauche avec arrachement des ligaments. Le défenseur basque ne nourrira jamais le moindre remord, allant même jusqu’à poser en photo, tout sourire, dans les médias avec sa chaussure, avec ce message : « La chaussure qui hante Maradona. » « Le Crime », titre El Mundo Deportivo. Maradona sera absent des terrains trois mois et demi et quittera Barcelone l’été suivant.

Ironie suprême, il achève son mandat catalan en finale de la Coupe du Roi, le 5 mai 1984, contre… l’Athletic Bilbao. Le Barça s’incline (1-0) et Diego pète les plombs, en étant l’instigateur d’une bagarre générale. Jusqu’au bout, son histoire avec le FC Barcelone et l’Espagne aura été difficile.

22 JUIN 1986 : DIEGO, DIABLE ET BON DIEU

Incontournable, évidemment. Ce quart de finale de Coupe du monde entre l’Argentine et l’Angleterre demeure le match le plus célèbre de la carrière de Diego Maradona. Au-delà de lui et des deux nations concernées, il s’agit même probablement d’une des pages les plus inoubliables de toute l’histoire du football. Diable et bon dieu, fourbe et génial, il va trouver le moyen de synthétiser en quatre minutes, pas une de plus, tout ce qu’il était, entre ombre et lumière.

51e minute : le numéro 10 de l’Albiceleste s’élève dans la surface de réparation et, à la lutte avec le gardien Peter Shilton, dresse la main gauche pour détourner le ballon dans le but anglais. L’arbitre n’a rien vu, ses assistants non plus. Le but est validé. Une des plus grandes escroqueries jamais vues sur un terrain de football, en tout cas dans un match de cette importance. Tout a été dit sur la fameuse « Main de Dieu », comme Maradona lui-même la baptisera.

55e minute : Les Anglais ont à peine le temps de se remettre de cette ouverture du score que Maradona, laissant ses mains où elles doivent être, laisse cette fois parler ses pieds. Parti de son propre camp, le meneur de jeu napolitain passe en revue plus de la moitié de l’équipe anglaise incapable de le stopper, avant de tromper Shilton de près. Du pur génie. C’est le but de sa vie.

29 JUIN 1986 : SUR LE TOIT DU MONDE

Une semaine après l’Angleterre, l’Argentine de Maradona va au bout de son destin en devenant championne du monde au stade Aztèque de Mexico. Entre temps, l’idole a signé un nouveau doublé, en demi-finale, face à la Belgique. Un match injustement oublié, peut-être un des chefs-d’œuvre de Maradona sous le maillot argentin. Mais c’est évidemment ce titre qui l’installe définitivement dans le gotha.

Face à l’Allemagne de l’Ouest, le Pibe de Oro ne marque pas. Bien tenu par le plan tactique mis en place par Franz Beckenbauer, il peine à briller, mais c’est tout de même lui qui délivre la passe décisive pour le Nantais Jorge Burruchaga à la 84e minute. Le but du titre (3-2), alors que la RFA avait recollé au score quelques minutes plus tôt. Il assouvit le rêve d’une vie et l’image de Maradona, porté en triomphe par ses équipiers, le célèbre trophée dans les bras et le visage transpercé de bonheur dans la lumière de cette après-midi mexicaine, demeure une des images les plus fortes de sa carrière. A juste titre. Il a 26 ans. Le football, le monde et le monde du football sont à ses pieds.

10 MAI 1987 : LE NAPOLI ROI D’ITALIE

Ce n’est pas le match le plus marquant de la carrière de Diego Maradona. Mais c’est un des moments qu’il chérissait le plus. Le 10 mai 1987, Naples reçoit la Fiorentina. C’est l’avant-dernière journée du championnat. Le Napoli se contente d’un nul (1-1) mais peu importe. Ce petit point suffit au club du président Ferlaino pour décrocher le premier Scudetto de son histoire. Naples, la ville du sud, toisée par les grandes métropoles du nord, devient reine d’Italie, puisque le football est roi dans ce pays.

Au coup de sifflet final, le peuple de San Paolo envahit la pelouse. Débutent alors dix journées de célébration dans la ville. Une invraisemblable fiesta. Des simulacres d’enterrement des rivaux du Napoli, à commencer par l’AC Milan et surtout la Juventus, si dominatrice depuis plusieurs saisons, sont organisées. Quatre jours après son titre, Naples et Maradona ajoutent la cerise sur le gâteau en signant le doublé avec une victoire en finale de la Coupe d’Italie, contre l’Atalanta. Maradona inscrit un doublé. Naples célèbre son dieu vivant. La relation que l’Argentin a su tisser avec la ville demeure unique dans l’histoire du football.

19 AVRIL 1989 : LIVE IS LIFE, DIEGO

Longtemps malheureux sur la scène européenne avec le Napoli, Diego Maradona va guider le club campanien jusqu’au titre en Coupe UEFA en 1989. Une victoire en finale face à Stuttgart et, avant cela, un quart de finale brûlant contre la Juve et une demie maîtrisée contre le Bayern Munich. Une scène va alors s’inscrire dans la légende du Pibe de Oro. Avant la demi-finale retour, à Munich, Maradona s’échauffe, tranquillement. Lacets défaits, veste sur le dos, décontracté. En fond, la sono de l’Olympiastadion crache le tube du groupe autrichien Opus, « Live is Life ».

Les deux minutes qui suivent deviendront cultes. Maradona sourit, danse, et jongle. Des pieds, de la tête, il fait ce qu’il veut. Son aisance est folle. Il semble en rythme avec la musique. Le moment incarne plus que jamais la phrase que Michel Platini prononcera des années après : « Ce que Zidane fait avec un ballon, Maradona le faisait avec une orange. »

Si les réseaux sociaux avaient existé, le buzz aurait été gigantesque. A l’époque, la petite séance de jongles de Diego passe presque inaperçue. Il faudra un documentaire sur la vie et la carrière de Maradona, un quart de siècle plus tard, pour donner une viralité tardive à la séquence. Elle incarne surtout l’image d’un Maradona heureux et épanoui, au moins en apparence. A 29 ans, il est encore au sommet de sa gloire. Après cela, « Live is Life » deviendra populaire à Naples, au point que le morceau sera souvent joué à San Paolo avant les matches du Napoli.

3 JUILLET 1990 : LA DOUCE NUIT DE NAPLES

Au printemps 1990, Diego Maradona a offert son deuxième titre de champion d’Italie au Napoli qui, trente ans après, attend toujours le troisième. Son autre grand défi, c’est la défense du titre mondial de l’Argentine. La Coupe du monde a lieu en Italie. L’Argentine patauge, perd le match d’ouverture contre le Cameroun, se qualifie ric rac pour les huitièmes de finale, y élimine le Brésil lors d’une purge de match bien symbolique ce cette compétition footballistiquement infecte, puis passe aux tirs au but sans marquer contre la Yougoslavie en quarts.

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Ce n’est pas beau, Maradona lui-même est loin du génial créateur de 1986, mais l’Argentine est en demi-finale. Parce que le hasard, l’histoire ou ce que vous voudrez fait bien les choses, cette demie, l’Albiceleste la joue à Naples. Contre l’Italie. Pour un peu, c’est Diego qui reçoit et joue à domicile contre la Squadra. Il mobilise son peuple, lui demande de le soutenir lui, plutôt que cette Italie qui la méprise. Beaucoup n’auront pas à se forcer pour se réjouir de la victoire argentine, aux tirs au but encore, au bout de la nuit.

L’histoire finira mal, avec une défaite en finale, à Rome, la capitale, contre la revancharde (et supérieure) Allemagne. Et les larmes de Maradona, conspué. Il ne méritait pas ça.

1ER JUILLET 1994 : LE BANNI

L’histoire finira mal. Jusqu’au bout. C’était écrit. Après quatre années d’errements (un contrôle positif à la cocaïne en 1991, un transfert à Séville pour un échec sportif), l’Argentine veut pourtant croire que l’histoire sera belle lorsque Diego Maradona revient en grâce pour la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. Il semble revigoré, inscrit un but somptueux face à la Grèce. Ce sera son dernier en sélection. Contrôlé positif à l’éphédrine, il est banni de la compétition et crie au complot, en vain.

Ainsi aura joué et vécu Diego Maradona, génie admiré mais homme contesté. Ses frasques, ses phrases, ses excès, tout cela a pesé, l’a souvent entraîné très bas. Mais à l’heure du grand départ, cela ne doit rien peser face à ce qu’il a laissé à ce sport qu’il a su transcender. Dans cette dualité où l’ombre doit l’emporter sur la lumière, Gaby Calderon a tout résumé mercredi : « Je ne te juge pas pour ce que tu as fait de ta vie, je te remercie pour ce que tu as fait de la nôtre ».

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Kafunel avec Eurosport
Crédit Photos : Eurosport

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