Abdou Diouf soumis à une fouille corporelle à Ottawa — au Canada. Cet incident diplomatique a fait le tour de l’actualité du web et des réseaux sociaux. Ah oui. Tenez-vous bien !

En mai 2006, il subit une fouille corporelle à son arrivée au Canada, un incident diplomatique qui causa un profond remous dans les relations avec le Sénégal.

Il a beau diriger l’Organisation internationale de la Francophonie et être à ce titre considéré comme un dignitaire de la stature de Kofi Annan, Abdou Diouf a été reçu mercredi à l’aéroport de Toronto non pas par un comité d’accueil ministériel mais par des agents de la douane, qui lui ont imposé… une fouille corporelle. En outre, le premier ministre Stephen Harper, qu’il croyait rencontrer hier, lui a fait faux bond.

Josée Verner, ministre dans le gouvernement de Stephen Harper, ayant déclaré qu’aucune rencontre n’était finalement prévue avec Abdou Diouf et que des excuses n’étaient donc pas nécessaires.

M. Diouf fait une visite officielle au Canada cette semaine pour assister à la Conférence ministérielle de la Francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine.

Cette rencontre s’inscrit dans la démarche entreprise il y a quelques années par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) afin de s’imposer comme un organisme international plus politique. M. Diouf est venu ici à l’invitation du Canada.

Pourtant, aucun ministre du gouvernement conservateur, pas même la ministre responsable de la Francophonie, la Québécoise Josée Verner, ne s’est déplacé pour le recevoir à l’aéroport. Et malgré son passeport diplomatique, le Sénégalais a été soumis à une fouille.

Le gouvernement prétend qu’aucune rencontre entre le secrétaire général et le premier ministre n’était prévue. Le site Internet officiel de l’OIF, lui, indique le contraire.

«À Ottawa, le 11 mai, il s’entretiendra, notamment, avec le premier ministre canadien, le très honorable Stephen Joseph Harper, et avec la gouverneure générale, Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean», est-il écrit.

Ce sont deux députés libéraux qui ont soulevé cette question à la Chambre des communes hier, Bernard Patry (Québec) et Raymond Simard (Manitoba). M. Patry a demandé au premier ministre pourquoi il n’avait pas rencontré M. Diouf.

«Est-ce sa nouvelle façon de respecter les francophones du Canada que de ne pas accueillir avec tous les égards celui qui incarne la défense du fait français dans le monde?» M. Simard, lui, a déploré la fouille corporelle, un «incident diplomatique» qui, selon lui, «entache sérieusement la réputation internationale du Canada».

La ministre Josée Verner s’est contentée de répondre par des généralités, indiquant qu’elle avait parlé à M. Diouf au téléphone.

«Il était ravi d’être arrivé à Winnipeg, a-t-elle déclaré. Nous avons convenu de se [sic] rencontrer demain [aujourd’hui] dans le cadre d’une conférence ministérielle de la Francophonie. Nous estimons tous deux que cette dernière sera fructueuse.»

À sa sortie de la Chambre des communes, Mme Verner a été totalement incapable de répondre autre chose que les banalités préparées par son entourage. Impossible, donc, de savoir si elle avait présenté ses excuses à M. Diouf.

«Pour M. Diouf hier, l’entretien que nous avons eu était absolument cordial. Il était ravi de m’entendre, et puis je suis convaincue qu’il vous dirait la même chose», a affirmé Mme Verner.

Mais ne trouve-t-elle pas que le fait de soumettre M. Diouf à une fouille était une bien étrange façon de l’accueillir?

«Bien moi, je trouve, écoutez, que je l’ai très bien accueilli. Je l’ai appelé hier et puis on s’est donné rendez-vous pour demain. Alors il était ravi de sa conversation.» Selon Mme Verner, l’incident est clos.

L’entourage de M. Diouf, joint hier à Winnipeg par Le Devoir, n’avait pas de précisions à fournir à ce sujet. Pour ce qui est de la rencontre avortée avec le premier ministre, l’attachée de presse du secrétaire général, Julie Tilman, a répondu que «c’est aux autorités canadiennes qu’il faut parler de cela».

Le député Bernard Patry, qui, de par son rôle au sein de la Francophonie, dit avoir rencontré M. Diouf à plusieurs reprises et connaître son entourage, est persuadé que le secrétaire général avait bel et bien prévu de rencontrer le premier ministre et que cette rencontre a été annulée.

«Il a été président de la République du Sénégal et il est dans son deuxième mandat comme président de l’OIF. On ne va pas mettre à l’agenda de cette personne une rencontre avec le premier ministre s’il n’en a pas une. Ils savent, dans son entourage, comment ça fonctionne. Il a toujours fait de l’international. Il s’est adressé aux Nations unies et un peu partout dans le monde.»

En outre, M. Patry est estomaqué qu’une fouille ait pu être imposée à M. Diouf.

«Voyez-vous un George Bush ou un Kofi Annan à qui on dirait: « Enlevez vos souliers pour voir »?», a-t-il lancé.

«Il a un passeport diplomatique et, au niveau de la sécurité, il a le plus haut grade, comme [le secrétaire général des Nations unies] Kofi Annan. Quand on a quelqu’un qui voyage avec un passeport diplomatique de cette stature, le gouvernement aurait dû faire tout ce qu’il devait faire et il ne l’a pas fait, et c’est grave.»

Denis Coderre, lui-même ministre responsable de la Francophonie sous Paul Martin en 2003-04, s’est dit scandalisé par ce qu’il qualifie d’«impair diplomatique important».

«Il y a eu un manque au niveau du protocole. Il y a eu un manque au niveau du bureau du premier ministre. Son Excellence Abdou Diouf a tous les pouvoirs d’un chef d’État, c’est un dignitaire extrêmement important sur la scène internationale.»

Selon lui, le premier ministre devrait appeler M. Diouf et Mme Verner devrait présenter ses excuses en Chambre au nom du gouvernement.

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