Les Sao du Tchad ont déclaré forfait pour les trois dernières journées des qualifications pour la CAN 2017, juste avant un déplacement en Tanzanie. Officiellement, pour un problème d’argent. Mais en réalité, c’est un signal d’alarme lancé par les joueurs pour qui la mauvaise gouvernance du football tchadien n’a que trop duré… Seront-ils entendus ?
À lire aussi
Football : Chris Mavinga s’apprête à jouer un match RD Congo-Angola au goût particulier

Football : Chris Mavinga s’apprête à jouer un match RD Congo-Angola au goût particulier
Football : les “Black Stars” du Maghreb
Football : qui sont les Africains encore en lice en Ligue des champions ?

La nouvelle est tombée dimanche 27 mars, la veille du match programmé en Tanzanie comptant pour la 4e journée des qualifications pour la CAN 2017. Battus le 23 mars à N’Djamena à l’aller (0-1), les Tchadiens, dans un groupe complété par l’Égypte et le Nigeria, devaient y abattre leur dernière carte. Mais un courrier de la fédération tchadienne, adressé à la Confédération africaine de football (CAF), a tout réglé.

« Le pays subit les effets de la conjoncture économique mondiale, et par ricochet, notre participation aux différentes compétitions prend un sérieux coup (sic) du fait de l’indisponibilité financière. » Le Tchad, dont les résultats des trois premiers matches ont été annulés – précipitant l’élimination du Nigeria – était forfait pour la suite des éliminatoires. La CAF l’a suspendu pour l’édition 2019 et lui a infligé une amende de 20 000 dollars.

« Les dirigeants sont incompétents »

Face à cette communication minimaliste de la fédération tchadienne, Jeune Afrique a contacté Mahamat Labbo (27 ans), l’attaquant des Sao présent à N’Djamena. Et le joueur de Bourny (France) a livré une version beaucoup moins édulcorée.

« Cela fait des années qu’on nous prend pour des c… Le jour du départ, les dirigeants sont venus nous dire qu’ils ne pouvaient pas nous donner l’intégralité de la prime – 800 € – mais la moitié. Et que pour le reste, on verrait plus tard, tout en expliquant que les joueurs qui n’avaient pas été retenus pour aller en Tanzanie n’étaient pas concernés par cette prime. Ces primes étaient importantes, surtout pour des joueurs qui évoluent au pays et qui ont des salaires très modestes. Face à cette attitude, on a décidé de ne pas partir. Nous en avons marre de devoir avancer régulièrement l’argent de billets d’avion pour venir en sélection sans être assurés d’être remboursés, de s’entraîner avec des équipements pourris, d’être mal logés et de s’entendre dire qu’il n’y a pas d’argent pour nos primes. Lors du match retour en Égypte, qualificatif pour la Coupe du Monde 2018 en novembre (0-4, 1-0 à l’aller), on est parti le jour même. On a dû se changer dans l’avion, et arriver au stade en retard. »

Une bande de copains dirige le foot tchadien et bouffe une partie des sommes destinées à notre football

Constat partagé par N’Doram

Et Labbo de préciser sa pensée. « Les dirigeants sont incompétents. Ils disent qu’il n’y a pas d’argent ? Faux ! Une bande de copains dirige le foot tchadien et bouffe une partie des sommes destinées à notre football pour envoyer leurs enfants étudier à l’étranger ou se payer des maisons. Cela ne pouvait plus continuer ainsi. »

Des déclarations qui n’ont pas surpris l’ex international Japhet N’Doram (ex-Nantes, Monaco), le meilleur joueur de l’histoire de son pays. « C’est exactement le constat que je fais. Je comprends les joueurs. Mais il n’y a aucune réaction au niveau politique. » Et désormais, le Tchad ne devrait pas rejouer en compétition officielle avant 2020, date du début des qualifications pour la Coupe du monde 2022.

avec Jeune Afrique

LAISSER UN COMMENTAIRE