Pourquoi je révèle en ligne que je suis séropositif du VIH/sida ?

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Le VIH/sida n’est pas une fatalité pour cette ivoirienne de 29 ans qui avoue publiquement son statut sérologique. Pourquoi je révèle en ligne que je suis séropositif. Nous rencontrons deux activistes africains utilisant les médias sociaux pour lutter contre la stigmatisation liée au VIH/sida et donner de l’espoir aux autres.

VIH/sida : pourquoi je révèle en ligne que je suis séropositif

Andréa Mestre
Andréa Mestre

Sur ses pages Facebook et Instagram se mélangent pêle-mêle vidéos et messages informatifs, slogans contre la stigmatisation en direction des personnes séropositives et photos de familles. Elle, c’est Andréa Mestre, ivoirienne de 29 ans vivant en France, diagnostiquée il y a sept ans.

Ses pages sur les réseaux sociaux servent de plateforme d’échanges et de sensibilisation sur ce qu’est la vie avec le VIH depuis un an.

‘Montrer aujourd’hui c’est quoi une personne séropositive en 2021 »

Tout commence en 2020 lorsque la jeune maman de trois filles décide de partager son statut sérologique sur les réseaux sociaux. Au moment où elle apprend qu’elle est positive au VIH, la jeune femme est dévastée. Et selon ses mots, la prière fait partie des choses qui l’ont aidée à sortir des ténèbres. Elle a donc raconté son histoire dans un premier temps  »pour témoigner de la puissance de la foi ».

A la suite de ce post, elle reçoit  »énormément de messages de personnes séropositives ou leurs proches qui étaient tellement contents d’avoir quelqu’une qui est séropositive à qui parler, qui peut les comprendre ». L’expérience lui a ouvert les yeux.

 »Il y avait énormément de souffrance. Donc c’est à partir de ce moment que j’ai vraiment décidé d’en faire une lutte au fait, donc de communiquer via les réseaux sociaux parce qu’il y avait là un public, les gens sont vraiment connectés et le message passait », dit-elle.

Cette souffrance, Andréa l’a vécue lorsqu’elle découvre son statut sérologique à l’âge de 22 ans. C’est une période très difficile. Je suis passée par plusieurs émotions.

La colère, l’incompréhension, la tristesse, la dépression. Voilà, je fais une tentative de suicide. Je n’arrivais pas à accepter ce statut-là ».

Mais avec le soutien de ses proches et plus tard de celui qui allait devenir son mari, la jeune femme remonte la pente et décide de tendre la main à d’autres personnes vivant des difficultés similaires.

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Avec des artistes ou des influenceurs connus dans la sous-région, elle fait des live sur Instagram pour partager son expérience, donner des conseils et des informations.

Le rêve d’une nouvelle génération sans VIH

Kami Franck Oba, Béninois de 30 ans, milite également sur les réseaux sociaux contre la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et les discriminations qui les affectent.

Kami Franck Oba
Kami Franck Oba

 »C’est plus pour sensibiliser la jeunesse, les jeunes, et les ados, parce que le taux de prévalence chez les jeunes n’est pas faible. Et si nous avons une jeunesse malade, la nation sera malade parce qu’ils vont transmettre le virus et on ne s’en sortira pas. »

Franck, qui est séropositif, rêve d’une nouvelle génération sans VIH.

Sa première réaction à l’annonce du diagnostic du VIH en 2009 a été le déni. Quand finalement il s’en ouvre à son partenaire de l’époque, ce dernier refuse que la nouvelle s’ébruite, lui interdit d’en parler à ses amis et même de prendre un traitement, raconte-t-il.

 »Je suis resté un an sans prise en charge. J’étais.. j’avais peur, voilà. J’avais constamment peur, constamment. Et puis, j’étais avec un partenaire autoritaire qui à la limite me menaçait. Je n’avais pas le droit de parler de ça à quelqu’un. J’étais coupé de tous mes amis et j’avais déjà des problèmes avec ma famille ».

Au bout d’un an, un ami rencontré à l’université convainc Franck de se prendre en charge, lui rappelant que s’il est bien portant à ce moment-là, sa santé pourrait se détériorer s’il continue à ne pas prendre de traitement. Franck finit par l’écouter et commence un traitement.

Dans la foulée, il parle de son statut sérologique à plusieurs amis et commence bientôt à collecter des préservatifs pour les redistribuer à d’autres étudiants.

Des discussions de groupes aux échanges en tête à tête avec d’autres étudiants, Franck se rend compte que beaucoup de jeunes ne prennent pas suffisamment leurs précautions. Il décide donc d’utiliser son histoire personnelle comme un outil de sensibilisation sur les réseaux sociaux.

 »Les raisons qui m’ont poussé à en parler sur les réseaux sociaux n’ont pas changé, elles se sont même renforcées », dit Franck.

Le jeune homme assure que si c’était à refaire, il n’hésiterai pas.

Cependant, il fait remarquer que les gens ne sont pas dans l’obligation d’afficher leur statut sérologique. L’important estime Franck est que ceux qui savent qu’ils sont séropositifs, se mettent sous traitement.

« Je ne conseille à personne de révéler son statut sérologique comme moi, parce que tout le monde n’a pas forcément la force psychologique et mentale que j’ai.

Tout le monde ne peut pas supporter la stigmatisation dont je suis victime au quotidien. Et si quelqu’un me dit j’ai envie de révéler mon statut sérologique, je lui conseille de bien peser le pour et le contre avant de se lancer.  » ajoute-t-il.

En finir avec la sérophobie

Le VIH continue de susciter la peur et la stigmatisation, même si les progrès médicaux permettent aujourd’hui de la gérer par des régimes de traitement composés d’une combinaison de médicaments antirétroviraux (ARV).

Andréa a fait l’expérience de ce rejet.’ ‘Ça tue, la sérophobie. Moi c’était des paroles du genre : « Je respire la mort ». Mais je connais des personnes qui ont été chassées de leur famille parce qu’elles sont séropositives, qui ont eu des mariages annulés parce que le conjoint a découvert qu’elles sont séropositives.

Il y a des personnes aussi qui ont perdu leur boulot à cause de leur statut sérologique. Il y a énormément de discriminations surtout en Afrique », note la jeune femme.

Franck raconte que son expérience de la sérophobie a été et demeure communautaire. »Ce sont mes autres pairs LGBT qui me persécutent. Je suis désolé de le dire comme ça, mais ça reste une réalité et voilà. Je le vis toujours au sein de ma propre communauté parce que je suis séropositif. »

La stigmatisation, il la subit aussi sur les réseaux sociaux, dit-il, avec des commentaires et des messages sérophobes et homophobes en privé et des fois sous ses posts.

Un cas rare où le corps d’une femme élimine lui-même le VIH

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Pour l’ancienne ministre de la santé du Sénégal et spécialiste du VIH/sida, le docteur Safiatou Thiam, il faut que les gens puissent considérer le VIH comme une infection chronique.

« On ne fuit pas les personnes qui ont le diabète, on ne fuit pas les personnes qui ont l’hypertension, et on ne devrait pas aussi fuir les personnes qui ont le VIH », martèle-t-elle.

Briser les mythes

Pour Andréa, une des raisons de cette stigmatisation est le manque d’informations actualisées.

 »Il y a énormément d’informations erronées. On a gardé vraiment les informations des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix surtout en Afrique, et ça n’a pas trop évolué comparé aux avancées de la médecine. »

Il y a selon Andréa, l’idée tenace selon laquelle une femme séropositive ne peut pas mettre au monde un enfant séronégatif, « ce qui est totalement faux ».

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En réalité, des progrès ont été réalisés pour réduire le nombre d’enfants nés avec le VIH.

Le risque de voir une femme vivant avec le VIH transmettre le virus à son enfant peut être réduit à 5 % ou moins grâce à un traitement antirétroviral efficace pendant la grossesse, lors de l’accouchement et pendant la période d’allaitement, selon ONUSIDA.

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Franck donne l’exemple de ce qu’il considère comme un des principaux mythes sur le sida en Afrique.

 »Ce que j’essaie de combattre, c’est tout simplement l’idée que le VIH/sida touche seulement les homosexuels. Les gens continuent de croire que le VIH/sida n’existe pas et que même s’il existe, ce ne sont que les homosexuels qui en souffrent », déplore Franck.

En fait, selon les chiffres de l’ONUSIDA, en 2020, environ 38 millions de personnes dans le monde vivront avec le VIH, dont deux tiers en Afrique subsaharienne.

L’organisation note également que dans la région, les femmes et les filles représentaient 63 % de toutes les nouvelles infections au VIH en 2020.

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