Abou Diop propose à Thiès lâagroécologie urbaine pour remédier au rétrécissement des espaces agricoles. Abou Diop, un passionné de la nature, notamment dâagroécologie, sâest reconverti depuis sa retraite en 2013 en herboriste, semant en pots et sur la terre ferme des légumineuses, des arbres fruitiers, des plantes médicinales et ornementales, venant des quatre coins du monde. Une aventure qui avait déjà démarré depuis 2004. Aujourdâhui, il a plus de deux-cent espèces dans sa collection, qui ne cesse de croître. Sa soif insatiable de savoir lâamène à toujours expérimenter de nouvelles variétés qui lui sont envoyées de partout.
Abou Diop propose à Thiès lâagroécologie urbaine pour remédier au rétrécissement des espaces agricoles

Sa maison sise au quartier Nguinth dans la ville de Thiès, est un arboretum, en trois niveaux, mais aussi un centre de recherche.
Au rez-de-chaussée, où il prépare le compost, il y a une variété de plantes : un pied de ââmaddââ, une variété de bananier venue de Centrafrique, du romarin, du thym, du jasmin, de la moutarde, venus dâEurope, au deuxième, des plantes venues de Russie.
Un micro-climat sâest créé, avec des oiseaux qui viennent profiter de lâombre et des insectes. Il a récemment fait venir des lombrics pour accélérer la décomposition de la matière organique.
Aujourdâhui, il se plaît à démonter les idées reçues qui avaient fini de faire admettre quâune bonne partie de plantes dites européennes ne peuvent pas pousser sous nos tropiques. Au troisième niveau, il teste en pépinières les semences qui lui viennent de lâétranger.
ââOn mâa toujours appris cela dans ma formation, je lâai toujours enseigné à mes élèves, mais je me suis rendu compte que câétait fauxââ, dit non sans fierté, lâingénieur agronome formateur à la retraite, qui a fait le tour de la plupart des écoles et centres de formation agricole du pays. Il lâa démontré à travers ses expériences réalisées dans des bidons dâhuile vides, des bouteilles dâeau recyclées quâil utilise comme contenants.
On produit des légumes et des fruits pour manger
ââNous avons constaté quâil y a de plus en plus un rétrécissement de lâespace agricole. Nous avons estimé que dans quelques années il faudra nécessairement que dans les villes, on produise des légumes et des fruits pour manger, sinon il y aura des déficits à comblerââ, explique Abou Diop à lâAPS, à lâoccasion de la journée internationale de la biodiversité.
Suivant la valeur de partage de connaissance de lâagroécologie, Ballal, le GIE familial quâil a monté et qui sâest fait un nom grâce surtout à ses nombreuses publications dans les réseaux sociaux, sâoccupe de diffusion.
Présente sur Youtube, sur Facebook, cette structure organise des visites à domicile de ses plantes, et songe même, pour les ââréglementerââ, à faire payer les visiteurs qui commencent à venir en nombre et à leur prendre beaucoup de temps. Après un post dimanche à lâoccasion de la journée mondiale du thé, un autre a été fait ce lundi sur Facebook sur la journée internationale de la biodiversité.
ââSouvent, les gens se plaignent de manque dâespace, nous nous avons réussi à mettre dans un immeuble, sur trois niveaux plus de 200 espècesââ. Parmi celles-ci, la star semble être le curcuma, cette ââplante du siècleââ qui, selon lui, contient ââ600 molécules et peut soigner 750 maladiesââ.
ââDes gens mâappellent de partout à travers le monde, pour me demander des renseignements sur le curcuma très efficace contre lâarthrose, le cancer le diabète et autresââ, se réjouit Diop.
Rien de sorcier, relève-t-il toutefois. ââIl suffit dâavoir de la volonté et surtout de lâinformationââ. Avec dix bidons à la maison, il est possible de cultiver des légumineuses, pour sa consommation et pour la vente, mais aussi pour soigner certaines affections, préconise le septuagénaire.
En militant convaincu de lâagroécologie, ce natif du Fouta bannit toute utilisation de pesticides ou dâengrais. A la place, il propose la bio-fertilisation et la bio-protection. Sur le toit et les balcons de son immeuble, il dispose les plantes de manière harmonieuse et crée une symbiose telle que les unes protègent ou aident à alimenter les autres.
Certaines plantes répulsives qui chassent les insectes sont mises à côté dâautres qui le sont moins. Des plantes comme le niébé ou le ââmbantémbaréââ, qui captent lâazote grâce à une bactérie fixée à leurs racines, sont semées à côté dâautres qui nâont pas cette faculté.
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Pour le traitement, des feuilles de âânimaââ ou dâautres espèces sont malaxées dans de lâeau destinée à lâarrosage. ââNous faisons tout en bio. Même lâeau de javel, on ne lâutilise pas, à la place, on utilise du carbonate ou du vinaigre blancââ, dit Abou Diop, qui se dit très attaché à lâéthique, une autre valeur de lâagroécologie.
Plus de 600 bidons découpés et des milliers de sachets dâeau recyclés reçoivent le terreau tiré de son compost, dans lequel il fait pousser ses plantes, réparties entre cinq sites. En plus des trois niveaux de la maison, il y a deux terrains qui lui ont été prêtés dans le quartier à côté de chez lui.
Sur lâun dâentre eux, des plantes parmi les plus exotiques, comme le noni, venu de la Guadeloupe, le cédratier, des fruitiers issus dâun croisement, etc., côtoient des plantes ornementales, comme de langues de belle-mère, les belles de nuit, entre autres. Lâautre parcelle sert de champ dâexpérimentation des variétés étrangères.
Avec lâappui de ses enfants et neveux, il a tout formalisé en une entreprise familiale, le GIE Ballal, dont il sâest retiré de la présidence, pour passer la main à sa fille. ââDepuis 2020, je ne suis plus président, mais conseiller technique, ce sont mes enfants qui gèrent la boîteââ, dit-il. ââMoi, je suis devenu un simple ouvrierââ, dit-il.
Une des exigences de lâagroécologie : satisfaire au principe de gouvernance

Pour satisfaire au principe de gouvernance, une des exigences de lâagroécologie, une autre fille est la trésorière. Au bas de lâimmeuble, des espaces sont aménagés pour servir de vitrine de toute la production de Ballal à lâintention des populations du quartier.
Chez lui, la structure encadre des étudiants venus de lâUniversité Gaston Berger de (UGB) de Saint-Louis (Nord), de lâUniversité Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), de centres de formation comme Cambérène et le lycée technique de Thiès. Membre de la plateforme de la FAO, ainsi que de lâAAAO, une structure sous-régionale dâagroécologie et de bien dâautres plateformes, Ballal, très soucieuse de ââfaire tache dâhuileââ, se sert beaucoup des réseaux sociaux pour diffuser son message.
Abou Diop plaide pour une agroécologie urbaine. Dans un contexte de rétrécissement des espaces agricoles et de changements climatiques, cette forme dâagriculture reste la seule voie de salut, pour préserver la biodiversité, estime-t-il. Il pense quâil faut éviter toute rupture de la chaîne alimentaire, responsable de tous les dérèglements, y compris des changements climatiques.
Son GIE sâactive dans la transformation, en produisant du savon, de la confiture et du thé. Lâexpérience du thé a été victime de son succès, raconte-t-il. La première production a été vite raflée, suite à une publicité sur les réseaux sociaux. Vu le temps que prend le séchage qui doit se faire à lâombre, les conditions sont quasi-impossibles en hivernage, dit-il.
La structure envisage de chercher un séchoir solaire pour lever cet obstacle, tout comme elle veut se doter dâun alambic, afin de produire des essences naturelles à partir de ses nombreuses plantes aromatiques et médicinales. Elle projette aussi dâacquérir une parcelle.
LâUSAID a équipé le GIE de chaises, dâun projecteur, dâun tableau et dâun ordinateur dans le cadre du projet Jeunesse en agriculture, pour assurer la formation des jeunes. Dix-sept femmes du quartier ont bénéficié dâune session de Ballal.
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ââNous ne sommes pas sur des thèmes génériques, mais nous faisons de la pratique sur le terrainââ, en essayant autant que faire se peut de suivre les principes de lâagroécologie, note Abou Diop.
La structure fait de la recherche sur les stratégies dâadaptation et de production de semences. Elle est sollicitée de lâintérieur du pays et de différentes parties du monde pour des semences, des conseils ou des formations, en raison de son expertise.
ââChercheur dans lââmeââ, lâhomme qui avait passé 12 ans à lâInstitut sénégalais de recherches agricoles (ISRA), continue de cultiver son sens de lâobservation, qui lâa dâailleurs pousser à mettre sur pied son exploitation actuelle. ââAu départ, câétait pour garder des plantes essentielles, ensuite lâappétit venant en mangeant, jâai acheté au fur et à mesure dâautres semencesââ, se souvient-il.
En 2020, il dit avoir adressé une lettre au président de la République pour lui suggérer le lancement dâune âârecherche collaborativeââ entre les ministères en charge de lâEnseignement supérieur, de la Santé, et de lâAgriculture, afin de mettre à la disposition des paysans des plantes avec lesquelles ils peuvent se nourrir, se soigner et gagner de lâargent, raconte-t-il.
Ce qui devait être accompagné dâun dispositif leur permettant de se passer des pesticides. Selon lui, le chef de lâEtat avait répondu en indiquant avoir transmis la lettre au ministère de lâAgriculture. Pour lui, même si cette proposition nâa pas connu de suite, elle reste ââla solutionââ.
Aujourdâhui, il cherche à pousser les citadins à sâinspirer de son expérience ââpour faire mieux ou plusââ. Il privilégie la âârentabilité économiqueââ, lâaspect sanitaire et durable de ce modèle par rapport à la âârentabilité financièreââ à propos de laquelle il est souvent interpellé.