Au Sénégal, l’exécutif passe à la vitesse supérieure ! Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou ont été arrêtés… Les trois opposants ont été interpellés ce mercredi 10 novembre. Le matin même, Barthélémy Dias, par ailleurs candidat à la mairie de Dakar, était convoqué au tribunal.
Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou ont été arrêtés
à en croire leurs proches, ils sâapprêtaient à « rentrer chez eux » après avoir renoncé à se rendre au tribunal de Dakar. Alliés au sein dâune même coalition dans la perspective des élections locales du 23 janvier 2022, Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou ont été arrêtés, mercredi 10 novembre, et conduits au camp Abdou-Diassé.

Un membre du proche entourage de Dias, rencontré sur les lieux, a confirmé lâinformation à Jeune Afrique.
Alors que, depuis plusieurs jours, Barthélémy Dias et ses alliés appelaient à la mobilisation, le candidat à la mairie de Dakar ne sâest pas présenté à lâaudience à laquelle il était convoqué et qui sâest tenue vers 9h30 du matin. Au bout dâune dizaine de minutes, lâaffaire a donc été renvoyée au 1er décembre par le juge.
Appel à la résistance
Barthélémy Dias a quitté son domicile peu après avoir appris la nouvelle. Entouré dâun cortège de militants et accompagné des opposants Ousmane Sonko et Malick Gakou, il sâest déplacé jusquâau quartier de la Médina, à deux pas du tribunal.
Il y est resté plus dâune heure, avant de faire demi-tour, escorté cette fois par des éléments de la Brigade dâintervention polyvalente (BIP) et acclamé par ses partisans.
Le cortège a finalement été dispersé après que la police a tiré des gaz lacrymogènes. Câest à ce moment-là que Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou auraient été arrêtés.
Deux jours plus tôt, lâopposant avait appelé ses militants à « envahir le tribunal ».
« Jâirai au tribunal pour être jugé. Je vous dis, venez mercredi, vous verrez que je serai seul à la barre », avait-il prévenu devant la presse.
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Condamné en 2017 à deux ans de prison dont six mois ferme pour « coups mortels » après la mort dâun jeune homme lors de lâattaque de sa mairie de Mermoz-Sacré-CÅur en décembre 2011, Barthélémy Dias avait fait appel de la décision â « par principe », explique lâun de ses proches, puisquâil a déjà purgé six mois de prison. Lâaffaire a été plusieurs fois renvoyée depuis.
Ce dossier doit être classé sans suite ou bénéficier dâun non-lieu
« Jâai choisi dâaller au tribunal car jâai demandé à être jugé. Mais que les choses soient claires : je nâaccepterai pas un [nouveau] renvoi », avait-il dâailleurs menacé lundi. En dépit des implications politiques très lourdes que pourraient avoir ses déclarations dans cette période de pré-campagne, lâénergique opposant nâavait pas jugé bon dâassouplir son discours.
« Si je mâétais limité [au verdict] en première instance, je ne serais pas retourné en prison, a insisté Barthélémy Dias ce 8 novembre. Beaucoup de gens disent que jâai fait appel pour être éligible : câest faux. Si on me condamnait ne serait-ce quâà un jour avec sursis, je me pourvoirais en cassation. Ce dossier doit être classé sans suite ou bénéficier dâun non-lieu. »
Spectre des violences
Son mentor, lâancien maire de la capitale Khalifa Sall, sâétait pour sa part déplacé au tribunal, ce mercredi. « Je suis venu encore une fois soutenir âBarthâ et témoigner de son innocence. Ce qui se passe aujourdâhui est inacceptable », a-t-il déclaré sur le parvis du bâtiment.
Depuis plusieurs jours, les têtes dâaffiche de la coalition Yewwi Askan Wi multipliaient les déclarations pour dénoncer la convocation de Barthélémy Dias, survenue quelques jours seulement après que sa candidature à la mairie de Dakar a été officiellement déposée.
Des gendarmes sénégalais devant le tribunal à Dakar le 10 novembre 2021.
« Dans les démocraties consolidées, la justice sâinterdit dâinterférer dans les processus électoraux. La date retenue nâest pas innocente et coïncide avec la pré-campagne. Câest une manière de faire pression sur Barthélémy.
Ce sera vain », a encore lancé Khalifa Sall. Membre de la même coalition, Ousmane Sonko a quant à lui appelé à la « résistance totale ».
« Soyons tous prêts au sacrifice car il en va de lâavenir de ce pays et de celui de nos enfants et petits-enfants », a exhorté le leader du parti Pastef.
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Ce mercredi matin, la capitale retenait donc son souffle. Le spectre des violences de mars dernier, qui avaient éclaté dans le sillage de lâarrestation dâOusmane Sonko alors quâil se rendait au tribunal dans le cadre de la plainte pour viol déposée contre lui, est encore dans tous les esprits.
Vers un procès ?
Pourquoi Barthélémy Dias ne sâest-il pas présenté à lâaudience alors quâil avait affirmé quâil le ferait ?
« Il a estimé que lâaffaire nâétait pas en état dâêtre jugée », relate son conseil, Khoureychi Ba, qui sâattendait à ce renvoi, notamment parce que les co-accusés de lâélu sont aujourdâhui introuvables.
« Le prévenu était convoqué à 8h30 et il nâétait pas là », précise quant à lui lâavocat de la partie civile, Pape Mor Niang, qui indique que lâaffaire a notamment été renvoyée car « un des prévenus a décidé de changer de conseil ».
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Véritable « épée de Damoclès » qui plane au-dessus de lâavenir politique de Barthélémy Dias, ce procès en appel pourrait rebattre les cartes du scrutin local du 23 janvier. Mais aura-t-il lieu à la veille des élections ?
« Nous ne nous rendrons pas à la convocation de la justice le 1er décembre, affirme le conseiller en communication de lâopposant, Pape Konaré. Il nâest pas question que ce procès soit jugé un mois avant les élections. »
« Ce renvoi était prévisible. Le dossier nâétait pas en état dâêtre jugé par le passé et rien nâa changé, conclut une source proche de lâaffaire. Tout ça, câétait beaucoup de bruit pour rien. »
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