Selon lâOrganisation mondiale de la santé (OMS), Près de 27 000 personnes sont victimes dâaccidents sur la voie publique chaque année au Sénégal, dont 11 000 à Dakar. Entre 2015 et 2019, les accidents routiers ont occasionné en moyenne 644 décès chaque année selon lâONG Partners West Africa.
Près de 27 000 personnes sont victimes dâaccidents sur la voie publique chaque année au Sénégal

Au Sénégal c’est l’atmosphère des mesures fortes annoncées après lâaccident tragique de Kaffrine. Manque de centres de contrôle technique, vétusté du parc automobile, importation de pneus usagés, non-respect du Code de la route : la mort de 40 personnes dans une collision de bus secoue le gouvernement.
Avec un bilan sâélevant officiellement à 40 décès et 101 blessés, dont des cas graves, la collision survenue entre deux bus autour de 3 heures du matin (heure locale), dimanche 8 janvier à la hauteur du village de Sikilo, dans la région de Kaffrine (dans le centre ouest du Sénégal), est lâaccident le plus meurtrier de ces dernières années au Sénégal.
Axe très fréquenté, la route nationale numéro 1 est située sur le corridor Dakar-Bamako. « Profondément attristé par ce tragique accident routier », le président de la République Macky Sall a décrété trois jours de deuil national à compter de lundi.
Le même jour, le premier ministre Amadou Ba a tenu un conseil interministériel en urgence afin dâadopter des « mesures fermes sur la sécurité routière et le transport public des voyageurs ».
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« On ne peut pas exposer la vie de nos compatriotes dans un système de transport qui fait fi du respect de la vie humaine », a affirmé Macky Sall. Réunis dans la soirée de lundi, les acteurs du secteur des transports ont approuvé 23 mesures urgentes pour améliorer la sécurité routière.
Limitation de la durée dâexploitation à dix ans pour les véhicules de transport de personnes et de quinze ans pour les véhicules de marchandises
Parmi elles, la création dâune structure chargée du contrôle routier, lâinterdiction de circuler des véhicules de transport public de voyageurs sur les routes interurbaines entre 23 heures et 5 heures, la limitation de la durée dâexploitation à dix ans pour les véhicules de transport de personnes et de quinze ans pour les véhicules de marchandises, lâinterdiction de lâimportation des pneus usagés, le contrôle technique gratuit à Dakar pour les véhicules de transport et de marchandises ou encore lâouverture de centres de contrôle technique dans les régions.
Actuellement, il nây a quâun centre de contrôle technique moderne, situé à Dakar, pour tout le pays. « Nous attendons désormais lâarrêté ministériel pour lâapplication. Certains points demandent un délai mais dâautres mesures pourront être mises en place immédiatement », précise Gora Khouma, secrétaire général de lâUnion des transporteurs routiers.
Application aléatoire
Ces accidents seraient à 90 % dus au comportement des conducteurs : vitesse, négligence, imprudence et non-respect du Code de la route sont les premiers facteurs pointés.
Le manque de formation des chauffeurs de transports en commun publics, les faux permis, lâapplication aléatoire des sanctions prévues par le Code de la route ainsi que le laxisme des contrôles techniques sont aussi en cause.
Egalement vivement décriée, la vétusté du parc automobile, bien réelle. « Tous les transports publics sont vétustes. Ce sont des véhicules dâoccasion, souvent vieux de plus de trente ans, parfois déclassés car ne respectant plus les normes dans leur pays dâorigine.
Et malgré leur état dégradé, ils restent en circulation pendant des années », explique Modou Kane Diao, secrétaire général du Fonds de développement des transports terrestres (FDTT).
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Dâaprès les premiers éléments de lâenquête sur lâaccident de Kaffrine, lâéclatement dâun pneu serait à lâorigine du drame. Câest en effet lâune des causes récurrentes des accidents de la route au Sénégal.
La majorité des pneus dits neufs ne seraient en réalité pas homologués : le plus souvent importés dâEurope, ils sont plus ou moins usés et leurs conditions dâutilisation ne sont pas respectées. En plus de leur usure, ils sont soumis à un surpoids excessif.
Les bus transportent souvent plus de passagers quâautorisé tandis que des porte-bagages, rajoutés, sont chargés à lâexcès. Lâétat des routes, notamment le manque de signalisation et dâéclairage, est aussi un facteur, même si, « depuis ces dernières années, il y a eu une importante modernisation des infrastructures routières », appuie Babacar Gaye, administrateur général du FDTT.
« Assainir le secteur »
Le drame de Kaffrine a provoqué une vive émotion au sein de la population, mais aussi un sentiment de colère. Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les promesses faites mais jamais suivies dâeffets et les propositions de lois jamais adoptées.
Après lâaccident de Kébémer en 2017 (25 morts), le ministre des infrastructures, des transports terrestres et du désenclavement avait ainsi annoncé lâinstauration du permis à points.
La mesure nâest toujours pas effective dans le pays. « Le gouvernement nâapplique pas les accords pourtant signés. Mais, avec lâaccident de Kaffrine, il est obligé de répondre à la demande nationale.
Il faut assainir le secteur et le réguler, câest sa responsabilité ! La vie humaine nâa pas de prix, lâEtat doit dégager les moyens nécessaires », soutient M. Khouma.
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Malgré les retards conséquents, un plan national de sécurité routière (PNSR), intégré au Plan Sénégal Emergent (PSE), a été adopté pour la période 2021-2030 avec lâobjectif de réduire de 50 % le nombre de décès et de blessés graves dans les accidents de la route.
En novembre 2021, le pays sâest enfin doté dâune Agence nationale de la sécurité routière (ANASER). Mais la structure, toute récente, dispose de peu de moyens pour mener à bien ses missions. Son renforcement fait dâailleurs partie des mesures adoptées pendant le conseil interministériel de ce 9 janvier.
Enfin, jusquâà présent les moyens faisaient défaut pour assurer le renouvellement du parc automobile. La création du FDTT, en juillet 2020, souhaite accélérer cette dynamique avec le dépôt en fourrière de plus de 45 000 véhicules vétustes dâici à 2028.
Le coût de ce renouvellement, pris en charge par lâEtat, est estimé à 1 200 milliards de francs CFA (plus dâ1 milliard dâeuros).