Département de Bignona – Le tourisme fragilisé par lâinsécurité à Kafountine. Grâce à sa position géographique et à son climat, Kafountine, dans le département de Bignona, était devenue une attraction pour les touristes. Mais, cette activité bat de lâaile, cette année, à cause de lâinsécurité et des manifestations qui secouent le pays. Avec lâimplantation dâune brigade de gendarmerie, les populations espèrent voir la donne changer.
Tourisme fragilisé dans le département de Bignona par lâinsécurité à Kafountine

BIGNONAâ Si ce nâétait pas le quatuor dâantiquaire assis sous un anacardier et prenant tranquillement du thé, on ne croirait pas quâil y ait encore du monde dans cette partie de la commune de Kafountine (département de Bignona) dominée par les campements et résidences.
Cet habitat, détaché des faubourgs et donnant directement sur la plage, est le lieu par excellence de résidence des touristes.
Dans cet endroit calme, les lodges sont aménagés au milieu dâune forêt naturelle où les lianes serpentent les autres arbres dominants.
Ici, règne un calme olympien, à part le rythme irrégulier des vagues qui viennent mourir sur la côte et le vrombissement agressif dâune moto qui tente de rallier Diannah, lâautre village de cette commune rurale.
âA lire aussi
Le tourisme commençait à se relever de la Covid-19. Il y avait une bonne reprise des activités.
« Lâannée dernière, à pareil moment, les Blancs étaient là . Les lodges étaient pleins », raconte Ababacar Cissé, 30 ans.
« Malheureusement, tout sâest arrêté cette année », se lamente cet antiquaire ziguinchorois, la tête ornée dâun chapeau conique et une cigarette entre les deux doigts.
Au milieu des cases, Manding Samaté donne quelques coups de balai. Il y a deux clients, en lâoccurrence des locaux venus prendre part aux activités culturelles.
« Ils seront logés ici », assure le gérant du campement le Fouta Djalon. Tout comme Ababacar, il se plaint de la rareté des clients.
« Le cuisinier du campement est même reparti à Ziguinchor parce que nous nâavons plus de client à loger », renseigne-t-il.
Un problème de contrôle des identifications
Avec 41 658 habitants, la population de Kafountine a explosé ces dernières années. Les activités liées au tourisme et à la pêche ont favorisé lâarrivée de plusieurs étrangers dans cette ville côtière.
Les gens viennent de partout, comme le prouvent les dialectes qui animent les palabres au quotidien.
« Certains passent par la voie fluviale en provenance de Banjul, Bissau et même Conakry.
Cette situation pose un problème de contrôle des identifications. Certains, on ne sait pas ce quâils font. Dâautres sâadonnent à la violence, ciblant les campements touristiques », relève David Diatta, maire de la commune.
Le jeudi 8 février 2024, un homme a été poignardé par son ami à la suite dâune dispute.
Quelques semaines plutôt, un autre avait tenté de dévaliser la résidence dâun touriste avant dâêtre abattu par un agent de sécurité.
« Si un touriste est agressé, cela crée une panique et plombe la destination Kafountine. Ceux qui viennent pour la première fois nâont plus envie de revenir. Le pire, cela dissuade les autres à venir », explique M. Diatta.
Accusation d’un agent de sécurité sous lâanonymat
Un autre cas sérieux, câest quâil y a beaucoup de repris de justice qui viennent se cacher à Kafountine.
« Ils passent la nuit dans les rues ou au quai de pêche. Ce sont ces gens qui profitent parfois des occasions pour commettre des agressions », accuse un agent de sécurité sous lâanonymat. Dâailleurs, pour sécuriser le quai, lâArmée intervient sur sollicitation de lâautorité de la commune.
« Ce nâest pas leur rôle, câest pourquoi ils (les militaires) ne vont pas très loin souvent », confie David Diatta.
Trouvé dans sa cuisine en train dâajouter des épices dans une marmite pleine de langoustes, Eric est un touche-à -tout. Celui qui se dit chrétien proche des jésuites reconnait un ralentissement du tourisme. Son campement, le Koumpo, est quasi vide.
« Jâavais beaucoup de réservations, mais les évènements politiques liés à lâarrestation de lâopposant Ousmane Sonko ont ensuite tout gâché », déplore ce Français résident à Kafountine. Beaucoup de ses clients ont renoncé à leur voyage cette année.
Depuis quelques semaines, le poste de gendarmerie de la commune de Kafountine est érigé en brigade, répondant ainsi à une vieille doléance des populations.
Lâespoir de restaurer lâordre dans cette cité balnéaire est nourri par les autochtones, en majorité des Diola Karone et des Mandingues. Dâailleurs, une « journée sécuritaire » est prévue dans les prochains jours.
« Câest pour réfléchir, avec les populations et les Forces de défense et de sécurité, sur comment collaborer pour mettre un terme à lâinsécurité », révèle le maire.
Cette nouvelle initiative va sâajouter à celle mise en Åuvre pour lutter contre la migration irrégulière.