Le business des téléphones mobiles dâoccasion, sur le modèle des voitures de seconde main, peut compter sur une clientèle non négligeable à Dakar, une situation dont profite le commerce informel qui semble se recycler en profitant des excès dâun modèle consumériste de plus en plus planétaire.
Ils sont réparateurs et/ou simples revendeurs, acteurs dâun commerce qui tient toute sa place dans les centres marchands dakarois, comme au centre-ville, au grand bonheur de Sénégalais très peu portés sur la fièvre acheteuse, entretenue par la société de consommation et lâenvie de bien paraître en société.
Les gérants de cantines à tout vendre se frottent dâautant les mains, malgré les risques liés à la revente de téléphones volés, un délit puni par la justice.Â
Un détour par la « salle de vente », réputée être lâun des plus grands marchés de téléphones portables dâoccasion à Dakar, peut également donner une idée de lâimportance de ce commerce dont les acteurs côtoient sur place, pêle-mêle, plusieurs autres agents de lâinformel spécialisés dans la vente de meubles et de matériels électroménagers de seconde main par exemple.
Sur lâavenue Lamine Guèye, une ruelle étroite débordant sur les rues Escarfait et Robert Brue, débouche sur la « salle de vente », à quelques 200 mètres du supermarché Sandaga.Â
Contrairement à ce que lâon peut penser, les activités de réparation, dâachats et de vente de téléphones mobiles et smartphones de seconde main se font en plein air, dans un décor digne dâun marché de friperie.
Le bazar et son désordre tout simplement. A lâentrée, des vendeurs exposent différentes marques de téléphones portables, dernier cri, seconde main ou vieux modèles, à côté de réparateurs qui sâaffairent à lâaide de leurs outils.Â
Avec le temps, la « salle de vente », à lâorigine un marché hebdomadaire dédié aux ventes aux enchères, « est devenu un lieu de vente permanent » dans lequel les jeunes, principalement « font des échanges de main à main ou achètent des téléphones dâoccasion », explique Abdou Khadre Diaw, qui tient sur place une cantine depuis son plus jeune âge.
« Cela fait 18 ans que je fais cette activité. Jây gagne pleinement ma vie. Jâai pris femme grâce à ce travail et je gère bien ma famille. Je nâenvie personne », déclare-t-il.Â
Le marché des téléphones de seconde main semble avoir de la marge, entre appareils perdus, volés ou téléphone cassé, sans compter lâenvie des utilisateurs de changer simplement de modèle.Â
Une bonne perspective qui sâexplique notamment par les prix jugés abordables de ces appareils beaucoup moins chers que les modèles neufs mais qui restent de qualité.
« Nous revendons des téléphones déjà utilisés mais en bon état avec un taux dâintérêt de 5 à 10%. Pour la plupart du temps, les appareils me viennent dâEurope avec lâaide de mes amis émigrés », souligne Abdou Khadre Diaw, vice-président dâune association regroupant les vendeurs et réparateurs de téléphones de la « salle de vente », mise en place en janvier dernier.Â
« Je leur envoie de lâargent pour quâils les achètent moins cher là -bas. Pour chaque appareil vendu, je peux avoir un bénéfice allant de 5000 à 10000 FCFA », ajoute-t-il.Â
Sur le profil de ses clients, il parle de jeunes de « plus de 24 ans » en majorité, mais « il y a de plus en plus de jeunes filles et de vieux qui viennent acheter des téléphones ».Â
Un business qui nâest pas sans risque, à écouter Modou Dièye, réparateur de téléphones portables à ses heures perdues, dont la cantine se trouve à quelques mètres de celle dâAbdou Khadre.Â
Modou Dièye, la quarantaine, raconte que récemment, il a été obligé de payer une amende de 105 000 francs CFA pour avoir vendu un téléphone volé par son fournisseur de lâépoque.Â

« Ce travail est très dangereux, observe le marchand qui exerce ce métier depuis 7 ans. Parfois, les gens vous jurent » quâil nây a rien à craindre de ce quâils vous proposent.
« Ils vont jusquâà vous donner toutes les informations » dont vous avez besoin en garantie, comme leur numéro dâidentification nationale, « alors quâen réalité, câest un appareil volé ». Â
Dans ce cas, pour éviter dâavoir maille à partir avec la justice, « nous sommes obligés de payer. Ce qui constitue une double perte pour nous », note Modou Dièye.Â
De plus en plus, pour témoigner de leur bonne foi auprès des autorités judiciaires, les gérants de ces boutiques établissent des actes de vente incluant les coordonnées de leurs fournisseurs.













