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Au lendemain de sa prestation de serment pour un deuxième mandat, le président sénégalais Macky Sall a exprimé sa volonté de supprimer le poste de Premier ministre. Pour ce faire, lâAssemblée nationale devra adopter un projet de loi élaboré en Conseil des ministres en vue de modifier la Constitution. Cette fiche d’info refait l’histoire d’une fonction qui a toujours subi les péripéties des soubresauts politiques au Sénégal.
Câest sous lâempire de la Constitution de 1959 que le Sénégal accède à lâindépendance.
Et au regard de ce texte, le pouvoir exécutif était incarné par le gouvernement dirigé par le Président du Conseil des ministres, qui est lâéquivalent du Premier ministre.
Cette Constitution dit clairement dans son article 17 que « le pouvoir exécutif appartient au Gouvernement ».
Lâarticle 18 précise que « le Gouvernement se compose du Président du Conseil des ministres et des ministres ».
Mais câest lâarticle 19 qui fixe les pouvoirs du Président du Conseil en disposant quâil est « Chef de lâEtat. Il préside le Conseil des ministres. Il nomme les ministres, les démet de leurs fonctions et les remplace ».
Le même article ajoute que le Président du Conseil « dispose de lâAdministration et des Forces de sécurité intérieure, exerce le pouvoir réglementaire, assure lâexécution des lois et règlements, nomme à toutes les fonctions et charges de la République du Sénégal ».
Toujours selon lâarticle 19, « le Président du Conseil détermine et conduit la politique de la République du Sénégal ».
Lâère du bicéphalisme
En accédant à lâindépendance en 1960, le Sénégal adopte une nouvelle Constitution qui institue un exécutif à deux têtes.
Il y a dâabord un Président de la République « élu pour sept ans par un collège électoral comprenant, dâune part les membres de lâAssemblée nationale, dâautre part, un délégué par assemblée régionale et un délégué par conseil municipal, réunies en congrès » (article 21).
Le Président de la République est aussi le « le gardien de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, la continuité de la République et le fonctionnement régulier de ses institutions », selon lâarticle 24.
Dâautre part, il y a le Président du Conseil (Premier ministre) qui, selon lâarticle 25 est « pressenti et désigné par le Président de la République ».
« Après avoir défini sa politique, il est investi par un vote au scrutin public à la tribune, à la majorité absolue des membres composant lâAssemblée nationale », précise le texte.
La Constitution de 1960 fait perdre au Président du Conseil son statut de chef de lâEtat mais câest toujours lui qui « détermine et conduit la politique de la Nation et dirige lâaction du Gouvernement ».
En outre lâarticle 26 indique quâil est « responsable de la défense nationale, dispose de lâAdministration et de la force armée ».
Par ailleurs, « il nomme à tous les emplois civils et militaires » sauf ceux dont la nomination relève du Président de la République. Il sâagit notamment des « membres de la Cour suprême, des ambassadeurs, des envoyés extraordinaires, des procureurs généraux, des officiers généraux et supérieurs, des hauts fonctionnaires de la République dont la liste est fixée par la loi ».
Le 18 décembre 1962, à la suite de la crise qui opposa le Président de la République Léopold Sédar Senghor au Président du Conseil Mamadou Dia, une modification de la Constitution ajoute un article 66 bis à la loi fondamentale et qui fait du Président de la République « le chef de lâExécutif », par dérogation aux dispositions des articles 25, 53 et 66 de la Constitution fixant les pouvoirs et les attributions du Président du Conseil, précise le législateur.
Ce qui signifie que le Président de la République sâoctroie désormais tous les pouvoirs qui, jusque-là , étaient dévolus au Président du Conseil.
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Senghor, Président tout puissant
La crise de 1962 conduit à lâadoption dâune nouvelle Constitution en 1963.
Cette nouvelle Constitution fait disparaître la fonction de Président du Conseil (Premier ministre).
Pour la première fois, le Président de la République est élu au suffrage universel direct et il devient « le détenteur du pouvoir exécutif. Il détermine et conduit la politique de la Nation », souligne la Constitution (art. 36).
Fait marquant du texte de 1963, non seulement il ne fait pas référence au mot Gouvernement, mais son article 43 dispose que « le Président de la République est assisté par des ministres et secrétaires dâEtat choisis et nommés par lui » et que ceux-ci sont responsables devant lui.

En février 1970, une modification de la Charte fondamentale par référendum, réintroduit la fonction de Premier ministre.
Et même si le gouvernement redevient une institution de la République avec le Président, ce dernier reste toujours le détenteur du pouvoir exécutif puisque lâarticle 43 dispose que « le Premier ministre et les autres membres du Gouvernement sont responsables devant le Président de la République » tout en étant « soumis au contrôle de lâAssemblée nationale ».
Câest aussi, selon le nouvel article 36, le Président de la République qui « détermine la politique de la Nation que le Gouvernement applique sous la direction du Premier ministre ».
En 1976, intervient une nouvelle modification de la Constitution pour faire du Premier ministre, à la place du président de lâAssemblée nationale, le suppléant du Président de la République en cas dâempêchement (art. 33).
Lâarticle 35 bis précise quâen cas de décès ou de démission du Président de la République ou lorsque lâempêchement est déclaré définitif par la Cour suprême, « le Premier ministre exerce les fonctions de Président de la République jusquâà lâexpiration normale du mandat en cours ».
Câest cette disposition qui a permis à Abdou Diouf de devenir Président de la République, après le départ de Léopold Sédar Senghor et de poursuivre son mandat jusquâà lâélection présidentielle de 1983.
Abdou Diouf au contrôle
Juste après la première élection dâAbdou Diouf comme Président de la République en 1983, il initie une réforme constitutionnelle qui procède à la suppression du « gouvernement comme institution de la République » et partant, la suppression encore une fois du poste de Premier ministre.
Dans lâexposé des motifs, il est expliqué que le projet « a pour principal objet de permettre une plus grande efficacité dans lâadministration de développement nécessaire à notre pays ».
Lâoption a donc été prise « dâadopter un régime véritablement présidentiel, ce qui implique une plus grande indépendance du Parlement ».
Le président de lâAssemblée nationale devient à nouveau le suppléant du Président de la République en cas dâempêchement de ce dernier.
Suite à la modification de mai 1983, lâarticle 36 de la Constitution dispose que « câest le Président, gardien de la Constitution, qui détermine et conduit seul la politique de la Nation ».
Selon lâarticle 37 « câest désormais le Président seul qui dispose du pouvoir réglementaire ».
Le texte précise également que les ministres « ne sont responsables que devant le Président de la République ».
Par ailleurs, lâexposé des motifs souligne que la réforme va donner plus dâindépendance et de puissance à lâAssemblée nationale puisque son président « devient le deuxième personnage de lâEtat et quâil est appelé à suppléer le Président de la République en cas dâempêchement, lâAssemblée nationale ne peut être dissoute ». Mais elle ne peut pas censurer le gouvernement.
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Retour dâun Premier ministre sans pouvoirs
En avril 1991, le poste de Premier ministre est réintroduit à travers une nouvelle modification de la Constitution.

Le gouvernement est rétabli dans la liste des institutions de la République. Cette nouvelle réforme « tend simultanément au resserrement du dialogue démocratique entre le pouvoir exécutif et lâAssemblée nationale, dans toutes les composantes de celle-ci, et au renforcement de la cohérence de lâaction gouvernementale », explique lâexposé des motifs
« Tout en demeurant présidentialiste, notre Constitution organisera désormais la mise en jeu de la responsabilité du Gouvernement devant lâAssemblée nationale », poursuit le texte.
Câest ainsi que le Premier ministre se voit confier la charge de « diriger lâaction du gouvernement et de lâadministration ».
Par ailleurs, la motion de censure, pour lâAssemblée nationale, et le droit de dissolution, pour le Président de la République, sont rétablis.
La fonction est maintenue dans la nouvelle Constitution adoptée par référendum le 22 janvier 2001.
De la suppression en vue du poste de Premier ministre

A la question de savoir quels sont réellement les pouvoirs dâun Premier ministre dans un régime politique comme celui du Sénégal, le Professeur Abdoulaye Dièye, enseignant de droit constitutionnel à lâUniversité Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), répond que ce sont des pouvoirs que lui confère la Constitution.
Mais en réalité, précise-t-il, « il nâa pas beaucoup de pouvoirs. Tous les pouvoirs sont entre les mains du Président de la République ».
Cheikh Diallo, docteur en sciences politiques, ajoute que dans le système sénégalais « le Premier ministre nâa de pouvoirs que dérivés de ceux du Président de la République ».
En attendant de voir le projet de loi devant supprimer le poste de Premier ministre, le Professeur Abdoulaye Dièye souligne que beaucoup dâarticles de la Constitution vont changer.
Il estime par exemple que lâon devrait se trouver en principe « dans une configuration dâun régime présidentiel ».
Et dans cette configuration, explique-t-il, « il nây aura plus possibilité de dissoudre lâAssemblée nationale et celle-ci nâaura plus la possibilité de voter une motion de censure contre le gouvernement ».
Cheikh Diallo, pour sa part, voit un certain nombre dâavantages dans la disparition du poste de Premier ministre.
Il y aura « une indivision du pouvoir exécutif, qui nâaura quâun seul détenteur », soutient-il.
« Il devrait y avoir moins de querelles de positionnement et une efficacité administrative », selon lui.
Pour ce qui est des inconvénients, il estime quâon aura un Président de la République qui ne sera plus au-dessus de la mêlée et une hypertrophie du pouvoir.
Ce que propose la Commission nationale de réforme des institutions
Mandatée par le président Macky Sall, la Commission nationale de réforme des institution, CNRI, sâest vue confier comme mission de « formuler toutes propositions visant à améliorer le fonctionnement des institutions, à consolider la démocratie, à approfondir lâEtat de droit et à moderniser le régime politique ».
Les travaux de la commission, dirigée par Amadou Mahtar Mbow, ont abouti à la proposition dâun avant-projet de Constitution.
Lâune des réformes proposées par le document porte notamment sur le poste de Premier ministre, en instituant un meilleur encadrement de la nomination de son titulaire et même en renforçant ses pouvoirs dans certaines circonstances.
Câest ainsi que lâarticle 75 de lâavant-projet de Constitution dispose quâen « cas de non-concordance entre les majorités présidentielle et parlementaire, le Premier Ministre est nommé par le Président de la République sur une liste de trois (3) personnalités proposée par la majorité parlementaire ».
En cas de cohabitation, poursuit le texte, « le Premier Ministre détermine la politique de la Nation. Il a, avec les députés, lâinitiative des lois ».
Quant au Président de la République dans le cadre dâune cohabitation, il « garde toutes ses autres prérogatives. Il assure par son arbitrage le fonctionnement régulier des institutions », selon toujours lâarticle 75 de lâavant-projet de Constitution.
Toutefois, il ne pourra désormais nommer aux fonctions civiles et militaires ou accréditer les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères, que sur proposition du Premier ministre.
La réforme quâenvisage Macky Sall prend tout le contre-pied de la proposition faite par la CNRI.
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