Sembène Ousmane. Les réalisateurs tunisiens Habib Mestiri et Heifel Ben Youssef proposent une relecture de deux classiques du réalisateur sénégalais Sembène Ousmane dont « Le mandatââ, une manière de rendre hommage à ââlâaîné des anciensââ, à lâoccasion de lâédition 2020 des Journées cinématographiques de Carthage (JCC, 16-23 décembre).
ââLe Mandatââ et ââNoire 2ââ, une référence à ââLa Noire de…ââ, un film de Sembène (1966), font partie des six ââremakes coup de cÅurââ de la 31e édition des JCC.
Les auteurs de ces deux courts métrages inspirés des classiques du défunt cinéaste sénégalais comptent ainsi saluer lâengagement et lâhumanisme de Sembène Ousmane, connu avant sa mort en 2007 pour ses partis pris militants sur les questions politiques et sociales.
Dans ââLe Mandatââ, Heifel Ben Youssef met en scène Dalel, une jeune femme qui a reçu un appel de son mari émigré clandestin en Italie lâinformant dâun mandat à envoyer par la poste.
Cette promesse réveille chez la mariée lâenvie dâune vie de riche, un espoir amplifié par son entourage, les autres femmes du quartier, qui, elles aussi, espèrent recevoir leur part du ââgâteauââ.
Le film peint de cette manière un quotidien de femmes superflues, artificielles et qui ne dépendent que dâun mari absent, inexistant.
Le réalisateur, sans trahir lâessence du film de Sembène Ousmane, ââune satire politico-sociale qui peint une certaine administration au lendemain des indépendancesââ de plusieurs pays dâAfrique, évoque plutôt le quotidien actuel de la classe populaire tunisienne ou de beaucoup de pays africains, lâargent envoyé par les émigrés servant en général à entretenir les familles restées au pays.
âââLe Mandatâ nâest quâune inspiration dâune petite situation du âMandat Biâ (1968) dâOusmane Sembène, dans laquelle jâai pu me projeterââ, explique le réalisateur tunisien dans un entretien accordé lundi à lâAPS.
Ben Youssef affirme quâil lui a paru nécessaire de mettre la lumière sur cette catégorie de femmes qui subissent une violence symbolique, une dépendance économique influencée par les médias, suivant laquelle lâépouse dépend entièrement de son mari, même pour prendre soin dâelle, aller chez le coiffeur, se maquiller, etc.

Sembène Ousmane : JCC proposent une relecture contemporaine de 02 classiques
Heifel Ben Youssef met en exergue de façon subtile cette violence psychologique causée par lâabsence dâun mari surlignée dans le film. Une situation qui nâest pas propre à la seule Tunisie.
ââOusmane Sembène est un réalisateur engagé, que nous respectons énormément, et ça a été un honneur pour moi de réinterpréter son Åuvre plus de cinquante ans plus tardââ, ajoute-t-il.
ââNoire 2ââ, lâun des deux courts métrages en question, constitue une relecture libre et moderne autour de la couleur noire, avec un intitulé visant à intéresser les cinéphiles 2.0.
Le réalisateur Habib Mestiri monte sur cette base une chorégraphie pour réinterroger le film autour du masque et de la lettre, le tout se traduisant par un spectacle comportant des moments de silence et réservant une large part au visuel.
Mestiri part de ses souvenirs personnels liés à une rencontre avec Sembène, à Rome, en 1999, pour interpréter lâesthétique du noir, la liberté du corps, de lâexpression.
Le réalisateur, qui considère Sembène Ousmane comme son ââmaîtreââ, se dit admiratif de ce dernier, de ââses choix artistiques et idéologiques, de son militantismeââ, toutes choses qui font de lui ââun cinéaste à partââ.
Le film porté par une actrice noire, un fait rare pour une production cinématographique tunisienne, est axé sur une lettre et un plat de spaghettis noirs, par lesquels il démarre.
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Le court métrage de 16 minutes de Habib Mestiri sâouvre sur des extraits du film original ââLa Noire de…ââ, lequel, datant de 1966, a été récompensé du premier Tanit dâor aux JCC.
âââLa Noire 2â revisite lâÅuvre de Sembène Ousmane pour lui rendre hommage, lâhonorer pour son engagement, cette clairvoyance, mais cette générosité et cet humanisme qui nous manquent dans le cinéma actuelââ, fait valoir Habib Mestiri.
ââLe cinéma est devenu aujourdâhui trop mercantile, il y a un désengagement vers lâhumanisme, la cultureââ, déplore celui dont le vÅu est de montrer ce film au Sénégal.
Outre ces deux films inspirés de classiques de Sembène, quatre autres courts métrages tunisiens font partie des ââremakes coup de cÅur JCC 1966-2019ââ du festival, dont ââLe septièmeââ dâAlaeddin Abou Taleb et ââLe temps qui passeââ de Sonia Chamkhri. Il y a aussi ââThe Barber Houseââ de Tarak Khalladi et ââSur les traces de Saïdaââ de Fawzi Chelbi.
Ces films sont une initiative des Journées cinématographiques de Carthage et ont été produits par le Centre national du cinéma et de lâimage (CNCI) de la Tunisie.
Le CNCI avait lancé un appel dâoffres pour soumettre des projets, en exigeant que les candidats travaillent sur un des films qui avaient marqué les JCC de 1966 à 2019.












