Nous faisons focus sur le métier de l’accompagnement dâentreprises dans les domaines du recouvrement de créances, de lâassistance juridique et fiscale et dans celui de la gestion de patrimoine immobilier. Voici l’extrait de la Thèse pour lâobtention du grade de docteur en Droit privé, présentée et soutenue publiquement le 14 oct. 2016 Par Amevi de SABA.
Accompagnement dâentreprises dans les domaines du recouvrement de créances
Ecole Doctorale de Droit de la Sorbonne dont la problématique portait sur « La protection du créancier dans le droit uniforme de recouvrement des créances de lâOHADA ».

Le tissu économique des Etats de lâOHADA est très dynamique. LâOHADA connaît, de façon constante, une croissance annuelle dâenviron 5 à 6%.
Les acteurs de cette croissance sont les sociétés commerciales, les banques, les compagnies dâassurance, les entreprises publiques et le secteur informel regroupant les commerçants, les microentreprises dont la majorité ne maîtrise pas la langue dâaccès à la justice quâest le français et sont hostiles « à lâécrit et à la contrainte et, au fond, au mode occidentalisé de transaction » reposant sur le contrat. Ces traits caractéristiques du secteur informel peuvent, à première
vue, être considérés comme handicapants au commerce. Dans la pratique, il nâen est rien.

Dans les pays de lâOHADA, « câest dans le secteur informel que sâexerce jusquâà 80 % de lâactivité économique ». Lâintensité de ce commerce génère plus de 55% du produit intérieur brut des Etats (PIB) et 80% des emplois dans les villes.
La santé de lâéconomie des Etats de l’OHADA est néanmoins menacée par les retards et les défauts de paiement.
Quelques chiffres statistiques révèlent lâampleur de la situation. Alors quâen Europe, le délai de paiement réel moyen est autour de 54 jours, ce délai avoisine les 180 jours en Afrique.
Le secrétaire général de la Conférence interafricaine sur les marchés de lâassurance (CIMA) révèle, que dans le secteur des assurances par exemple, le délai moyen de paiement des primes dâassurance dépasse 6 mois.

Les fournisseurs et les prestataires qui ont pour principaux clients lâEtat, les collectivités publiques et les établissements publics sont encore plus exposés aux défauts de paiement des créances.
Parfois, les créanciers des personnes morales de droit public attendent
des années le paiement de leurs créances.
Le contexte dans lequel sâexercent les activités économiques dans les Etats de lâOHADA invite à réfléchir à une procédure de recouvrement adaptée à la diversité des acteurs économiques et de leurs pratiques.
Lâimportance de cette question sâapprécie davantage au regard de lâimpact financier des retards et des défauts de paiement dans les Etats de lâOHADA.
Impacts financiers du défaut de paiement
Le non-paiement des créances est une peste des temps modernes. Aucun continent nâen est épargné.
Les effets systémiques provoqués par les défauts de paiement enregistrés sur le marché immobilier américain en sont les preuves évidentes.

En Europe, les études qui ont justifié lâadoption du Règlement sur la procédure dâinjonction de payer révèlent quâune insolvabilité sur quatre est imputable aux retards de paiement et provoque la perte de 450.000 emplois chaque année.
Les dettes en souffrance liées à ce phénomène sâélèvent annuellement à 23, 6 milliards dâeuros. Dans le seul secteur commercial, les retards de paiement se chiffrent à 90 milliards dâeuros par an et représentent 10, 8 milliards dâeuros dâintérêts perdus .

Dans lâespace OHADA, en revanche, aucune étude nâa quantifié lâimpact réel du nonpaiement des créances sur lâéconomie et les entreprises, mais ses effets sont perceptibles dans tous les secteurs dâactivité.
Au cours de la décennie 1980-1990, le non-recouvrement des créances bancaires a désorganisé le système financier de lâUnion Economique Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).

Le défaut de paiement des primes dâassurance dans les Etats de la CIMA, à laquelle sont parties tous les Etats de lâOHADA17, a fini par menacer la solvabilité des compagnies dâassurance et le règlement des sinistres au point que le Conseil des Ministres des Assurances des pays membres de la CIMA a adopté, lors de sa dernière réunion tenue à NâDjamena en avril 2011, un Règlement modifiant et complétant les dispositions du Code des assurances relatives à la souscription et au paiement de la prime18.
Le nouvel article 13 du Code des assurances issu de cette réforme interdit désormais les assurances à crédit en disposant que « (â¦) la prise dâeffet du contrat est subordonnée au paiement de la prime par le souscripteur.
Il est interdit aux entreprises dâassurance, sous peine des sanctions prévues à lâarticle 312, de souscrire un contrat dâassurance dont la prime nâest pas payée ou de renouveler un contrat dâassurance dont la prime nâa pas été payée (â¦) ».

Une étude conduite par les institutions de lâOHADA, notamment le Centre de recherche et de documentation de lâEcole régionale supérieure de la magistrature (ERSUMA), révèle aussi les difficultés de plus en plus accrues des entreprises et des institutions financières à recouvrer leurs créances sans estimer le coût financier des défauts de paiement dans lâespace OHADA.
Les conséquences économiques du défaut de paiement des créances ne peuvent laisser indifférent et appellent à trouver des remèdes à la mesure de la gravité de la pathologie.
II- Traitement du défaut de paiement en Afrique noire francophone. Le traitement du défaut des paiements a évolué à travers le temps et les
civilisations.

Dans les systèmes juridiques primitifs, le créancier impayé pouvait, au nom des « legis actiones », enchaîner son débiteur dans sa prison privée jusquâà complet paiement de sa dette.
Cette pratique qui portait atteinte à la liberté du débiteur et dont lâefficacité économique nâétait pas démontrée, a été supprimée en France par une loi du 22 juillet 1867. Cette abolition fut, par la suite, étendue à dâautres pays européens.

Dans les colonies françaises dâAfrique noire, en revanche, deux régimes distincts étaient appliqués.
Si la contrainte par corps pour dettes nâexistait plus pour les citoyens français, elle continuait dâêtre appliquée aux indigènes par une loi du 10 août 191524.
Cette différence de régime fut lâobjet de vives critiques et fut abandonnée au profit dâun régime limité aux matières pénales et fiscales.
Désormais, seul le patrimoine du débiteur devrait répondre de ses dettes civiles et commerciales. Les biens du débiteur peuvent donc être saisis à lâissue dâune procédure judiciaire de recouvrement.
Devenus indépendants dans les années 1960, certains pays africains ont maintenu la situation en lâétat tandis que dâautres ont réintroduit la possibilité de la contrainte par corps pour dettes.

Par exemple, le Niger, par une loi du 30 septembre1969, a institué la contrainte par corps pour le recouvrement de certaines dettes civiles et commerciales. Le Mali a adopté des dispositions comparables.
La situation dans les Etats dâAfrique noire francophone nâest donc pas homogène.
Elle est complexe et floue dans la mesure où, même dans les Etats qui ont opté pour lâabolition, certains créanciers nâhésitent pas à conduire les débiteurs à la gendarmerie ou à la police pour obtenir le paiement ou une promesse sérieuse de payer et, à défaut, être incarcérés.
Selon la doctrine, « cette pratique illégale sâexplique, voire se justifie, par lâétat des mentalités qui lâadmettent et par la mauvaise foi ou la mauvaise volonté de nombreux débiteurs (â¦) ».
Lâurgence de la réforme du droit OHADA de recouvrement des créances

La nécessité de la réforme sâexplique par la complexité du droit actuel et les risques quâil fait peser sur les activités économiques et bancaires.
La complexité de la procédure dâinjonction de paiement a eu pour résultat dâécarter de la procédure un nombre important dâacteurs économiques qui utilisent des procédures de recouvrement parallèles.
Un auteur constate, avec pertinence, que « lâOHADA peut donner lâimpression de ne sâêtre occupée que des riches investisseurs et du commerçant important, au détriment des acteurs économiques plus modestes, à savoir le petit commerçant (â¦) ».

Les entreprises de grande taille trouvent aussi que les procédures de recouvrement de lâOHADA sont inadaptées au recouvrement de leurs lourds portefeuilles
dâimpayés.
Dâun point de vue économique et financier, la réforme de la procédure
injonctive est dâune grande importance pour le monde de la finance et des affaires (banques, maisons de commerce, commerçants, fournisseursâ¦).
En effet, si les prêteurs et les fournisseurs ne disposent pas de moyens efficaces pour recouvrer leurs créances, ils cesseront de traiter avec leurs débiteurs dès lors quâils nâont pas la certitude quâils vont aisément rentrer dans leurs fonds sans être astreints à des procédures trop lourdes, trop complexes, onéreuses
et longues108.
A titre dâillustration, les banques africaines, bien quâen surliquidité, sont très frileuses dans le financement des économies des Etats de lâUEMOA et de lâOHADA.
Ce comportement sâexplique tout dâabord par les effets catastrophiques du nonpaiement des créances sur les banques et les entreprises.

Elles sont obligées de contracter de nouveaux crédits ou de puiser dans leurs réserves pour assurer la continuité de lâexploitation et honorer leurs propres engagements.
Celles qui nâont pas ces coussins de sécurité sont souvent précipitées dans la faillite en entrainant les salariés dans leur chute.
L’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) a été créée par le Traité relatif à l’Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique signé le 17 oct. 1993 à Port-Louis (Sénégal) et révisé à Québec au Canada, le 17 oct. 2008.

Elle regroupe aujourdâhui 17 Etats: le Bénin, le Sénégal, le Burkina Faso, les Comores, la Côte dâIvoire, le Congo, le Gabon, le Mali, le Niger, la Guinée-Bissau, le Cameroun, le Togo, la Centrafrique, la Guinée Equatoriale, le Tchad et la Guinée Conakry et la République démocratique du Congo.
Pour une vue synoptique de ces Etats, voir lâannexe 1.

ANNEXE 1 – Les Etats membres de lâOHADA

ANNEXE 2 – Modèle de requête dâinjonction de paiement

ANNEXE 3 – Dette publique intérieure des Etats de lâOHADA

Source :
Thèse pour lâobtention du grade de docteur en Droit privé
Présentée et soutenue publiquement le 14 oct. 2016
Par Amevi de SABA












