La cherté du Loyer au Sénégal reste et demeure une équation à doubles inconnues. La nécessaire régulation et le calvaire des ménages sont des urgences du moment.
Cherté du Loyer : La nécessaire régulation
Le constat est le même, le loyer est devenu cher à Dakar, très cher même. Il a connu une hausse ces derniers temps plongeant les habitants dans le désarroi total.
En dépit dâune réglementation pointilleuse prise en application de lâarticle 572 du Code des Obligations civiles et commerciales, le loyer des locaux à usage dâhabitation nâa cessé depuis des années de connaître une poussée inflationniste qui affecte considérablement les revenus des ménages.
Macky Sall demande  » la régulation urgente des prix »
Face à cette situation inquiétante, le président de la République, Macky Sall, a décidé de mettre fin à cette flambée des prix.
Ainsi, au Conseil des ministres de ce mercredi 27 octobre, Il a demandé à ses ministres compétents la « régulation urgente des prix ».

« Sur le climat social, la gestion et le suivi des affaires intérieures, le Chef de lâEtat a insisté sur la nécessité dâune régulation urgente des prix du loyer et a demandé, aux Ministres en charge du Commerce et des Finances, avec le concours des services du Ministre en charge du Logement, de lui proposer dans les meilleurs délais, des mesures dâurgence pour encadrer davantage et réguler les prix du loyer sur lâensemble du territoire national, notamment au niveau des centres urbains », peut-on lire dans le communiqué.
Le calvaire des ménages à la recherche du loyer
Malgré lâadoption du projet de loi n°2014-03 du 22 janvier 2014 portant baisse des loyers nâayant pas été calculé suivant la surface corrigée, face à cette situation difficile pour les ménages, le prix du loyer à Dakar nâa jusque-là cessé de grimper. Au grand dam des ménages.
« La situation difficile pour les ménages, induite par la cherté des loyers, fait quâil devient nécessaire, afin de préserver lâordre public, de procéder à une diminution des taux des loyers en terme de pourcentage. Ceci permettra aux sénégalais pour qui la méthode dâévaluation basée sur la surface corrigée est difficile à mettre en Åuvre, de pouvoir profiter des baisses induites par la modification des textes régissant la matière », faisait remarquer le projet de loi N° 04/2014 portant baisse des loyers nâayant pas été calculés sur la surface corrigée.
Défendu par Alioune Sarr, ministre du commerce dâalors dans le gouvernement dâAminata Touré, le projet de loi a été adopté par lâassemblée nationale le mercredi 15 Janvier 2014 suivant la procédure dâurgence, avant dâêtre par la suite promulgué par le président de la République.
Mais quelques années après son entrée en vigueur, le constat est resté unanime, le prix du loyer a fortement grimpé à Dakar. Une situation déplorable qui plonge certains locataires dans la tourmente.

« Câest très difficile vraiment pour un père de famille qui nâa même pas un salaire de cent mille francs. Les bailleurs ne respectent pas la loi. Et le gouvernement nâa fait aucun suivi par rapport à la loi. Ce qui fait que les bailleurs font ce que bon leur semble. Auparavant je payais vingt-sept mille pour la chambre que jâoccupais aux Parcelles assainies. Câétait avant lâentrée en vigueur de la loi. Mais après sa promulgation, jâai eu une réduction de huit mille cinq cent ce qui fait que le loyer à payer est de dix-huit mille cinq cent », confie Mourtala Ndiaye, locataire de son état.
Cherté du loyer au Sénégal en quelques chiffres
Même son de cloche chez Tahirou Ousmane. Ce jeune ressortissant nigérien qui est à la recherche dâun loyer à Dakar raconte son calvaire quotidien. Pour ce dernier, en plus de la cherté du loyer, le produit reste pratiquement introuvable.
« Depuis quatre jours je ne travaille pas parce que je cours derrière les courtiers pour trouver un logement. Toutes les chambres quâon mâa montrées sont à cinquante mille francs alors que mon budget ne dépasse pas trente mille.
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Câest un véritable casse-tête. Je pense que si lâÃtat du Sénégal avait pris les précautions nécessaires, on nâen serait pas là aujourdâhui. Câest très difficile pour sâen sortir, surtout si lâon nâa pas un travail décent », se lamente-t-il.
Un calvaire dont la fin nâest pas proche. Les bailleurs semblent décider à en faire voir de toutes les couleurs aux locataires.
La nouvelle stratégie des bailleurs pour contourner la loi et augmenter les tarifs
Afin de contourner la loi portant sur la baisse du loyer, les bailleurs ont adopté une nouvelle stratégie. Il sâagit de faire sortir ses locataires pour soi- disant réfectionner le local et après augmenter les prix.
« Mon bailleur mâa fait sortir sous prétexte quâil doit réfectionner la maison. Quelques jours après je suis revenu, mais il mâa fait savoir que maintenant je dois payer quarante mille francs pour la chambre et la salle de bain.
Alors que je payais dix-huit mille cinq cent avec lâentrée en vigueur de la loi sur la baisse du loyer. Les bailleurs ne respectent même pas la loi.

Et que le gouvernement nâa mis en place aucune mesure dâaccompagnement », déplore Mourtala Ndiaye, ouvrier de son état.
La caution de quatre mois lâautre paire de manches!
En plus de la cherté du loyer, et de lâindisponibilité des logements, les ménages font face à la lancinante question de la caution qui revêt maintenant un véritable casse-tête pour les locataires.
« Actuellement, il faut débourser trois à quatre mois de caution pour disposer dâun local. Parce que tu vois souvent un locataire qui prend un appartement alors quâil ne peut pas sâacquitter de la mensualité, mais juste il veut y rester pour une durée dâun à deux mois avant de partir sans avertir son bailleur. Câest pourquoi les bailleurs durcissent les conditions dâacquisition.
Maintenant si le bailleur demande une caution de deux mois, les courtiers en ajoutent un troisième mois de rançon.
Et si le bailleur demande une caution de trois mois alors, les courtiers en ajoutent un quatrième mois de caution », tente dâexpliquer Talla Thiam, un agent immobilier. Mais pour Talla Thiam, si la loi était bien concertée, toutes ses difficultés pouvaient être évitées pour les locataires.
« Le loyer est cher parce que dâabord la demande est supérieure à lâoffre. Lâautre chose qui a aggravé la situation, câest la loi. Elle nâa pas été bien réfléchie.
Parce quâon nâa pas impliqué les bailleurs et les acteurs du secteur du courtage et le problème actuel, il faut débourser pas de moins de cent cinquante mille francs pour un appartement de deux chambres salon », a souligné lâagent immobilier.

Et les prix varient selon les zones. Les chambres et appartements qui se trouvent dans les quartiers huppés sont aujourdâhui devenus intouchables. Pour un studio de deux pièces, il faut débourser pas moins de 200 000 francs. Ce qui est presque indécent.
Les appartements meublés, lâautre phénomène qui bouleverse la tendance
La mise en place des appartements meublés fait partie des facteurs explicatifs de la situation de la cherté du loyer à Dakar. Pour Talla Thiam, la tendance actuelle, câest que certains bailleurs préfèrent transformer leurs maisons en appartement meublé. Là , le business est plus fructueux.
« Parce souvent tu vois un groupe de jeunes qui se cotisent pour louer un appartement à quinze mille voire vingt mille francs la journée. Si tu fais le total, les bailleurs gagnent plus avec les appartements meublés quâavec la location pour habitation.
Par exemple, la chambre meublée et la salle de bain reviennent à dix mille francs pour la journée. Et lâappartement meublé câest à vingt-cinq mille et si câest un studio câest à quinze mille francs si vous faites le cumul vous verrez que les appartements meublés génèrent plus de que la location mensuelle.
On en trouve maintenant un peu partout à Dakar surtout à Ouest Foire, Diamalaye, Nord Foire, Parcelles Assainies et Cité Alioune Sow. Câest un facteur aggravant qui mérite des solutions urgentes », a renseigné lâagent immobilier.
Mais pour résoudre le problème lié à la cherté du loyer, le promoteur immobilier Issa Ka plaide pour un désengorgement de la capitale Dakar et invite le gouvernement à faciliter lâaccès au logement à travers une mise à disposition de cités dâhabitation à des coûts favorables à toutes les couches.
LâÃtat perdu dans sa politique de 100 mille logements

Afin de relever les défis liés à la cherté de loyer à Dakar, le gouvernement du Sénégal sâest résolument engagé, à travers une série de mesures, à réformer le secteur de lâurbanisme et de lâhabitat de manière à mieux prendre en charge les besoins croissants des populations.
Ce qui traduit la mise en Åuvre du programme de cent mille logements. Ce programme constitue un des projets prioritaires du gouvernement en vue de satisfaire la demande croissante de logements et des services urbains.
à travers la mise en Åuvre de ce projet, le gouvernement manifeste sa volonté dâagir à la fois sur les performances climatiques, économiques et sociales des villes avec lâamélioration de lâoffre, des conditions dâaccès au logement et lâamélioration de lâhabitat, un enjeu de durabilité urbaine.
Mais reste à voir si ce programme pourra vraiment régler les défis actuels liés à la cherté du logement à Dakar.
Les bailleurs sous pression bancaire
« La location est une forme de fonds de commerce pour certains bailleurs. Beaucoup de bailleurs vont emprunter des fonds à la banque pour construire leur maison.
Câest pourquoi souvent ils ont tendance à augmenter les prix vaille que vaille vu la pression quâils subissent face aux banques.
Mais câest lâEtat qui devrait prendre ses responsabilités pour assurer lâexécution de la loi dans toutes ses formes sur le terrain.
![Cherté du Loyer : La nécessaire régulation + le calvaire des ménages 6 [Grande enquête] Loyer à Dakar www.kafunel.com lâinfernale spirale](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2021/06/Grande-enquete-Loyer-a-Dakar-www.kafunel.com-linfernale-spirale.jpg?resize=696%2C464&ssl=1)
En plus de cela, rendre accessible le logement à des coûts pour toutes les couches. Lâautre solution qui pourrait aussi aider à la diminution du loyer à Dakar, câest de désengorger la capitale Dakar.
Il faut que les usagers acceptent aussi dâaller vers des quartiers comme Tivaouane Peulh, Keur Massar ou Zac Mbao. Parce que tout le monde ne peut pas disposer dâun local à Dakar », a proposé lâagent immobilier Issa Ka.
Oumar Diallo (Directeur du commerce intérieur) : « Les difficultés sont liées au contrôle des services des impôts et domaines sur le terrain »
Interpellé sur les violations flagrantes de cette loi, les services du ministère du commerce par le biais de la direction du commerce extérieur se dessaisissent des manquements liés à lâapplication de cette loi pourtant défendu par le ministère du commerce dâalors, avec Alioune Sarr devant le parlement sénégalais.

Selon le directeur du commerce extérieur M. Oumar Diallo, la question du contrôle relève du service des domaines et du cadastre. Toutefois, précisera toujours le directeur du commerce intérieur, « aujourdâhui on ne peut plus parler de cette loi-là , parce lâensemble des contrats ont été faits sur la base de la surface corrigée ».
« Le ministère du commerce participe à lâapplication de cette loi. Maintenant tout ce qui est du contrôle, relève des bureaux de contrôle du loyer au niveau du service des domaines et du cadastre. Câest eux qui doivent se charger du contrôle du loyer. Maintenant en ce qui concerne lâapplication de la loi, elle avait un but très précis.
Câétait de régler les loyers qui avaient été fixés sans surface corrigée. Donc la loi avait une durée de vie très courte par rapport aux contrats fixés par rapport à la surface corrigée. Donc aujourdâhui on ne peut plus parler de cette loi-là , parce lâensemble des contrats ont été faits sur la base de surface corrigée.
à partir de 2016, nous avons constaté que les bailleurs même ont fini de contourner cette loi parce que tout simplement ils sont tous allés chercher des surfaces corrigées et lorsquâils lâont fait, les nouveaux taux du loyer en application des dispositions de la surface corrigée, sont devenus plus chers que ce qui même était déjà fait.
Câest un premier problème.
Deuxième chose des difficultés dâapplication de cette loi, câest que le contrôle du loyer qui existe au niveau des services des impôts et domaines ne fonctionne pas du tout.

Câest pourquoi avant dâinterpeller le ministère du commerce, il faut aller au niveau des services compétents qui doivent faire le contrôle du loyer. Parce que la loi dit que le contrôle du loyer doit être fait par les bureaux de contrôle des inspecteurs des domaines et des impôts », a précisé Oumar Diallo.
La balle est renvoyée aux services des impôts et domaines qui la saisissent pour se défendre. Pour lâoccasion, câest Abdou Ben Sambou, directeur adjoint des domaines, qui se prête à lâexercice.
Abdou Ben Sambou DGA des domaines : « On nâa pas les effectifs requis pour faire le contrôle nécessaire »
Pour ce dernier, les bureaux de contrôle veillent toujours au contrôle. Cependant, il y a un souci. « Sâagissant des bureaux de la vérification des valeurs locatives, suite à la décision prise par le président de la république de réguler le secteur de la location dans Dakar, effectivement les textes prévoient lâévaluation cadastrale effectuée par la DGID, notamment les bureaux du cadastre qui sont compétents pour lâévaluation de la surface corrigée afin de déterminer la soutenable valeur.
Cette décision tient compte dâabord du lieu parce que les Almadies et Khar Yalla, vous voyez déjà la différence des surfaces du bâti. Il y a un certain nombre de critères techniques sur lesquels on se fonde pour déterminer le prix du loyer.
Quand les bureaux de contrôle sont requis, ils vont sur place, mais vous pouvez imaginer aisément quâils ne peuvent pas intervenir sur tous les immeubles qui se trouvent dans Dakar. Je pense que lâANSD avait recensé plus de quatre cent à neuf cent mille propriétaires à Dakar.

Imaginez-vous le volume de travail que cela représente. Mais je peux vous affirmer que dès quâils sont requis, sâils sont disponibles, ils y vont. Cependant aller répondre à des requêtes individuelles, cela paraît être très difficile compte tenu des ressources humaines limitées », se défend Abdou Ben Sambou. A lâen croire, la DGID compte 1400 agents (impôts, domaine, cadastre y compris).
Selon le directeur général adjoint des Domaines, « le bât blesse au niveau de lâappropriation de la loi ». « Car vous nâêtes pas sans savoir que toute loi, si les personnes à qui elle sâapplique ne se lâapproprient pas, il y aura un phénomène de rejet. Et quand il y a ce phénomène de rejet, lâÃtat est obligé de courir après et câest là où se trouve la difficulté », tente-t-il dâexpliquer.
Autrement dit, un début de solution nâest pas à lâhorizon. Pendant ce temps, les locataires sont abandonnés à leur sort au moment où les bailleurs mènent la danseâ¦
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