Voici l’intégralité du discours du président Macky Sall au 36e Sommet de l’Union africaine. Le 36ème Sommet Ordinaire des Chefs dâEtat et de Gouvernement de lâUnion Africaine a été ouvert ce samedi 18 février à Addis Abeba en présence du chef de lâÃtat nigérien, Mohamed Bazoum.
Intégralité du discours du président Macky Sall au 36e Sommet de l’Union africaine

Le président de la République, Macky Sall, s’est adressé ce matin aux chefs d’Etat et de gouvernement africains réunis à Adis-Abeba pour le 36e Sommet de l’organisation continentale, dont il a dirigé la présidence pendant un an avant de passer le témoin à son homologue des Comores, Azali Assoumani.
Voici l’intégralité de son discours.

Excellences, Mesdames, Messieurs les Chefs dâEtat et de gouvernement,
– Monsieur le Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies,
– Mesdames, Messieurs les Ministres,
– Monsieur le Président de la Commission de lâUnion,
– Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et chefs de délégations,
– Mesdames, Messieurs, Chers invités,
En votre nom et au mien propre, je remercie le gouvernement éthiopien pour son accueil convivial et les dispositions prises en appui à lâorganisation de notre Sommet.
Je salue et remercie tous les collègues, chefs de délégations et invités ici présents.
Nous tenons nos assises alors que nos pays continuent de subir de plein fouet les effets combinés du réchauffement climatique, dâune crise sanitaire inédite et dâune guerre majeure, qui plonge le monde entier dans une séquence dangereuse et incertaine, dont personne ne peut prédire comment et quand elle finira.

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Sây ajoutent lâavancée du terrorisme sur le continent, la persistance de conflits anciens ou nouveaux, et la recrudescence des coups dâEtat ; même si la tenue dâélections libres et transparentes confirme lâancrage de la démocratie dans nombre de nos pays.
Au cours de mon mandat, je me suis efforcé à soutenir le règlement des différends et accompagner les transitions politiques, avec lâappui de la Commission, et des Communautés économiques et Mécanismes régionaux.
Force est de constater que la pacification du continent reste encore un objectif à atteindre.
Jâappelle instamment à la mise en Åuvre des engagements du Sommet extraordinaire de Malabo de mai 2022 ; à savoir, rendre opérationnelle la Force africaine en attente, créer une Unité de lutte contre le terrorisme et financer de façon plus conséquente et plus prévisible nos efforts de lutte contre ce fléau.
Discours du Président Macky Sall à Addis-Abeba à la conférence des chefs d’Ãtat et de Gouvernement.
Cette lutte, comme je lâai indiqué dans mon adresse à la 77ème Session de lâAssemblée générale des Nations Unies, relève aussi de la responsabilité du Conseil de Sécurité, garant du mécanisme de sécurité collective ; parce que lâavancée du terrorisme en Afrique est une menace à la paix et à la sécurité internationales. Comme il lâa fait ailleurs, le Conseil doit mieux sâengager dans la lutte contre le terrorisme en Afrique, avec des mandats plus robustes et un financement plus adéquat.
En tout état de cause, le défi de la paix, de la sécurité et de la stabilité du continent nous engage à déposer les armes, et à trouver des solutions pacifiques à nos différends afin de mieux nous consacrer aux tâches de développement économique et social.
Avec la reconfiguration géopolitique du monde, une opportunité historique sâoffre à nous de fermer lâère de lâAfrique des problèmes et ouvrir la voie de lâAfrique des solutions.
Nous en avons tout le potentiel ; parce quâun continent de 30 millions de Km², plus dâun milliard trois cents millions dâhabitants, doté en abondance de toutes sortes de ressources, ne peut être condamné à rester à la traine du monde.
Lâémergence de lâAfrique est à notre portée.

Mais pour y arriver, nous devons accorder plus de temps à lâagenda pour le développement économique et social du continent, que nous avons actualisé cette année avec la tenue des Sommets sur :
- â à lâindustrialisation et la diversification économique de lâAfrique ;
- â à lâaccélération de la mise en Åuvre de la ZLECAf ;
- â à la masculinité positive, contre les violences faites aux femmes et aux filles ;
- â Ãlâagriculture et la sécurité alimentaire ;
- â Ãenfin le financement des infrastructures.
Ces thématiques rappellent les urgences auxquelles nous devons nous attaquer afin de réaliser lâAfrique que nous voulons pour nous-mêmes, pour nos enfants et pour les générations futures.
En raison de la persistance des violences faites aux femmes et aux filles, et de notre grand retard en matière dâinfrastructures, jâappelle lâUnion à prendre des décisions urgentes pour la mise en Åuvre des conclusions des rencontres de Dakar sur ces deux thématiques.
Sâagissant de la 2èmeConférence de Dakar sur lâagriculture et la sécurité alimentaire (Dakar 2), co organisée par le Sénégal et la BAD du 25 au 27 janvier dernier, sous le thème « Nourrir lâAfrique, souveraineté alimentaire et résilience », la participation record de haut niveau en a fait un sommet orienté vers lâaction, pour une lâAfrique qui se donne enfin les moyens de se nourrir par elle-même et contribuer à nourrir le monde.
Ainsi, sur la base de leurs programmes prioritaires, plusieurs pays ont signé avec les partenaires bilatéraux et multilatéraux des Compacts visant à stimuler la production, la transformation et le commerce agricoles, pour un montant total de 36milliards de dollars annoncés, dont 10 milliards de la BAD.
J’exprime notre gratitude à tous nos partenaires bilatéraux et multilatéraux pour leurs contributions.

Je remercie vivement notre frère Akinwumi Adesina, Président du Groupe de la BAD, pour lâenthousiasme et le leadership avec lesquels il continue de mobiliser la BAD pour aider à libérer le potentiel agricole du continent et mettre fin à sa dépendance alimentaire vis-à -vis de lâextérieur. Les excellents résultats de Dakar 2 en témoignent.
Je suis sûr que nous pouvons compter sur lui pour la mobilisation effective des financements annoncés.
Afin dâassurer le suivi adéquat de la conférence, je recommande que le Sommet endosse la Déclaration de Dakar sur la souveraineté alimentaire et la résilience, et instruise la Commission de travailler à sa mise en Åuvre en collaboration avec la BAD.
Il serait tout aussi indiqué dâintégrer dans le même processus le suivi de la Déclaration conjointe sur la sécurité alimentaire issue du Sommet Etats-Unis -Afrique de décembre dernier.
A cette fin, jâai mis en place une task force conduite par lâancien Premier Ministre Hailemariam Desalegn qui travaille déjà avec la Commission et la partie américaine sur la mise en Åuvre des objectifs de la Déclaration.
Il sâagit, à court terme, dâassurer à nos pays lâapprovisionnement en produits céréaliers et en fertilisants, aux conditions normales du marché.
A cet effet, nous pourrions utiliser la plateforme ATEX en collaboration avec AFREXIMBANK afin de faciliter les transactions.
A moyen et long termes, la Déclaration de Washington nous engage à travailler avec la partie américaine et dâautres partenaires, pour améliorer les performances agricoles du continent dans tous les aspects, y compris les infrastructures.
Excellences, Mesdames, Messieurs,

- â LâAfrique que nous voulons, câest aussi une Afrique qui réfléchit par et pour elle-même ;
- â une Afrique qui sait ce quâelle veut et ce quâelle vaut ;
- â une Afrique pleinement intégrée dans la gouvernance mondiale, et qui sâengage avec ses partenaires dans une éthique relationnelle réinventée, fondée sur des partenariats co-construits et respectueux de la diversité des valeurs de cultures et de civilisations.
Câest le plaidoyer que jâai porté en votre nom au 6ème Sommet Europe-Afrique de Bruxelles, au Conseil de lâOCDE à Paris, au Sommet du G7 dâElmau, à la TICAD 8 de Tunis, à lâAssemblée générale des Nations Unies, à la COP 27 de Sharm El Sheikh, au Sommet du G20 de Bali et au 2ème Sommet Etats-Unis-Afrique à Washington.
A toutes ces étapes, jâai réaffirmé quâen ces temps de mutations profondes, travailler ensemble requiert une autre façon de penser le monde, une autre façon dâagir entre partenaires respectueux de leurs valeurs communes et de leurs différences.

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Sur la gouvernance mondiale, il est clair que la réforme du Conseil de Sécurité ne connait pas encore dâévolution significative.
Par contre, sâagissant de la gouvernance économique et financière mondiale, je suis heureux dâannoncer que le processus dâadhésion de lâAfrique comme membre de plein droit du G20 est en bonne voie, suite aux démarches que jâai effectuées dans ce sens aussitôt après ma prise de fonction.
A ce jour, 10 des 20 membres du Groupe nous ont exprimé leur soutien ; notamment et dans lâordre chronologique : lâUnion Européenne, la France, lâAfrique du Sud, la Chine, la Russie, lâArabie Saoudite, les Etats-Unis dâAmérique, le Japon,la Turquie et la Grande Bretagne.
En votre nom, je leur renouvelle nos chaleureux remerciements pour ce soutien amical et solidaire. LâAfrique sâen souviendra.
Jâespère que les autres membres du Groupe rejoindront cet élan consensuel pour que lâadhésion de lâAfrique soit actée au prochain sommet du G20 en Inde.
Dâautres défis non encore résolus demandent une prise en charge continue.

Je pense à lâInitiative du G20 sur la suspension du service de la dette et à la réallocation partielle des Droits de Tirage spéciaux. Lâune et lâautre, censées accompagner nos efforts de résilience et de relance économique, restent encore dans lâimpasse. Je pense à la transition énergétique juste et équitable, qui nous permet dâexploiter nos ressources disponibles, pour satisfaire nos besoins dâindustrialisation à des coûts compétitifs et assurer à nos pays lâaccès universel à lâélectricité dont plus de 600 millions dâafricains restent encore privés.
Je pense à la perception exagérée du risque dâinvestissement en Afrique.
Dans mon adresse de prise de fonction du 5 février 2022 ici même, je disais que nos économies sont sous financées et mal financées, parce que nos pays continuent de payer de façon injuste des taux dâintérêt trop élevés, à cause dâun système inéquitable dâévaluation du risque dâinvestissement.
Cela a été confirmé par plusieurs études, dont le Rapport 2022 sur le financement du développement durable publié en avril 2022, qui a relevé en termes explicites la sévérité des Agences vis-à -vis des pays du Sud et leur relative indulgence à lâégard des pays industrialisés.
Ainsi, en pleine pandémie en 2020, 18 des 32 pays africains évalués par au moins une des grandes agences ont vu leur notation dégradée ; soit 56% contre une moyenne mondiale de 31%.
A lâinverse, et je cite le Rapport : « Les pays développés, qui ont connu une augmentation de leur dette et un ralentissement économique beaucoup plus important, ont largement échappé aux dégradations, ce qui renforce leur accès à un financement de marché abondant et abordable ». fin de citation.
Le document relève en outre la défiance des Agences de notation vis-à -vis de lâInitiative de suspension du service de la dette, pourtant décidée de façon consensuelle par le G20, instance habilitée en la matière.
Plusieurs pays africains ont ainsi vu leur notation mise sous surveillance, avant même leur participation à lâInitiative ; ce qui a contribué à aggraver la perception du risque dans ces pays et à dégrader leur notation ; comme si les agences sâérigeaient en instance de régulation au-dessus des Institutions intergouvernementales.
Câest pourquoi le Rapport recommande lâadoption de « méthodologies transparentes afin de ne pas miner la confiance dans les notations ».
Je rappelle que cette étude qui fait autorité a été réalisée par une soixantaine dâinstitutions multilatérales, dont le FMI, la Banque mondiale, le Comité de Bâle sur la supervision bancaire, lâAssociation internationale des régulateurs de lâassurance et le Conseil de stabilité financière.
Tout cela montre que nos efforts de développement ne pourront prospérer tant que perdurent certaines règles et pratiques de la gouvernance économique et financière mondiale.
Certes, nous avons la responsabilité première de créer les conditions de développement de nos pays, mais notre sort dépend aussi dâinstitutions et règles dâaprès-guerre qui ne prennent pas suffisamment en compte les besoins et intérêts de nos pays.
Jâappelle, par conséquent, les pays membres de lâUnion et la Commission à participer activement à lâInitiative de Bridgetown sur la réforme de lâarchitecture financière mondiale, dont lâagenda 2023 prévoit six rendez-vous entre les réunions du FMI et de la Banque mondiale en avril, et la COP 28 en décembre.
Excellences, Mesdames, Messieurs,

Au terme de mon mandat, je voudrais vous exprimer toute ma gratitude pour votre confiance.
- â Je remercie particulièrement notre frère Moussa Faki Mahamat pour son leadership et son soutien.
- â Jây associe lâensemble des membres de la Commission.
- â Servir notre continent a été pour moi un privilège et une grande fierté, parce que je crois en une Afrique unie, une Afrique debout, une Afrique au travail, une Afrique en paix et confiante en son avenir.
Cela me détermine à rester encore plus motivé, au front du combat pour lâAfrique, partout, pour tout et tout le temps ; parce que câest la responsabilité que nous confère lâhéritage du panafricanisme, pour réaliser le rêve des pères fondateurs et les aspirations de nos peuples.
Je souhaite plein succès à nos travaux et à mon successeur.
Vive lâAfrique ! Vive lâUnion Africaine !
Je vous remercie.












