UCAD : 3 Jours de Famine, la Riposte s’Organise. Privés de restaurants depuis 72h, les étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop organisent leur survie. Enquête exclusive sur une crise alimentaire au cÅur de Dakar, entre système D, solidarité et colère grandissante face au silence des autorités.
3 Jours de Famine à UCAD, la Riposte s’Organise

Dakar retient son souffle. Au cÅur de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), le bruit des fourchettes a laissé place à un silence pesant, brisé seulement par les slogans de colère. Cela fait maintenant 72 heures que les portes des restaurants universitaires restent hermétiquement closes. Trois jours sans service, trois jours de privation. Alors que la nuit tombe une nouvelle fois sur le campus social, des milliers d’étudiants s’apprêtent à dormir le ventre vide ou à improviser leur survie. Plongée au cÅur d’un système D vital où la solidarité devient la seule arme face à la précarité institutionnelle.
Le « Système D » : Quand la Chambre Devient Cuisine de Fortune
La scène est surréaliste mais témoigne d’une résilience à toute épreuve. Dans les couloirs du Pavillon A ou aux abords du « Campus Social », les étudiants de l’UCAD, abandonnés par le Centre des Åuvres Universitaires de Dakar (COUD), ont décidé de ne pas se laisser abattre. Privés de leur droit le plus élémentaire â se nourrir à un tarif subventionné â ils réinventent la vie en communauté.
Depuis trois jours, les groupes WhatsApp de promotion s’enflamment, non pas pour échanger des cours, mais pour cotiser. « On met 500 FCFA chacun, on achète du riz, de l’huile et du poisson séché au marché de Gueule Tapée », explique Moustapha, étudiant en Master de Droit, le visage marqué par la fatigue.
ASTUCE DE SURVIE : La solidarité est votre meilleure arme. Regroupez vos ressources par chambre pour acheter en gros et réduire les coûts par personne.
Les bonbonnes de gaz, théoriquement interdites dans les chambres pour des raisons de sécurité, refont surface. On cuisine à même le sol, dans les couloirs ou dans les arrières-cours des pavillons. L’odeur du « Thieboudienne » improvisé remplace celle, aseptisée, des réfectoires industriels. C’est un retour forcé à la vie de village, transposé dans la plus grande université d’Afrique de l’Ouest.
Chronique d’une Crise : Pourquoi les Restaurants Sont-ils Fermés ?

La question brûle toutes les lèvres : comment en est-on arrivé là ? La fermeture brutale des restaurants universitaires n’est pas un accident isolé, mais le symptôme d’un mal plus profond qui ronge l’institution. Officiellement, les repreneurs (les prestataires privés gérant les restaurants) évoquent des arriérés de paiement de la part de l’Ãtat.
Le NÅud Gordien de la Dette
Les restaurants de l’UCAD, tels que le Central, Argentin ou Self, fonctionnent sur un modèle de subvention. L’étudiant paie une somme modique (100 FCFA pour le petit-déjeuner, 150 FCFA pour le repas), et l’Ãtat compense la différence. Lorsque l’Ãtat tarde à verser ces compensations, les repreneurs coupent les vivres, incapables de payer leurs propres fournisseurs.
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Cette mécanique de la dette prend les étudiants en otage. « Nous ne demandons pas la charité, nous demandons l’exercice de nos droits légitimes », scande le collectif des délégués d’amicales. Pour eux, l’éducation ne s’arrête pas aux amphithéâtres ; elle inclut les conditions de vie nécessaires à la réussite intellectuelle.
CONSEIL JURIDIQUE : Les amicales doivent exiger une transparence totale sur le calendrier de paiement des subventions pour anticiper les grèves.
L’Impact Dévastateur sur la Santé et les Ãtudes

Ventre affamé n’a point d’oreille, dit l’adage. à l’UCAD, ventre affamé n’a surtout point de concentration. La fermeture des restaurants a un impact direct et immédiat sur la performance académique. En pleine période de révisions ou d’examens partiels pour certaines facultés, cette crise alimentaire est une catastrophe pédagogique.
De nombreux étudiants, venus des régions éloignées du Sénégal (Ziguinchor, Matam, Tambacounda), n’ont aucune famille à Dakar. Ils dépendent exclusivement de la restauration universitaire. Pour eux, la fermeture signifie souvent sauter des repas.
Témoignages Poignants
- Aissatou, L2 Géographie : « Hier, je n’ai mangé que du pain et du thon. Aujourd’hui, je n’ai plus d’argent. Je vais boire de l’eau et essayer de dormir pour oublier la faim. »
- Jean, Master Physique : « On ne peut pas résoudre des équations complexes quand l’estomac tord les boyaux. C’est un manque de respect total envers l’élite de demain. »
Une Nouvelle Nuit d’Incertitude
Ce soir, l’angoisse monte d’un cran. Les stocks de nourriture personnelle s’épuisent. Les petites boutiques du campus (les « Tabliers ») sont prises d’assaut, mais leurs prix, bien que modestes, restent inaccessibles pour les bourses les plus fragiles, d’autant plus que les bourses étudiantes accusent parfois elles aussi des retards.
Les étudiants s’apprêtent à passer une nouvelle nuit sans restauration officielle. Mais cette nuit pourrait être celle de trop. Des rassemblements spontanés s’organisent devant le pavillon A. Les « Fronts » (manifestations étudiantes) menacent d’éclater sur l’avenue Cheikh Anta Diop. L’histoire de l’UCAD a prouvé maintes fois qu’une étincelle alimentaire peut provoquer un incendie social majeur.
ALERTE SÃCURITà : Restez informés via les canaux officiels des amicales et évitez les zones de confrontation si la situation dégénère.
La Responsabilité de l’Ãtat et du COUD en Question

Au-delà de l’urgence humanitaire, c’est la gouvernance universitaire qui est pointée du doigt. Comment une institution qui accueille près de 90 000 étudiants peut-elle se retrouver sans plan de contingence ?
Les étudiants réclament :
- Le rétablissement immédiat du service de restauration.
- La sanctuarisation du budget de la restauration pour éviter les ruptures de service cycliques.
- Un audit de la gestion des restaurants universitaires.
Si aucune solution n’est trouvée dans les prochaines heures, les étudiants promettent de passer à la vitesse supérieure. Le slogan est clair : « Pas de repas, pas de cours, pas de paix. »
Analyse : La Résilience Sénégalaise à l’Ãpreuve
Ce qui se joue à l’UCAD est un microcosme de la société sénégalaise. Face à la défaillance des structures, l’individu s’efface au profit du collectif. Les « bols communs » qui circulent ce soir dans les chambres de la cité Claudel ou du Pavillon A sont le symbole d’une jeunesse qui refuse de subir.
Cependant, cette résilience ne doit pas dédouaner les autorités. La normalisation de la précarité étudiante est un danger pour l’avenir du pays. Un étudiant qui lutte pour manger est un étudiant qui ne peut pas pleinement se consacrer à l’innovation, à la recherche et au développement du Sénégal.
Vers une sortie de crise ?
Des rumeurs font état de négociations nocturnes entre la direction du COUD et les repreneurs. Mais pour l’heure, les fourneaux restent éteints. Les étudiants, eux, restent éveillés, la faim au ventre et la rage au cÅur, attendant que l’aube apporte, peut-être, une solution.
Cet article sera mis à jour en temps réel selon l’évolution de la situation sur le campus.
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