Commençons par le début, ce que déclare la présidence de la République après les frappes dites ciblées et ce que nous montre Paris Match (le poids des mots, le choc des photos) dans une photo du PC Jupiter (cela ne sâinvente pas)5. Ensuite, nous pourrons en tirer quelques remarques préliminaires.
A lire aussi: Décryptage sur le nouvel axe du mal: Londres, Paris, Washington
Communiqué de la présidence de la République (14 avril 2018)
« Le samedi 7 avril 2018, à Douma, des dizaines dâhommes, de femmes et dâenfants ont été massacrés à lâarme chimique, en totale violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute. La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie.
Jâai donc ordonné aux forces armées françaises dâintervenir cette nuit, dans le cadre dâune opération internationale menée en coalition avec les Etats-Unis dâAmérique et le Royaume-Uni et dirigée contre lâarsenal chimique clandestin du régime syrien. Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et lâemploi dâarmes chimiques.
Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de lâemploi dâarmes chimiques, qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective. Câest le sens des initiatives constamment portées par la France au Conseil de Sécurité des Nations unies.
La France et ses partenaires reprendront, dès aujourdâhui, leurs efforts aux Nations Unies pour permettre la mise en place dâun mécanisme international dâétablissement des responsabilités, prévenir lâimpunité et empêcher toute velléité de récidive du régime syrien.
Depuis mai 2017, les priorités de la France en Syrie sont constantes : terminer la lutte contre Daech, permettre lâaccès de lâaide humanitaire aux populations civiles, enclencher une dynamique collective pour parvenir à un règlement politique du conflit, afin que la Syrie retrouve enfin la paix, et veiller à la stabilité de la région.
Je poursuivrai ces priorités avec détermination dans les jours et les semaines à venir.
Conformément à lâarticle 35, alinéa 2, de la Constitution, le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision dâintervention de nos forces armées à lâétranger ».
REMARQUES PRELIMINAIRES
à ce stade, nous nous limiterons à deux simples remarques.
La première correspond au membre de phrase suivant du communiqué jupitérien : « Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute ».
Ce qui dans le langage courant signifie que les autorités françaises possèdent la preuve incontestable quâil y aurait eu utilisation dâune arme chimique (le chlore en tant que tel nâen est pas une), que cette utilisation est sans conteste le fait des autorités syriennes et quâil ne pourrait, en aucune manière, avoir eu « manipulation » intérieure (les rebelles de la Ghouta orientale) ou extérieure (un service de renseignement « russophobe »).
On se demande dans ces conditions pourquoi la France, si attachée au multilatéralisme nâa pas attendu les résultats de la visite des inspecteurs de lâOIAC qui devaient arrivée en Syrie le 14 avril 2018, juste après les frappes de la coalition, pour agir7.
Et si preuves intangibles, il y avait pourquoi ne pas les avoir produites urbi et orbi ?
En fait de preuves, on nous ressert le même plat quâen 2013, une synthèse de notes de renseignement. En vérité, nous ne disposons dâaucune preuve au sens où lâentend le juriste René Capitant : « démonstration de lâexistence dâun fait matériel ou dâun acte juridique dans les formes admises par la loi ».
La seconde correspond au membre de phrase suivant du même communiqué : « La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie ».
Ne sâagirait-il pas dâune violation flagrante dâun grand principe du droit selon lequel on ne peut être juge et partie à la même cause.
La seule autorité incontestable pour définir quand et comment la norme internationale a été violée est lâOIAC (à la date du 14 avril 2018, ses inspecteurs nâavaient pas été sur le terrain).
La seule autorité incontestable pour décider de lâopportunité de sanctionner le délinquant est le Conseil de sécurité de lâONU et non la France. Nous avons donc sciemment contourné ces deux organismes.
Pourquoi ?
Et cela alors même que nous nous présentons comme des parangons de vertu en termes juridiques à lâONU (Cf. discours du président de la République devant lâAssemblée générale de lâONU en septembre 2017).
Mais, heureusement, BHL vient apporter sa caution philosophico-morale à lâexpédition syrienne et à Jupiter, par voie de conséquence dans la même livraison de Paris Match8.
De proche en proche, nous arrivons à un problème de droit international plus grave qui dépasse largement le simple cadre de la Syrie.
Page suivante – Décryptage sur le nouvel axe du mal: Londres, Paris, Washington












