« On craint le début d’une nouvelle vague de violences ». Des assaillants ont ouvert le feu et lancé des grenades dans une église située entre un quartier chrétien et le quartier musulman PK5 à Bangui, mardi 1er mai au matin, alors quâune importante cérémonie était en cours. Au moins neuf personnes ont été tuées par balles et des dizaines de personnes blessées. Le corps dâun prêtre abattu a été porté vers le palais présidentiel par une foule exigeant la sécurité dans la capitale centrafricaine.
A lire aussi: Tragédie en Centrafrique : Attaque de lâéglise Notre-Dame de Fatima (âmes sensibles s’abstenir)
« Ils ont tué un prêtre, des frères et des sÅurs »
Lâéglise Notre Dame de Fatima accueillait mardi matin une importante messe en lâhonneur de Saint Joseph, célébré le 1er mai. Au moins 1 500 personnes y assistaient. Parmi elles, Serge Benda, coordinateur diocésain des mouvements de la jeunesse de la fraternité de la paroisse de Saint-Joseph, à Bangui.
Jâétais au premier rang de la cérémonie, étant donné mes fonctions. La cérémonie sâest très bien déroulée jusquâà ce que ce que lâévangile soit terminé, mais au moment des offrandes, vers 10 h du matin, des tirs se sont faits entendre.
Dans un premier temps, nous avons cru que câétait des petits bandits qui voulaient nous emmerder. à lâentrée de l’église, il y avait une voiture de police avec au moins sept policiers dedans, et ils ont échangé des tirs avec les hommes armés. Mais rapidement, cinq hommes ont escaladé le mur qui entoure lâéglise et sont entrés par lâarrière. Ils étaient armés de kalachnikovs et ont commencé à tirer sur les fidèles. Ils ont lancé deux grenades, lâune en plein milieu des fidèles, lâautre au niveau de lâautel. Ils ont tué un prêtre, des frères et des sÅurs.
Les policiers devant lâéglise nâétait pas en mesure de tenir face aux assaillants, et heureusement des militaires de lâarmée centrafricaine en faction dans le PK5 sont venus en renfort. Grâce à leur intervention nous avons pu nous échapper et nous réfugier dans des salles de la paroisse.
« Je crains que ça soit le début dâune nouvelle vague de violences »
Il y a toujours une patrouille de la Minusca [mission des Nations Unies en Centrafrique, NDLR] juste à côté de lâéglise, notamment parce quâelle a déjà été la cible dâune attaque en mai 2014. Mais ils nâétaient pas là aujourdâhui, je ne sais pas pourquoi.
>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Violences à Bangui : « ils tiraient à vue sur les gens réfugiés dans l’église »
Il est clair pour moi que les assaillants sont des gens qui se disent musulmans, mais qui comprennent mal leur religion. Aujourdâhui les chrétiens et les musulmans ne devraient pas être la cible dâattaques juste en raison de leur confession⦠Je crains que cette terrible attaque ne soit le début dâune nouvelle vague de violences. Si des musulmans sortent du PK5, je crains quâils ne soient pris à partie.
« Nous avons brisé une partie d’un des murs de la paroisse et permis à des gens de sortir »
L’abbé tué se nommait Albert Tougoumalet. Selon le Réseau des journalistes pour les droits de lâHomme (RJDH) plusieurs sources affirment que câest une des grenades qui lâa tué. Lors de lâattaque du 28 mai 2014, un prêtre avait déjà été tué dans la même église.
Plusieurs habitants de Bangui ont tenté de venir en aide à leurs concitoyens pris au piège dans lâéglise, alors que les assaillants affrontaient les forces de lâordre, comme le raconte ce témoin qui requiert lâanonymat.
Ma sÅur, ma nièce, mon neveu, plusieurs de mes proches assistaient à la cérémonie. Dès que jâai appris quâil y avait une attaque, jâai couru sur les lieux. Avec dâautres personnes, nous avons brisé une partie dâun des murs de la paroisse et permis à des gens de sortir.
Dans lâéglise, câétait un carnage, il y avait des femmes, des enfants, des hommes par terre, morts. Ma voisine fait partie des personnes tuées et jâai cru que mes proches aussi. Je pleurais en les cherchant, heureusement pour moi, ils sont sains et saufs.
Vidéo tournée sur les lieux de l’attaque par Ãphrem Aristide Kondamoyen.
« Des éléments de la Minusca ont regardé les gens vandaliser la mosquée, sans bouger »
Selon des témoins, plusieurs assaillants ont été tués, dâautres ont pris la fuite. Lâattaque de lâéglise a provoqué un mouvement de colère, dont a été témoin notre Observateur Dieudonné Nzapa Danguia, journaliste à Bangui.
Je suis arrivé à lâéglise quelques minutes après lâassassinat du prêtre. Câétait un peu avant 13 h. Jâai suivi les manifestants qui portaient la dépouille de lâabbé Albert Tougoumalet vers le palais de la présidence pour protester contre le gouvernement, accusé dâêtre incapable dâassurer la sécurité de la population. « Gouvernement incapable ! », « gouvernement démissionnaire ! » scandait la foule.
Photos de la manifestation qui circulent sur Facebook.
Vidéo de la manifestation postée sur Facebook.
Arrivés à quelques mètres du palais, les manifestants ont été dispersés par les éléments de la gendarmerie qui ont tiré en lâair.
#Centafrique #1erMai2018 dblement endeuillé/attaque #ÃgliseCatholique #NotreDameFatima & répression manifestation population convoyage dépouille #AbbéToungoumaléBaba vers #PalaisRenaissance à #PlaceDeLaRépublique (#PK0)/#PouvoirTouadéra. @touaderafaustin fait guerre au #Peuple pic.twitter.com/BRwS9uT9mm
— Henri GROTHE (@grothe2) May 1, 2018
En représailles, certains manifestants ont vandalisé une mosquée située dans le quartier Lakouanga (plusieurs fois vandalisée au cours des dernières années, notamment après lâattaque de Notre Dame de Fatima en 2014). Des éléments de la Minusca sont venus, ont regardé les gens vandaliser la mosquée, mais ne se sont pas interposés. Des vandales ont pris tout ce quâils pouvaient, même des briquesâ¦
Quand les gendarmes ont tiré pour disperser la foule, des habitants, en majorité des chrétiens du quartier Gobongo, au nord de la ville, ont été pris de panique. Ils ont cru que des assaillants musulmans étaient venus pour sâen prendre à eux et saccager leurs maisons. Plusieurs habitants se sont précipités vers leurs voitures pour fuir la ville, au point de provoquer des bouchons sur la grande avenue qui mène vers le quartier PK12, et la sortie de la ville. Mais, ils sont retournés chez aux peu après avoir constaté quâil sâagissait dâun fausse alerte.
CENTRAFRIQUEÂ












