Par quel moyen politique lutte-t-on efficacement contre la corruption et le népotisme, ces figures sociales de la faiblesse humaine, qui impliquent toujours toutes les catégories de la société et que certains types de régimes politiques favorisent ?
Lutte-t-on mieux contre la corruption dans les démocraties républicaines pluralistes ou dans les dictatures communautaires et nationales-populistes ?
En Côte dâIvoire certains acteurs politiques proposent aux ivoiriens, en guise de projet sociétal alternatif, un Etat communautaire national-populiste et prétendent éradiquer radicalement la corruption et le népotisme au moyen dâune gouvernance vertueuse dans cette administration.
Lâon peut légitimement en douter en raison de lâexpérience spécifique des Ivoiriens relativement à la gouvernance du FPI, un parti national-populiste. Cette gouvernance fut caractérisée par une corruption endémique soutenue par un terrorisme dâEtat entre 2000 et 2010.
Cette suspicion légitime est justifiée par le classement de la perception de la corruption dans la majorité  des Etats de la planète. Les premières places, dans le classement des Etats les moins corrompus sont occupées par les démocraties républicaines pluralistes tandis que les dictatures communautaires et les autocraties occupent les dernières places. Quelle est la raison principale de cette différence ?  Comment expliquer cette performance ?
La lutte contre la corruption et le népotisme sâeffectue toujours  au moyen de la citoyenneté et du respect du principe de publicité qui garantit la transparence dans la gestion du bien public.
On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen de lâethno-nationalisme et du populisme, puisque ces régimes politiques détruisent la citoyenneté et développent des logiques et des solidarités de type clanique quâabrite une culture du secret.
Ces régimes promeuvent les replis identitaires et les despotismes oligarchiques. Ils instituent lâexclusion, constitutionnalisent lâinégalité,  installent le règne de la force au détriment du Droit, établissent des privilèges et des statuts dâexception. Ils brisent le sentiment de commune appartenance, divisent la société, font prévaloir les intérêts particuliers, anéantissent le sens du Bien public et de lâintérêt général.
Ces déficiences favorisent lâappropriation privée du bien public et le détournement de lâintérêt général vers des intérêts particuliers. Ainsi se définissent la corruption et le népotisme.
On lutte contre la corruption et le népotisme par la formation du sens civique et par le développement du sentiment de commune appartenance nationale citoyenne.
Ce sentiment et cette conscience permettent à chaque membre de la cité de se sentir gardien de lâunité et de la pérennité de la collectivité nationale, responsable de lâintégrité du Bien public  et solidaire dâautrui.
 Sur ce socle citoyen de la cité démocratique, qui sâédifie sur le sentiment dâappartenance nationale commune, naît une justice impartiale donnant la priorité absolue à la loi, et un Etat efficient gouvernant selon les lois, serviteur  de lâintérêt général et du Bien commun.
On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme à travers la dénonciation populiste et électoraliste de la corruption, et en dissimulant par devers soi, en guise dâalternative politique, un régime politique générateur de corruption et de népotisme.
On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen dâun régime qui érige le terroir en modèle politique normatif, divise, à travers le discours et les les actes, le pays en ethnies, en confessions et en régions hostiles les unes aux autres.
Autrement dit, on ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen de lâanti-démocratie.
 On lutte contre la corruption au moyen de la démocratie qui permet de développer la citoyenneté, de redresser lâEtat par une critique rationnelle responsable, de limiter son exercice par les droits de lâhomme, de le soumettre au service des besoins et des intérêts de la société.
Comme  le prouve lâactualité quotidienne  dans la Côte dâIvoire démocratique de nos jours, on lutte contre la corruption et le népotisme par la liberté de la critique citoyenne, par la dénonciation médiatique des agressions perpétrés contre le Bien public.
LâEléphant déchaîné, version ivoirienne du canard enchaîné, est un bon exemple de cette dénonciation citoyenne.
On lutte contre la corruption et le népotisme au moyen de la réaction citoyenne des pouvoirs publics suite à ces interpellations, de la répression des délits selon la loi en respectant les droits fondamentaux des prévenus.
On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen de la stigmatisation et du lynchage des catégories sociales et des individus, à partir de logiques communautaristes et populistes.
On ne lutte pas contre ces maladies des corps sociaux au moyen de la stigmatisation populiste du gouvernement en faisant de lâEtat, dans une logique de responsabilité collective, un ennemi de la société.
On ne lutte pas contre ces maux au moyen de régimes de non-droit et à travers la propagande prétendument anti-systèmes, lâarbitraire policier et  les exécutions militaires.
Les pays scandinaves occupent les premières places du classement des pays les moins corrompus parce quâils sâapprochent au plus près dâune gouvernance démocratique qui allie le sens de la citoyenneté et le respect des droits de lâhomme à la culture de la transparence qui garantissent le service du bien public et la promotion de lâégalité.
En Côte dâIvoire lâefficacité du combat contre la corruption et le népotisme passe par le développement de la citoyenneté et la lutte contre les inégalités au moyen de la démocratie. Elle ne réside pas dans la constitutionnalisation de lâinégalité et lâabrogation de la citoyenneté au moyen du despotisme dâun Etat communautaire dans un régime national-populiste.












