Langue française? Le mail a-t-il tué la lettre? Les amoureux de l’encrier assureront le contraire. Ceux-là prennent encore la plume, écrivent d’élégantes arabesques, avec ou sans fautes d’orthographe, pour exprimer leur pensée personnelle ou professionnelle. Mais les autres alors?

Beaucoup ont perdu le goût du stylo, le parfum de l’encre et la douceur du papier. Dommage. C’est pourtant un art que les plus grands nous ont bien légué.

George Sand, Baudelaire, Louis XIV, Napoléon… Toutes et tous ont usé leur mine pour transmettre leurs idées. Avec ou sans succès.

Cinq mots dont nous croyons, à tort, connaître le sens

«Regret», «fondamental», «intuitif»… Nous employons ces mots au quotidien. Mais connaissons-nous vraiment leur définition?

Cinq mots dont nous croyons, à tort, connaître le sens
Cinq mots dont nous croyons, à tort, connaître le sens

Ce sont des termes que nous employons tous les jours. Ils sont banals, parfaitement compris. Ou du moins, c’est ce qu’on aimerait croire. Car leur sens a évolué. L’usage a parfois modifié leur définition essentielle. Sommes-nous bien certains de connaître la langue de Molière? Le Figaro vous propose un tour d’horizon de ces termes que nous employons à tort.

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Intuitif

«Tu verras, ce n’est pas si compliqué: ce logiciel est assez intuitif.» Aujourd’hui, nous employons l’adjectif au sens de «facile à utiliser»«facile d’accès». Relevons cependant qu’à l’origine, est intuitif «ce qui résulte, qui relève de l’intuition ou qui procède par intuition», lit-on sur le site Dire/ Ne pas dire de l’Académie française. Ce mot «qualifie des notions abstraites liées à la connaissance, à la pensée, etc.»

Emprunté au latin scolastique intuitio, on le trouvait déjà à basse époque au sens de «vue, regard», précise Le Trésor de la langue française. Terme lui-même dérivé de intueri«regarder attentivement; avoir la pensée fixée sur».

En philosophie, l’intuition qualifie une «connaissance directe et immédiate d’une vérité qui se présente à la pensée avec la clarté d’une évidence». Ainsi peut-on parler de connaissance intuitive, certitude intuitive.

L’Académie française précise que, par extension, l’adjectif «intuitif» peut «s’appliquer à une personne qui comprend, agit en étant guidée par l’intuition». Exemple: un élève intuitif; un chercheur intuitif.

Glauque

Nous avons recours à cet adjectif pour décrire ce qui est lugubre, sinistre, morne ou encore, cafardeux. Sachez pourtant que «glauque» désigne d’abord ce «qui est d’un vert blanchâtre ou bleuâtre comme l’eau de mer».

Au figuré, relève Le Trésor de la langue française, il peut s’employer au sens de: «qui manque de netteté, de précision». «Une légèreté de cervelle dont les pensées s’éclaircissaient et, d’opaques et glauques, devenaient fluides et irisées», écrit Huysmans dans À rebours.

Regrets

… Ou remords? Il n’est pas inhabituel de les confondre. Revenons sur leurs définitions. Ainsi que nous le lisons dans Le Trésor de la langue française, «remords» est le substantif du verbe «remordre» qui, jadis, a voulu dire «tourmenter»«critiquer sévèrement» ou même, «interdire»nota Claude Duneton. Puis, «causer une douleur morale par de vifs reproches».

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«Le regret n’est pas moralement chargé», écrivit encore l’écrivain. En effet, dans l’ancienne langue, «regretter» signifiait «se livrer à des lamentations au sujet d’(un mort, etc.)», lit-on dans Le Trésor de la langue française. «Le regret, précise l’Académie française, c’est le ‘‘déplaisir d’avoir perdu un bien qu’on possédait, ou d’avoir manqué celui que l’on aurait pu acquérir’’».

Fondamental

«C’est une précision fondamentale!» peut-on entendre. L’adjectif est souvent employé au sens de «grand, important, primordial», note l’Académie française.

Or, «il a essentiellement deux sens»«il qualifie ce qui sert de base, d’assise à un système, à une institution».

Ainsi, évoque-t-on des «lois fondamentales». Mais aussi, «il qualifie ce qui tient au fond, ce qui est essentiel». On évoquera donc, par exemple, la «pièce fondamentale d’un procès».

Décimer

À ne pas confondre avec le verbe «exterminer»! En effet, «décimer» vient du latin décimare qui signifie «punir de mort un soldat sur dix après tirage au sort, lorsqu’une unité s’était mal conduite», rappellent les académiciens.

C’est la raison pour laquelle ce terme, par analogie, a fini par vouloir dire «retirer, faire disparaître un certain nombre d’éléments d’un ensemble» ou encore, «priver de quelque chose», est-il précisé dans Le Trésor de la langue française.

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Le charmant petit ouvrage intitulé Les 100 plus belles lettres de la langue française recense ces francs parlers. Saurez-vous restituer ces mots à leurs auteurs?

Les 100 plus belles lettres de la langue française

PRÉSENTATION

Les 100 plus belles lettres de la langue française
Les 100 plus belles lettres de la langue française

De Montaigne à sa femme, en 1570, à Simone Veil à l’Académie française en 2005 : quatre cent trente-cinq ans d’échanges épistolaires, ces 100 lettres sont les plus belles parce que les plus sincères, les plus touchantes, les plus expressives, les plus vraies, parfois les plus osées, comme celle de George Sand à Alfred de Musset.

Lire un recueil de lettres revient à faire un grand voyage dans les sentiments.

Amour, passion, tristesse, colère, mélancolie, gaieté, elles expriment toutes quelque chose au-delà des mots avec, souvent, l’art et la manière d’écrire.

Les grands écrivains et poètes ne manquent pas à l’appel : Victor Hugo, Albert Camus, Boris Vian, Flaubert, Verlaine, Vigny, Musset, Balzac, Colette, Baudelaire, Rimbaud…

Ni nos rois et empereur : Henry IV, Louis XIV, Louis XVI, Napoléon… Ni les artistes bien sûr : Alain Delon à Romy Schneider, Edith Piaf à Marcel Cerdan, Gérard Depardieu à Barbara… 100 lettres à lire et relire sans fin.

Du grand français, toujours.

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