Dakar occupée par la France le 25 mai 1857. Aux origines du 163 e anniversaire de la fondation de Dakar : de 25 mai 1857 à 25 mai 2020, jours pour jours… On date la fondation de Dakar de sa prise de possession officielle par la France le 25 mai 1857.

Bien que les Lébous de la presqu’île du Cap Vert aient conquis leur indépendance dans les premières années du xixe siècle et se soient alors soustraits à l’autorité du Damel du Cayor.

Bien que de nombreux petits villages existent à cette époque sur leur territoire.

La date de fondation est celle à laquelle le chef de division Léopold Protêt, commandant supérieur de Gorée et dépendances, arbore le pavillon français sur le fort construit à l’emplacement de l’actuelle place de l’Indépendance.

Cet événement est en effet à l’origine de la future ville de Dakar, ville dotée de rues alignées, de places, de monuments administratifs, économiques et d’un port.

Avant cette date, l’occupation du Cap Vert avait donné lieu à de nombreux échanges de vues entre les autorités de Paris, de Saint-Louis et de Gorée et même avec les chefs des villages de la presqu’île.

Mais avant 1856 la construction d’un véritable port n’est guère envisagée.

Ce sont surtout les problèmes de défense de la colonie qui sont mis en avant lors de l’inspection du chef de bataillon CreuUy en 1846.

On se préoccupe aussi de la surpopulation de Gorée, des conséquences de la libération des esclaves, des problèmes juridiques frontaliers et des relations des négociants de Gorée avec les habitants du continent.

Le ministre de la Marine et des Colonies s’en fait l’écho le 24 janvier 1848 auprès du gouverneur : « Cette occupation pourrait n’être pas sans utilité. Le conseil d’administration de Gorée et M. le commandant de la station ont, chacun de leur côté, fait savoir les avantages, soit comme station militaire, soit comme débouché et agricole offert à la population exubérante de Gorée, soit comme moyen de préserver la navigation marchande des pillages commis par les indigènes de cette côte sur les navires ».

Le 15 mars 1853, Faidherbe, alors directeur du génie du Sénégal estime que « c’est sous le rapport politique et commercial qu’il y a à décider… Puisque Dakar n’est pas à nous, une nation mal intentionnée pourrait nous y causer mille entraves ».

Sous le Second Empire en effet la compétition entre les États s’intensifie pour la conquête de nouveaux territoires.


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L’équilibre européen est bouleversé par la formation de deux grands États, le royaume d’Italie et l’empire allemand.

Cependant, ceux-ci et l’Asie centrale sont secouées de crises graves : guerre de aux États-Unis, soulèvement des Indes contre les Anglais, guerre étrangère et civile en Chine, ouverture et révolution au Japon.

Le grand capitalisme se développe. Les travaux du canal de Suez commencent en 1859, l’année où la France construit son premier navire cuirassé, acquiert Djibouti et débarque à Saigon.

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En 1856 se termine la guerre de Crimée, en 1861 débute la campagne du Mexique.

« Voilà comment, précise Faidherbe, nous comprenons qu’on prenne pied à Dakar : établir un débarcadère devant le village de Dakar pour le chargement des produits de la grande terre, construire un corps de garde défensif sur la rive à petite distance du village et du débarcadère ».

Dakar, un village sur plan détaillé en 29 janvier 1854

Un plan détaillé du village de Dakar accompagne son rapport. Le 29 janvier 1854, un crédit de 6000 francs est accordé par le conseil de Gorée pour construire un débarcadère à Dakar.

Avant de passer le service à son successeur Protêt ancien gouverneur du Sénégal, le commandant supérieur de Gorée Monléon insiste auprès du ministre le Ier février 1856 sur les avantages de la presqu’île du Cap Vert et l’intérêt de son occupation, « sa position militaire et maritime, la meilleure sans contredit de toute la côte… la rade sûre… la position aussi centrale, aussi convenable… placé sur le bord de la mer, avec une belle plage sans barre et d’un accès facile en tout temps et en toute saison et bien mieux à portée de ces belles et riches rivières où le commerce doit affluer avec le temps. Dakar est en communication facile avec la France, la côte d’Afrique et le monde entier ».

Les autorités se préoccupent avant tout de la défense de la presqu’île du Cap Vert. Pinet-Laprade, chef du service du génie de Gorée, en présente les différents aspects dans un rapport le 15 avril 1856 : « Nous croyons avoir démontré… que le système de défense de Gorée sera incomplet tant que nous n’aurons pas occupé solidement la presqu’île du Cap Vert ».

Le régime très libéral accordé au port de Gorée et sa transformation en port franc par le décret du 8 février 1852 semblent avoir favorisé son activité commerciale, sinon le trafic avec l’étranger. Pinet-Laprade pense, comme le gouverneur Faidherbe, « que sous le rapport commercial il y aura bientôt intérêt à relier Saint-Louis à Dakar par un chemin de fer, et que, par suite, ce dernier point deviendra le port du Sénégal… sans parler de l’utilité incontestée de cette place pour assurer un point de relâche aux bâtiments de la Marine militaire et aux navires marchands sur la route des Indes Orientales et de l’Amérique méridionale…

Quel avantage si le Sénégal débouchait dans les eaux tranquilles de l’anse de Dakar !

Ce que la nature n’a pas fait et ne fera certainement jamais, le génie de l’homme a donné les moyens de l’accomplir.

Les merveilles de notre siècle, l’application aux choses utiles de la vapeur et de l’électricité sont les instruments les plus puissants que jamais la main de l’homme à maniés ».

En 1854, Maurel et Prom met en service son premier vapeur à hélice construit en bois et fer, jaugeant 317 tonneaux

Après mûres réflexions, les projets d’implantation sur le continent peuvent devenir réalité : le 29 janvier 1857 le Ministre, considérant que « Gorée, poste essentiellement maritime et militaire, principal point de refuge et de ravitaillement de nos flottes dans ces parages, ne possède point de port, donne l’ordre au commandant supérieur de Gorée de se mettre en mesure de défendre les passes de Gorée et d’occuper d’une manière solide la presqu’île du Cap Vert ».

A vrai dire, dès le 20 janvier 1857 le commandant supérieur de Gorée et dépendances, Léopold Protêt, avait appareillé avec quatre bâtiments et avait débarqué à Dakar où sont entrepris les travaux de fortifications préparés par Pinet- Laprade.

En rendant compte à son ministre, Protêt précise de nouveau que « Dakar deviendra un jour, nous en avons la conviction, le port du Sénégal ».

Escale des Messageries impériales

Déjà en effet des pourparlers avaient été engagés avec les impériales pour assurer le service transatlantique avec l’Amérique du sud. Mais une question est à régler. Où se fera l’escale de la ligne ?

Gorée défendu par les commerçants de l’île ou Dakar proposé par les Messageries impériales ?

Ces pourparlers s’achevaient même, puisque la loi du 17 juin 1857 met un terme à vingt ans d’études et de sur l’organisation des lignes postales de navigation à vapeur.

En Angleterre des lignes régulières sont organisées à partir de Londres et en 1840 est fondée la célèbre compagnie Cunard.

En France la Chambre de commerce de Marseille émet en 1839 un vœu favorable à l’établissement de services subventionnés vers New- York, les Antilles et la Nouvelle-Orléans, et vers le Brésil et la Guyane par le Sénégal, mais Bordeaux s’insurge contre les prétentions de Marseille à organiser les lignes vers l’Amérique latine ; ainsi commence entre les deux ports une longue rivalité.

Il faut attendre le Second Empire pour donner aux projets économiques le support financier nécessaire à leur réalisation.

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De 1851 à 1857 Bordeaux va soutenir avec une ténacité remarquable un combat difficile.

Le corps législatif vote enfin la loi qui prévoit une subvention annuelle de 14 millions pour trois lignes, New- York, les Antilles et l’Amérique du sud.

Cette dernière ligne étant, par décret impérial du 19 septembre 1857, concédée à la compagnie des impériales qui, moyennant une subvention de 4.800.000 francs (soit 200.000 francs par voyage), prévoit deux départs par mois, l’un de Marseille (supprimé en 1861), l’autre de Bordeaux pour Rio-de-Janeiro ; de ce port un service annexe atteindra Buenos-Aires.

Le cahier des charges comporte l’obligation de faire escale à Gorée. C’est en fait l’avenir de Dakar qui se trouve assuré par cette décision, à l’origine du futur port et de sa fonction d’escale.

Outre-Mers, T. 99, N° 370-371 (2011)

* Ancien chef des Archives de l’AOF (1951-1958).

Outre-Mers, T. 99, N° 370-371 (2011)


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