Fake news sur le coronavirus. Depuis le début de la crise du coronavirus, des milliers de posts propageant de fausses rumeurs ont envahi les réseaux sociaux. L’OMS essaie d’enrayer le phénomène, en demandant de l’aide aux plateformes de réseaux sociaux.

Sprays « assainissants », faux communiqués des agences de santé, consommation d’ail ou d’huile de sésame pour se prémunir des risques… Depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus « 2019-nCoV », les fausses informations se répandent sur les réseaux sociaux à la vitesse de la lumière.  

Si les agences de santé ont réussi à calmer certaines rumeurs récurrentes – comme la peur non-fondée d’être contaminé par un colis venu de Chine -, d’autres fausses informations commencent à préoccuper les autorités sanitaires.

Sur Facebook, des publications garantissent ainsi aux utilisateurs que le fait de boire de l’eau de Javel pourrait soigner la maladie, tandis que des posts Twitter évoquent la solution de la cocaïne pour tuer le virus.  

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Face à cette désinformation massive, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) veut réagir. Le 3 février dernier, le directeur de l’Organisation déclarait que l’agence allait « lutter contre la propagation de rumeurs et la désinformation ».

Et pour cela, Tedros Adhanom Ghebreyesus compte bien s’appuyer sur des alliés de poids. « Nous avons collaboré avec Google […] et les plateformes de médias sociaux comme Twitter, Facebook, Tencent et TikTok ont également pris des mesures pour limiter la propagation de la désinformation », a-t-il déclaré. 

Une « priorité »

Le contrôle de ces fake news « est en effet devenu une priorité », précise à L’Express Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’Université de Paris et spécialiste des cultures numériques.

« Rien qu’aux États-Unis, on estime qu’environ deux tiers de la population accède à l’information principalement via les réseaux sociaux. S’ils sont votre principale porte d’entrée sur ce qui se passe dans le monde, vous risquez sérieusement d’être exposé à de nombreuses fake news », rappelle-t-il.

Fake news sur le coronavirus

« D’autant plus lorsque l’on touche aux sujets de santé, qui sont particulièrement anxiogènes et touchent à l’affect. Ce sont des thèmes qui sont propices à la propagation de ces fausses informations ».  

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Preuve à l’appui : vendredi 7 février, un faux communiqué de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a enflammé les réseaux sociaux, provoquant l’angoisse de dizaines d’habitants aux alentours de Carry-le-Rouet.

Le texte de deux pages affirmait que la sécurité de la population de cette petite commune des Bouches-du-Rhône, qui accueille en quarantaine les rapatriés revenus de Chine, n’était « pas garantie ».

« Au vu de la configuration du site, de la présence de nombreux animaux potentiellement transmetteurs du virus, des entrées et sorties du personnel et de la libre circulation des patients dans les jardins, la quarantaine n’est pas réalisée correctement », indiquait le faux document.  

Des informations vite décrédibilisées par l’Agence Régionale de Santé. « Il s’agit d’informations erronées, ne reposant sur aucun élément scientifique », a-t-elle précisé dans un communiqué. Mais le mal est fait : selon Tristan Mendès France, « si les paroles d’autorité perdent du crédit, toute action publique perd du même coup son efficacité ».  

Depuis le début de l’épidémie, « plus de 40 000 articles ont été publiés » sur le coronavirus, affirmait l’OMS le 4 février dernier. De son côté, Twitter indiquait le 31 janvier que « plus de 15 millions de tweets » sur la maladie avaient été diffusés « au cours des quatre dernières semaines ».

Alors comment faire la différence entre les vraies informations et les fausses rumeurs qui se multiplient sur les réseaux sociaux ?  

« Traquer les mythes et les rumeurs » ( Fake news)

« Nous nous sommes associés à Google et à des plateformes de médias sociaux comme Twitter, Facebook, Tencent [l’équivalent de WeChat en Chine] et TikTok pour limiter la propagation de la désinformation », répond l’OMS à L’Express.

Une alerte Google SOS a par exemple été mise en place pour que les internautes tombent en priorité sur le site de l’Organisation lorsqu’ils accèdent aux résultats de leurs recherches.  

« Pour les requêtes portant sur des sujets tels que les informations sur la santé, qui sont particulièrement sensibles et peuvent faire l’objet de fausses informations, nous avons mis en place des systèmes permettant de classer par ordre de priorité les résultats provenant de sources faisant autorité », précise Google France.  

« Nous organisons également des questions-réponses en direct en partenariat avec trois médias sociaux chinois différents (Fake news), et nous nous sommes associés à plusieurs autres pour diffuser notre contenu auprès des utilisateurs », souligne l’OMS.

L’Organisation assure par ailleurs que ses équipes sont mobilisées à plein temps pour « traquer les mythes et les rumeurs par l’intermédiaire de son siège à Genève et de ses six bureaux régionaux répartis dans le monde entier ».  

Les réseaux sociaux en première ligne

Mais pour toucher le public le plus large possible, l’OMS compte surtout sur la coopération des principaux réseaux sociaux. Facebook France assure ainsi à L’Express travailler sur trois grands axes de communication.

Comme rappelé dans un communiqué datant du 30 janvier dernier, l’entreprise interdit toute publication de contenu sur Facebook et Instagram qui pourrait mettre en danger les utilisateurs qui verraient ces messages (Fake news).

« Cela inclut les allégations relatives à de faux traitements ou méthodes de prévention – comme la consommation d’eau de Javel qui guérit le coronavirus – ou les allégations qui créent une confusion sur les ressources sanitaires disponibles », affirme Facebook. 

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Dans le cas où ces fausses nouvelles ne mettent pas directement en danger la santé des consommateurs, l’entreprise affirme qu’elles ne seront pas supprimées, mais verront leur visibilité très fortement réduite, via l’algorithme utilisé par Facebook.

Si la publication a été vérifiée et jugée par la plateforme comme étant fausse, un message d’alerte s’affichera également sur l’écran de l’utilisateur qui tente de la partager, afin que ce dernier en soit informé.

Enfin, lorsqu’un internaute recherche le mot « coronavirus » sur Facebook ou Instagram, un message d’information s’affiche, renvoyant directement vers le site de l’OMS.

Sur Facebook, si un utilisateur tape la recherche "coronavirus", un petit encart lui propose de consulter directement le site de l'OMS. (capture d'écran)Capture d'écran / Facebook
Sur Facebook, si un utilisateur tape la recherche « coronavirus », un petit encart lui propose de consulter directement le site de l’OMS. (capture d’écran)Capture d’écran / Facebook

Une fonctionnalité également développée par Twitter France : si l’utilisateur cherche le hashtag « #coronavirus » sur la plateforme, il accédera « d’abord à des informations crédibles des autorités », assure l’entreprise à L’Express.

Un petit encart apparaît en effet sur la page d’accueil du site, renvoyant directement sur le site du gouvernement.

« De plus, nous avons mis un terme à toute suggestion automatique susceptible d’orienter les personnes vers des contenus non crédibles sur Twitter », ajoute le réseau social.  

Sur Twitter, si un utilisateur tape la recherche "coronavirus", un petit encart lui propose de consulter directement le site du gouvernement. (capture d'écran)Capture d'écran / Twitter
Sur Twitter, si un utilisateur tape la recherche « coronavirus », un petit encart lui propose de consulter directement le site du gouvernement. (capture d’écran)Capture d’écran / Twitter

Concernant les responsables de la propagation de fausses informations, le ton est ferme. La firme assure que « comme toujours, ceux qui se livrent à ces pratiques seront suspendus de notre service. Nous n’autorisons pas la manipulation de la plateforme et nous encourageons les utilisateurs à réfléchir avant de partager ou de s’engager dans des tentatives délibérées pour discréditer la conversation publique ».  

L’enjeu de la modération

« C’est le minimum », estime Tristan Mendès France. « L’écosystème numérique créé par les réseaux sociaux se traduit par une sorte de dérégulation du marché de l’information, qui met au même niveau des sources d’autorité et des opinions lambda, qui peuvent s’avérer être fausses », analyse-t-il.

« Quand les gens s’informent à travers ces réseaux, le problème d’y trouver une information crédible et pertinente peut donc se poser ».  

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De manière générale, ces plateformes sociales devraient donc avoir une priorité selon le chercheur : la modération.

« Cela devrait être la première source d’investissement de la part de ces entreprises. Il ne faut pas que ce soit un point mis de côté, cela devrait être central dans leurs activités », insiste Tristan Mendès France.

Mais où s’arrêterait alors la liberté d’expression censée être garantie par ces réseaux ? « C’est effectivement un thème polémique », répond le chercheur. « C’est toujours la même question : ‘Si on modère trop, où faut-il placer le curseur ?’ Des discussions doivent désormais s’enclencher sur ces questions », affirme-t-il.  

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En attendant, l’OMS continue d’enrayer la propagation de ces fausses informations par d’autres moyens.

« Nous sommes en contact avec des personnes influentes, par l’intermédiaire d’Instagram et Messenger Stories pour permettre aux gens de montrer leur soutien aux personnes touchées par le coronavirus », confie l’OMS.

Depuis le début de l’épidémie, plus de 900 patients ont succombé à la maladie, et 40 000 personnes ont été contaminées selon un dernier bilan diffusé ce lundi. 

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