Offensif à souhait, Cheikh Tidiane Gadio est longuement revenu, ce vendredi, sur le dossier judiciaire qui l’avait retenu aux États-Unis pendant un an.


Abordant les accusations qui pesaient sur lui une à une, l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise et député à l’Assemblée nationale n’a pas manqué de régler ses comptes.

C’est un Cheikh Tidiane Gadio qui avait besoin de parler qui a fait face à la presse. Pour avoir « souffert » pendant plus d’un an, il tenait à crier haut et fort sa « victoire » et régler ses comptes avec une partie de la presse sénégalaise et une radio internationale, particulièrement une journaliste dont il n’a pas apprécié les affirmations à son encontre.

« Aphone et silencieux depuis 12 à 13 mois, je demande à ceux qui ont pris la parole de me la laisser pendant 30 minutes au moins. C’est à mon tour de parler », lance-t-il d’emblée.

Et c’est parti pour une allocution d’une heure 30 minutes où il lit le texte liminaire, s’en écarte pour apporter des précisions, répondre à ses adversaires et remercier le « grand peuple sénégalais qui a organisé des récitals de Coran, 2 messes à l’église et même les saltigués ».

Il y avait une volonté de se libérer et livrer ses sentiments sur ce qui s’est passé. « J’ai souffert, mes amis ont souffert, mes parents ont souffert », dixit-il.

Gadio déclare avoir perdu une année de sa vie, mais ne se plaint pas puisqu’il aurait pu perdre le reste de sa vie. Il prend, donc, cet épisode comme le coup du destin.

À propos de la procédure judiciaire pour corruption, blanchiment d’argent et complot, Cheikh Tidiane Gadio déclare qu’elle a duré du 17 novembre 2017 au 14 septembre 2018, date du retrait total de la plainte de la justice américaine.

Et, pour que nul n’en ignore, l’ancien ministre des Affaires étrangères précise qu’il n’a jamais fait l’objet d’une inculpation encore moins d’un renvoi devant un magistrat pour jugement. « Je n’ai jamais été inculpé, il n’a jamais été question de procès. Tout s’est arrêté à la plainte », affirme-t-il.

« Un tragique malentendu »

Pour lui, ce qui s’est passé est « un tragique malentendu » entre lui et la justice américaine. Le jour de son arrestation, Gadio s’est rendu au service d’immigration du Homeland Security sur invitation de ce dernier.

Il s’est retrouvé avec 5 à 6 agents du FBI venus lui délivrer un mandat d’arrêt. Sur le champ, « par esprit de révolte », il a demandé à en savoir les raisons. Dans sa tête, il s’agissait des démarches qu’il a faites pour que le Tchad soit retiré de la liste des pays dont les citoyens sont interdits d’accès aux États-Unis par l’administration Trump.

Le leader du Mouvement politique et citoyen-Luy jot jotna (MPC/L) pensait donc que l’arrestation était liée au terrorisme. Mais, il n’en était rien. « Je suis littéralement tombé de ma chaise en entendant parler de tentative de corrompre le président du Tchad avec mes partenaires du CFC, avec un don de 2 millions de dollars ».

Les agents du FBI ont ajouté à l’attention de Gadio que les 400 000 dollars payés à son cabinet étaient destinés à corrompre les autorités du Tchad pour avoir un contrat pétrolier en faveur de l’entreprise chinoise.

Et que le virement de cet argent à Dubaï est un acte de blanchiment. Sur le champ, explique-t-il, il commet l’erreur de répondre aux questions du FBI, sans la présence de son avocat.

L’entretien qu’il croyait avoir duré 1 heures 30 minutes a été, en fait, de 4 heures. Avec le recul, il reste persuadé que cette séance filmée a été décisive pour la suite, car elle a permis de savoir qu’il disait la vérité dès le début des interrogations.

« La commission, grosse ou petite, n’existe pas »

Ainsi donc, l’ancien ministre met tout ce qui a été dit dans cette affaire sous le compte d’une campagne de diabolisation et de destruction « validée par une infime minorité de la presse sénégalaise ».

Pour le reste, Gadio salue l’attitude des médias qui, selon lui, ont été prudents dans ce dossier. « La presse de mon pays a fait preuve de retenue à 99,99% », se félicite-t-il.

Les précisions étant faites, il reste maintenant la vérité par rapport aux accusations. D’abord sur l’acte de corruption organisé avec la compagnie chinoise CFC auprès du président Déby. Gadio déclare n’avoir aucun rapport avec les faits incriminés.

Ce sont plutôt les chinois qui ont donné un cadeau à Déby dans lequel il a été dissimilé 2 millions de dollars. Le président Tchadien, selon lui, a refusé et à mal accueilli ce cadeau.

Gadio soutient que Déby à l’habitude de dire à quiconque essaye de lui faire un cadeau en argent qu’il n’a qu’à faire un chèque au Trésor, puisque lui ne prend pas ces présents. Il n’avait donc rien à se reprocher.

Surtout que le dossier n’a pas abouti. « Il n’y a eu aucune transaction au Tchad entre le gouvernement, CFC et mon cabinet. La transaction n’existe pas, la commission, grosse ou petite, n’existe pas », jure-t-il.

Non sans ajouter avec ironie : « un journal sénégalais a écrit qu’on m’a payé, non pas 400 000 dollars, mais 400 millions de dollars pour une transaction qui porte sur 2 millions de dollars ».

Pour ce qui est du blanchiment, Gadio pense que l’annulation de la procédure suffit comme preuve de son innocence. Il s’y ajoute que, précise-t-il, ceux qui font du blanchiment créent des sociétés écrans, au lieu d’utiliser leur propre nom dans les transferts de fonds. Or, lui Gadio a ses comptes à son nom.

« Pas une seule fois, il ne m’a été proposé un deal »

En outre, le patron du Mouvement politique et citoyen-Luy jot jotna (MPC/L) réfute tout deal avec la justice américaine. Pour lui, c’est pour décrédibiliser sa victoire face à l’adversité qu’une telle thèse est véhiculée.

« Pas une seule fois, il ne m’a été proposé un deal », martèle-t-il. Si l’on en croit Gadio, lorsque cette information a été publiée, l’accord de cessation des poursuites était encore sous scellé et que seuls lui, son avocat et les juges en avaient accès.

De la même manière, il dément avoir été un témoin à charge contre l’homme d’affaires chinois Patrick Ho. La justice américaine l’avait retenu, dit-il, pour témoigner et dire uniquement la vérité sur cette affaire, tout en lui précisant qu’il ne lui appartient pas de dire si Ho est coupable ou pas.

Au finish, la seule faute que Gadio reconnait avoir commise est liée à la fiscalité. Et c’est par méconnaissance, dit-il.

En fait, explique-t-il, en tant que détenteur d’une Green carte américaine, il doit payer des taxes sur toutes ses opérations, mais lui payait juste lorsqu’il gagnait de l’argent aux États-Unis, parce qu’il estimait que le profit fait hors des Usa ne concerne pas les Américains.

Ce qui est une erreur, puisque les Américains lui demandent même des taxes pour un immeuble qu’il a construit à Dakar grâce à un prêt à la Bicis.

En somme, Gadio déclare n’avoir rien à se rapprocher. En outre, il dit n’avoir été en détention que durant 10 jours.

Et c’est même un mauvais concours de circonstances qui en est la cause, puisqu’il a bénéficié d’une liberté dès le lendemain de son arrestation, c’est-à-dire le samedi 18 novembre 2017.

Les 377 autres jours, il déclare les avoir passés dans sa maison dans le Maryland, assigné en résidence.

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