L’hyperfertilité : une condition… qui n’est pas reconnue par la médecine.

Etymologiquement, l’hyperfertilité décrirait une femme excessivement (hyper) fertile. Si l’on en croit les témoignages des femmes qui y seraient confrontées, on pourrait la définir comme la propension à tomber enceinte à chaque cycle ou presque en-dehors d’une contraception régulière, voire à tomber enceinte malgré l’utilisation d’une contraception.

L’hyperfertilité serait alors à mettre en relation avec le temps moyen de conception (environ 4 mois pour un couple de moins de 35 ans) et décrirait ainsi une femme ayant tendance à tomber enceinte plus facilement que la moyenne.

En réalité, l’hyperfertilité n’est pas une condition médicalement reconnue.

Elle n’a fait l’objet d’aucun travail de recherche ou d’aucune recommandation médicale. Et pour cause : cela équivaudrait à admettre que tomber enceinte naturellement relève de la pathologie.

Hyperfertilité : entre chance, hygiène de vie et efficacité relative des contraceptifs

Comment expliquer alors cette tendance accrue à tomber enceinte ? Pour le corps médical, l’explication serait purement physiologique. Si elle n’est pas sous contraception, la femme (jeune) en âge de procréer a 25 % de chances de tomber enceinte à chaque cycle (après un rapport sexuel non protégé au moment de l’ovulation).

S’il y a des perturbateurs reconnus de la fertilité (stress, fatigue excessive, abus de substances type tabac, drogues, caféine, etc.), toutes les femmes n’y sont pas exposées ou n’y réagissent pas identiquement.

Ce qu’elles considèrent comme hyperfertilité ne serait donc souvent qu’une propension naturelle à tomber enceinte, favorisée par un facteur chance (1 sur 4) et une bonne hygiène de vie (ou du moins une meilleure tolérance aux stresseurs).

Quant aux grossesses sous contraceptifs, elles s’expliqueraient plus vraisemblablement par la conjonction des facteurs préalables et d’une erreur humaine ou d’une efficacité relative des méthodes en question.

Ainsi, si les dispositifs de contraception affichent, pour la plupart, une efficacité théorique de près de 100 % , la Haute Autorité de Santé rappelle que leur efficacité « pratique » ne garantit pas de ne pas tomber enceinte.

Quelques exemples : théoriquement, la pilule protégerait à 99,7 % de la fécondation. En pratique, ce taux baisse à 91 %, tout comme le patch. Identiquement, si le préservatif masculin affiche une efficacité théorique de 95 %, il ne serait efficace, dans la pratique, qu’à hauteur de 85 %.

Pour rappel : 65% des grossesses non prévues surviennent chez des femmes qui utilisent une méthode de contraception au moment de la survenue de la grossesse (chiffres planning familial).

L’hyperfertilité : un nouvel étendard de la multiparité ?

Si elle n’est pas reconnue comme pathologique et ne semble pas avoir réellement de fondement médical , la notion d’hyperfertilité peut s’avérer plus probante dans la recherche médicale pour harmoniser certains travaux sur la multiparité.

 L’explication ? Traditionnellement, la littérature et la pratique médicales distinguent trois types de femmes

  • la nullipare, qui n’a aucun antécédent de grossesse,
  • la primipare, qui est une parturiente n’ayant eu qu’un enfant.
  • la multipare, qui a donné naissance à plusieurs enfants.

 La multiparité a fait l’objet de nombreuses études médicales en raison des risques de complications qui y sont associés.

Ainsi, une femme ayant eu plusieurs accouchements seraient plus à même de souffrir, lors d’une grossesse ultérieure, de prééclampsie, d’hypertension, de placenta preavia, d’hémorragie du post-partum, d’anémie, de diabète, etc.

La très grande multiparité augmenterait également les risques de donner naissance à un enfant mort-né. Face à ces risques, la notion de multiparité a été affinée dans différents travaux de recherche afin de différencier :

  • la multiparité modérée (moderate parity) entre 1 et 4 enfants,
  • la grande multiparité (high parity) entre 5 et 9 enfants,
  • la très grande multiparité (very high parity) entre 10 et 14 enfants,
  • l’extrêmement grande multiparité (extremely high parity) au-delà de 15 enfants.

 Cette taxonomie n’a toutefois pas été définitivement validée, rendant ainsi les résultats d’études difficilement comparables en raison de cohortes différemment définies.

C’est là qu’intervient l’hyperfertilité. En effet, c’est en fonction de critères de fertilité que le Dr. Muktar Aliyu de l’Université Alabama-Birmingham aux Etats-Unis, a proposé de reclassifier la multiparité. Selon lui, les femmes ayant :

  • entre 2 et 4 enfants rentreraient dans la catégorie « modérément fertile »,
  • entre 5 et 9 enfant, dans la catégorie « très fertile »,
  • entre 10 et 14, dans la catégorie « extrêmement fertile »,
  • au-delà de 15 enfants, dans la catégorie « hyperfertile ».

Si sa classification n’est aujourd’hui pas officielle, elle a le mérite d’entamer une réflexion autour de l’hyperfertilité. Et avec un seuil d’hyperfertilité au-delà de 15 enfants, on peut aisément assumer qu’elle concerne peu de femmes dans un pays où la contraception et le planning familial sont facilement accessibles.

L’hyperfertilité : l’explication des fausses couches à répétition ?

Dans un autre registre, certains travaux de recherche ont tenté d’expliquer les fausses couches à répétition par une forme d’hyperfertilité.

Ainsi, une équipe du laboratoire de neuro-immunologie de l’Université d’Utrecht a émis l’hypothèse, en 2012, que les fausses couches à répétition pouvaient être en lien avec la migration des cellules endométriales.

Pour rappel, cette migration participe originellement au bon déroulement des premiers jours de la grossesse, favorisant l’implantation de l’embryon (avec la migration accélérée de ces cellules) ou permettant de « rejeter » les embryons de mauvaise qualité (porteur d’anomalies chromosomiques) par inhibition de ces cellules.

Leur constat: en temps normal (en dehors de la présence d’un embryon), la migration des cellules endométriales était identiques chez les femmes sans historique de fausses couches et les femmes ayant subi des fausses couches à répétition.

Par contre, en présence d’un embryon de mauvaise qualité, il y a avait une inhibition de la migration de ces cellules chez les femmes à la fertilité dite normale et un phénomène de migration accélérée chez les femmes victimes de fausses couches.

Cette étude tendrait ainsi à démontrer que chez ces mêmes femmes, les cellules endométriales seraient incapables de distinguer les embryons en fonction de leur qualité, ce qui favoriserait donc les grossesses à répétition (ce qu’on pourrait décrire comme une forme d’hyperfertilité) mais aussi les risques de fausses couches à répétition, les embryons de mauvaises qualité « non triés » n’étant pas viables. Ces observations, menées sur une cohorte de femmes très réduite (12), sont toutefois encore à confirmer.

Rédaction : Véronique Deiller, journaliste spécialiste de l’univers parental.
Mai 2017
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