Une électricité continue, cela a un coût. Alors que la société civile s’apprête, en dépit d’une interdiction préfectorale, à manifester pour le deuxième vendredi consécutif contre la hausse des tarifs l’électricité, la mesure reste en vigueur. La présidence avait pourtant annoncé mercredi avoir pour objectif de faire baisser ce tarif.

Macky Sall va-t-il revenir sur sa décision de baisser les subventions allouées à la Société nationale d’électricité du Sénégal ?

Un message publié mercredi sur le compte officiel de la présidence sénégalaise laissait en tout cas penser qu’une baisse du tarif de l’électricité pouvait avoir lieu au prochain semestre 2020.

« Le président Macky Sall a reçu en audience le directeur général de Fieldstone [une banque d’investissement indépendante].

Les échanges ont porté sur le financement d’actifs de la Senelec pour faire baisser le tarif de l’électricité. L’objectif est de concrétiser cette offre au 1er semestre de l’année 2020″, y déclarait la présidence.

« Approche de communication maladroite »

De quoi calmer les ardeurs des Sénégalais qui s’apprêtent à tenir un sit-in, vendredi 20 décembre, sur la place de l’Indépendance de Dakar ? Pour l’instant, ce n’est pas le cas, d’autant que l’heure n’est pas encore venue de concrétiser cette baisse annoncée.

« À l’heure où nous parlons, la hausse [des prix] sera maintenue : il n’y a pas de possibilité de baisse », assure à Jeune Afrique une source proche de la présidence, qui évoque une « approche de communication maladroite », peut-être due « à la pression » que subit le gouvernement.

Manifestation à Dakar ( Sénégal) contre la hausse du prix de l’électricité

électricité -Manifestation à Dakar le vendredi 13 décembre contre le coût de l'électricité, entre autres.
électricité -Manifestation à Dakar le vendredi 13 décembre contre le coût de l’électricité, entre autres.

La société nationale d’électricité (Senelec) a augmenté ses tarifs de 6 à 10% depuis le 1er décembre.

Il y a deux semaines déjà, un rassemblement contre cette hausse s’était soldé par l’arrestation de plusieurs manifestants devant les grilles du palais présidentiel, dont l’activiste Guy Marius Sagna et le professeur d’université Babacar Diop, toujours en détention.

Ce vendredi 13 décembre, plus d’une trentaine d’organisations de la société civile ont appelé à la marche dans la capitale.

Boubou blanc et foulard assorti sur la tête, Ndack Ndiaye, 73 ans, danse devant le camion sono. Elle a écrit quelques mots sur une pancarte en carton. « J’ai mis : « tout est cher, nous étouffons ».

 La facture de l’électricité augmente. Les chauffeurs de taxi vont dire nous allons augmenter, les boutiquiers vont dire nous allons augmenter. C’est au détriment du consommateur. »

Jean-Pierre Dieng préside justement l’union nationale des consommateurs du Sénégal. Il se souvient des mobilisations de 2007-2008.

« On n’a jamais manifesté depuis les émeutes de la faim. Nous revenons sur le terrain parce que tout simplement, c’est le même état d’esprit qu’il y a aujourd’hui : c’est renflouer les caisses de l’État. »

Plusieurs centaines de manifestants

Dans le cortège, des slogans divers : « Libérez Guy Marius Sagna et Babacar Diop », « le Sénégal va mal », « non à un troisième mandat » du président Macky Sall. Un mélange des genres qui traduit un profond malaise, selon Monsieur Touré, consultant, qui dit manifester pour la première fois de sa vie. « Là où j’habite, j’ai attendu six jours pour avoir de l’eau, y’en a marre. C’est le ras-le-bol général qui fait que ces gens sont là aujourd’hui. »

Ils sont plusieurs centaines de manifestants au total. Une mobilisation en demi-teinte que regrette Maïmouna Dièye, coordonnatrice des femmes du parti Pastef d’Ousmane Sonko : « C’est dommage que le peuple reste toujours là à subir l’agonie que ce régime est en train de nous imposer. »

Mais ce n’est pas fini pour ces manifestants déterminés, qui promettent de poursuivre les actions pour faire passer leur message.

Le prix de l’électricité au Sénégal a augmenté de 10% en moyenne

Un poste haute tension du réseau électrique de la société sénégalaise d'électricité. © senelec.sn
Un poste haute tension du réseau électrique de la société sénégalaise d’électricité. © senelec.sn

La Sénélec, la société nationale de distribution, en a fait l’annonce mardi 26 novembre. Une hausse jugée nécessaire par l’État, à la suite entre autres de l’augmentation du prix du pétrole. Quatre foyers sur cinq sont alimentés par des centrales thermiques. Cette augmentation du prix de l’énergie sera effective le 1er décembre, à partir de ce dimanche. Et elle est déjà mal accueillie.

Khadi Sarr vient vendre ses glaces au marché. 10% de plus sur la facture d’électricité, c’est une mauvaise nouvelle pour les affaires. « L’électricité est déjà très chère. C’est trop car on n’a vraiment pas les moyens. Surtout pour nous, avec les congélateurs qui consomment beaucoup. On va devoir les éteindre plus souvent, faire des pauses. Les autorités doivent nous aider. J’ai toujours milité pour le président Macky Sall, mais là il doit nous venir en aide car la vie est chère », déplore la commerçante.

Mohamed Gueye achète un nouveau t-shirt. Pour payer l’électricité, il a choisi avec ses colocataires un formule prépayée. « Mais ça part vite quoi. Nous on utilise beaucoup d’électricité. Mais il y a beaucoup de délestages, parfois un quart d’heure, parfois 30 minutes, que tu payes. Et en plus tu n’as pas d’électricité. C’est pas normal !  »

Les nouveaux tarifs ne concerneront pas tous les ménages. Ahmedoune Dida Diagne, directeur de la communication de la Sénélec. « Par exemple, aujourd’hui, 54% de notre clientèle qui est dans la tranche sociale n’a pas été augmenté du tout par cette augmentation de tarif. »

Tous les foyers facturés plus de 7 000 francs CFA par mois, une dizaine d’euros, sont concernés par la mesure.

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