Ouverture du port de Dakar, le 9 octobre 1866, marque une page historique du Sénégal et les empreintes du gouverneur Pinet-Laprade. La rédaction de Kafunel vous plonge aux origines du Port de Dakar.

Ces travaux achevés (la première jetée aujourd’hui noyée dans le môle 2, la seconde jetée enracinée dans le môle 3), la compagnie des Messageries impériales accepte enfin l’escale à Dakar.

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Le 9 octobre 1866 paraît dans le Moniteur du Sénégal un avis d’ouverture de l’hôtel des Messageries : « Au moment où les paquebots des Messageries impériales vont toucher au Sénégal, les habitants de la colonie sans nul doute avec plaisir ce que nous avons déjà tous apprécier à Gorée, la création à Dakar d’une maison réunissant tout le possible sur la côte d’Afrique.

Ouverture du port de Dakar, une histoire ….

L’hôtel des Messageries impériales, admirablement situé sur les quais, près des jetées de l’agence des Messageries, offre aux passagers salons et chambres à coucher, salle de billard, chevaux de selle, embarcations, etc.

Les nombreux habitués de nos paquebots seront agréablement surpris de trouver à Dakar, non pas

un luxe, mais un confortable rappelant la France et bien supérieur à celui de Saint- Vincent. Ils emporteront du Sénégal une meilleure que celle que l’on en a jusqu’à ce jour ».

Le 23 octobre 1866 le même journal publie les horaires des paquebots qui doivent partir simultanément de Bordeaux et de Rio-de-Janeiro les 25 et 24 octobre.

Et le 13 novembre, ce même Moniteur du Sénégal fait savoir que « le paquebot-poste (La Guienne) des Messageries impériales de la ligne française du Brésil, parti de Bordeaux le 25 octobre dernier et qui devait toucher directement à Dakar, est arrivé dans ce port le 4 à 8 heures du soir avec les correspondances et les passagers destinés aux possessions françaises et étrangères de la côte occidentale.

Il a fait route ensuite pour Pernambouc et Rio-de-Janeiro le 5 novembre à 6 heures du soir.

Le transatlantique (La Navarre) de la même ligne, venant de ce dernier point, est arrivé à Dakar le 7 à 1 heure du matin ; il est parti de ce port pour Lisbonne et Bordeaux le même jour à 6 heures du soir avec notre correspondance ».

Ouverture du port de Dakar, sans grande fête

L’inauguration devait donner lieu à une grande fête présidée par Mgr Kobés, l’ami du gouverneur Pinet-Laprade, mais la fièvre jaune qui s’était déclarée à Gorée (une centaine de victimes du 12 octobre au 25 janvier à Gorée, quelques cas à Dakar) oblige à remettre à plus tard la solennité de la fête.

Pour éviter de transmettre la contagion, on doit envelopper le courrier destiné à la France dans des linges imprégnés de camphre et enfermer dans deux caisses en bois spécialement à cet effet.

Et la compagnie des Messageries impériales, dont l’agent à Dakar succombe en février, obtient que l’escale des paquebots à Dakar soit suspendue du 7 février au 25 mars 1867.

Ouverture du port de Dakar, les deux nouveaux phares

Sur la demande conjointe de la compagnie des Messageries et de la commission nationale des phares, deux nouveaux phares, de portée de 8 milles marins, sont allumés à compter du Ier décembre 1866, à l’extrémité du Cap Manuel (à 52 mètres au-dessus du niveau de la mer) et à la pointe des Almadies (à 26 mètres au-dessus du niveau de la mer).

Quant au feu de Gorée il est transféré à l’extrémité de la jetée de Dakar.

Le 16 avril 1867, Pinet-Laprade signe le premier arrêté sur la police du port de Dakar soumis désormais à l’autorité d’un capitaine du port.

Chacun désormais cherche à s’établir au plus près du port.

Le Ier décembre 1868, « en prévision de l’importance que le port de Dakar est appelé à prendre bientôt », le gouverneur acquiert pour 70.000 francs au compte du budget local de la colonie du Sénégal l’immeuble de la mission avec son jardin (les missionnaires du Saint-Esprit étaient à Dakar depuis 1846).

Mgr Kobés encouragé par le et attiré par la culture du coton avait aménagé sur la petite côte le domaine de N’Gazobil où il avait déjà transféré ses ateliers et son séminaire.

De même les principales maisons de commerce de Gorée souhaitent se transporter à Dakar et demandent début 1869 que leur soit accordée une concession sur le continent, « le plus près possible de la mer ».

La population urbaine de la ville de Dakar est alors estimée à 3.350 habitants, celle de Gorée à 2.762 habitants, celle de Rufisque à 4.550 habitants, la population rurale de la presqu’île du Cap Vert à 2.000 habitants.

Ouverture du port de Dakar, le déclin par choléra de Pinet-Laprade en 1869

Avec les jetées construites, les quais de l’Etat presque terminés, ceux du commerce en cours d’exécution, des rues sont sur les remblais dans le prolongement ou perpendiculairement à celles du plan primitif d’alignement de 1862.

Un plan d’alignement est approuvé le 12 octobre 1869. Une des nouvelles places reçoit le nom du gouverneur Pinet-Laprade, décédé du choléra le 17 août 1869 à Saint-Louis, dernière victime d’une épidémie qui fit 122 décès à Saint-Louis du Ier au 17 août.

A ses obsèques son par intérim s’exprimait ainsi : « En 1857 Pinet-Laprade posa la première pierre du fort de Dakar, fondation qui devait avoir une si grande influence pour l’avenir de la colonie… Il fut en 1859 appelé au commandement particulier de Gorée…

C’est de cette époque que date la création du port et de la ville de Dakar, œuvre considérable à laquelle il consacra toute sa faculté jusqu’à ses derniers moments ».

Et le de frégate Vallon, commandant supérieur de la marine (qui en décembre 1866 et janvier 1867 avait fait paraître une série d’articles sur le port de Dakar dans le Moniteur du Sénégal), déclarait : « Du Pinet-Laprade fondateur de Dakar, qui est le trait d’union de la colonie à la France, il restera au Sénégal un souvenir impérissable ».

Les sources de cet article proviennent essentiellement des ouvrages suivants : Jacques Charpy, La Fondation de Dakar (1845-1857-1866), Paris, Larose, 1958, 597 Po 9 plans et 30 pl.h.t. – Jacques Charpy, Dakar, naissance d’une métropole, Rennes, éditions Les Portes du Large, 2007, 120 p. – Roger Pasquier, « En marge du centenaire de Dakar. Bordeaux et les débuts de la navigation à vapeur vers le Brésil », dans Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, 1957, p. 219 – 237. – Roger Pasquier, « Villes du Sénégal au xixe siècle », dans Revue française d’histoire d’outre-mer, n° 168-169, i960, p. 387-426.

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