Pinet Laprade , gouverneur colonial du Sénégal, pensait négativement du Sénégal et des Sénégalais… La revelation est faite par l’Ingénieur et économiste de formation, Jacques qui est désormais aussi auteur. Il a co-signé avec le journaliste et écrivain français François Salvaing l’ouvrage « Le gouverneur et sa gouvernante », sorti courant 2015 en France.

Jacques Carol a été à Dakar, la même année (2015) pour deux cérémonies de présentation du livre qui raconte une histoire d’amour inédite entre l’ancien gouverneur du Sénégal Pinet Laprade et une Sénégalaise du nom de Marie Assar dite Marie Peulh. Ce ne sont que des faits réels qui sont racontés dans l’œuvre, selon M. Carol car tirés d’un lot de lettres d’Emile Pinet Laprade.


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Comment est né ce livre, le gouverneur et sa gouvernante ? 

Ce n’était pas évident a priori. Je ne suis pas écrivain. J’ai entamé il y a 8 ans des recherches sur des personnes originaires de mon département qui est dans le sud de la France et qui s’appelle l’Ariège. Je faisais des recherches sur les relations entre les gens de ce département et l’Afrique.

Car il y a beaucoup de gens originaires de ce département qui sont d’ailleurs venus en Afrique. Il se trouve qu’un gouverneur du Sénégal Emile Pinet Laprade était également originaire de ce département.

J’ai cherché à savoir s’il avait dans sa ville d’origine des descendants. Je suis tombé sur une de ses descendantes indirectes qui est une de ses arrières petites nièces.

Cette dame ne savait pas grand-chose sur son ancêtre mais m’a dit qu’elle possédait des lettres. Elle m’a montré deux cartons.

Evidemment, j’ai sauté sur l’occasion et j’ai obtenu d’elle de pouvoir aller dépouiller, de pouvoir les lire et en prendre connaissance.

Ces lettres n’étaient pas classées et étaient complètement en désordre. Je suis allé chez elle et elle a laissé un des cartons à ma disposition. J’ai commencé à lire les lettres et je me suis rendu compte que c’était un travail colossal.

C’est alors qu’elle m’a proposé d’apporter les lettres chez moi et c’est comme ça que j’ai pu les dépouiller calmement.

J’y ai passé beaucoup de temps et je les ai toutes retranscrites sur ordinateur. Il y en avait 1300 plus des documents, des photocopies, etc.

Une fois que j’ai terminé de les mettre par ordre chronologique, j’ai identifié les thèmes qui étaient abordés dans les lettres. Certaines missives étaient sans intérêt.

Elles ne parlaient pas des relations avec le Sénégal. Des lettres purement familiales. Et d’autres avaient beaucoup d’intérêt.

C’était celles qu’il avait adressées à sa famille et que la famille avait conservé et celle que lui Emile Pinet Laprade avait reçue pendant son séjour au Sénégal. Il a duré 20 ans. Il est arrivé comme simple lieutenant et a fini gouverneur.

Il est mort d’ailleurs au Sénégal, à Saint-Louis en étant gouverneur. Il y avait des lettres officielles. Il y avait même des lettres de la main de Faidherbe qui ont été rapatriées par la suite en France. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose parce qu’elles apportaient des éléments nouveaux. 

Comme quoi par exemple ? 

Des compléments d’information sur la carrière de Pinet Laprade, sur ses activités par exemple. On trouvait une trace à travers les lettres, d’une relation qu’il a eue avec une Sénégalaise qui s’appelait Marie Assar dite Marie Peulh. Cette dernière l’a accompagné jusqu’à son décès.

Elle est venue en France trois fois avec Pinet Laprade pendant ses congés. A mon avis on lui donnait une chambre de bonne. 

Elle n’était pas reconnue comme la compagne de M. Laprade dans la famille ? 

Je ne sais pas. Dans une lettre, elle écrit à la sœur de Pinet Laprade pour lui dire qu’elle a oublié un bijou qu’Emile, qui n’était pas encore gouverneur, lui avait donné.

C’était un bijou de famille venant de sa mère. Donc, il lui offrait des trésors de la famille.

Et elle précise qu’elle l’avait peut-être oublié dans la commode qui était dans la chambre du gouverneur. Cela veut quand même dire beaucoup de choses. Bref, disons qu’elle a été acceptée.

Au moment du décès, elle a écrit une lettre à la famille pour raconter les circonstances de la mort et pour parler d’elle aussi.

Elle dit « moi qui aie vécu 20 ans avec lui maintenant, qu’est-ce que je fais ? ». On a dû lui répondre mais on n’a pas trouvé ces lettres.

On sait qu’elle est venue dans la famille Laprade en France. Ils ont signé un accord pour décider qu’elle reste dans la famille et qu’à sa mort, elle laisserait tout ce qu’elle avait, en particulier des terrains et au moins une maison que le gouverneur lui avait fait construire. 

S’il y avait un accord pourquoi a-t-elle alors traduit en justice la famille du gouverneur ? 

Les choses ne se sont pas passées comme prévu. Je ne peux tout raconter ici (il sourit). Elle a été mise à la porte.

Mais elle est restée dans le village puisqu’elle y avait des connaissances ; y étant venue trois fois. Elle a fait un procès à la famille.

Elle a gagné le procès en France. Ce qui est quand même assez remarquable. Après, elle a fini à Dakar. C’est avant-hier seulement qu’on m’a donné son acte de décès. Elle est morte en 1888. 

Auriez-vous retrouvé sa famille ici à Dakar ? 

Non, je n’ai pas retrouvé sa famille. Je pense d’ailleurs qu’elle n’avait plus de famille. Car dans les lettres on parle de la mort de sa mère à Saint-Louis. Et on parle aussi de la mort d’un frère. Mais on ne parle pas d’autres personnes.

Et elle n’a pas eu d’enfants. J’ai retrouvé l’acte de décès sur internet. Officiellement, je ne lui connais pas de descendants. 

A votre avis comment Marie Assar, une Noire, a pu gagner un procès en France contre des Blancs au début de la 3 ème République ? 

Je pense que c’est intéressant parce que j’ai vu les actes du procès. Il y a 25 attendus (ndlr : arguments du juge pour expliquer sa décision dans le lexique juridique). C’est important. C’est un sujet qui a été travaillé. Il n’a pas été bâclé.

D’abord il faut dire que la partie adverse c’est-à-dire la sœur et le beau-frère de Pinet Laprade (ndlr : c’est contre eux que Marie Assar a intenté un procès) connaissaient les questions de droit.

Le beaufrère du gouverneur était un notaire. Il avait donc une certaine notoriété et une situation en plus.

Maintenant, pour ce qui ressort des attendus je pense vraiment que les juges ont pris en compte la nature des relations qui ont existé entre Pinet Laprade et Marie Assar.

Ils en ont conclu qu’elle avait des droits sur les bijoux qu’on lui avait donnés, les services qu’elle avait rendus à la famille. Et aussi du fait que la partie adverse avait signé un contrat qu’elle n’avait pas respecté.

Ce qui mettait Marie en position de force. Ses droits ont été validés, respectés acceptés par le tribunal. Cela montre que la justice peut être juste. 

Peut-on considérer que la France de cette époque était beaucoup plus équitable que celle d’aujourd’hui qui fait de plus en plus confiance aux nationaux ? 

Je ne sais pas si on peut dire tout à fait cela. Mais je peux dire que les situations ne sont pas tout à fait comparables. Son cas est pratiquement unique.

Et cela s’est passé dans une petite ville où à l’époque il y avait 80 habitants. Ils n’avaient pratiquement jamais vu d’Africains.

Et elle était une Africaine liée à quelqu’un qui avait une situation prestigieuse. Il était militaire de formation et gouverneur.

Elle a aussi bénéficié de cette situation par rapport à Pinet Laprade. Je vous ai dit qu’elle écrivait des lettres mais je crois qu’on les lui écrivait.

Je pense quand même qu’elle devait savoir écrire. En tout cas, tout indique qu’elle sait parler français très correctement. Personne ne fait jamais de remarques sur les difficultés qu’on a pour parler avec elle. 

Vous l’imaginez comment vous ? 

Je crois que c’est quelqu’un qui avait un savoir-faire, qui savait comment se présenter aux autres. Je pense qu’elle était très gentille, très aimable.

Elle envoyait des cadeaux à la famille et demandait aussi qu’on lui envoie des robes, etc. il y avait un échange permanent.

Elle a fini par être acceptée sans qu’on ne regarde si elle est noire ou blanche. Les choses se sont gâtées, je crois, quand il s’est agi d’argent.

Je pense, je n’en suis pas sûr, qu’ils se sont rendu compte qu’elle avait moins d’argent qu’ils ne pensaient.

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Et que finalement, cela n’en valait pas la peine. C’est pour cela qu’ils l’ont mise à la porte. Les relations ont pris en ce moment-là disons une tournure très raciste.

C’est-à-dire au lieu de « ma chère Marie » ça devient « la négresse ». Le problème peut-être aussi lié au comportement de Marie Assar. Elle avait, semble-t-il, quelque fois des comportements un peu fantasques.

Je l’explique par le fait que les choses lui étaient un peu montées à la tête. Ses relations avec Pinet Laprade ont commencé alors qu’elle était très jeune.

Vous imaginez une gamine qui vit avec un militaire français, qui lui accorde une certaine fidélité qui l’amène en France, etc.

Tout cela lui a un peu monté à la tête. Après, elle devient pratiquement la compagne du gouverneur, la première dame du Sénégal si on peut dire.

Ce n’était pas évident. Une autre ne saurait peut-être pas su arriver là où elle est arrivée.

Malheureusement, tout s’est effondré parce qu’il est mort. Elle dit d’ailleurs dans l’une des lettres « le gouverneur est mort sans laisser de papiers ». Il ne lui a rien laissé. Et c’est cela aussi l’objet du litige. 

Physiquement, elle était comment ? 

Physiquement, on n’a aucune idée. Personne n’en parle. On ne dit pas si elle est grande, petite ou autre chose.

On sait qu’elle s’est fait souvent photographier. On parle de photos dans les lettres. Mais je ne les ai pas trouvées.

La descendante qui m’a prêtée les lettres m’a aussi prêtée des photos et des gravures de l’époque qui appartenaient à Pinet Laprade. Mais il n’y a pas de photos de Marie. Il est possible qu’elles aient été détruites après.

Etait-ce vraiment une histoire d’amour qui les liait ? 

Je pose la question lors de mes conférences. Je crois qu’il y a une part d’intérêt et une part d’amour certainement. L’intérêt pour Pinet Laprade, c’est son confort.

Il a quelqu’un qui lui rendait service, qui est à sa disposition. Il est bien. Il est tranquille. Mais je pense qu’il l’a quand même aimé. 

On peut dire que Marie Assar n’a connu que Pinet Laprade ? 

Oui, tant qu’il était vivant. Parce qu’après, elle en a connu beaucoup d’autres. Elle avait aussi un intérêt c’est évident de rester avec Pinet Laprade. Mais cela n’exclut pas qu’il y avait de l’amour réciproque. 

Marie Assar ne sonne pas sénégalais. Etait-ce un nom d’emprunt ? 

Moi qui ai un peu vécu au Sénégal cela m’a frappé de retrouver ce nom. Je connaissais des Sarr mais je ne connaissais pas des Assar. Dans toutes les lettres on l’écrit comme ça y compris sur les actes.

Par exemple, il y a un acte notarié original qui a été fait pour la vente d’un terrain à Dakar que Pinet Laprade lui a acheté et on y a écrit Marie Assar.

Sur l’acte de décès aussi elle est appelée Marie Assar dite Marie Peulh fille de Clédor Assar de Saint-Louis.

Et elle est née à Saint-Louis. Je pense qu’elle a été élevée chez les sœurs c’est pourquoi elle porte ce nom. Alors, ce qui est serait intéressant c’est de retrouver son acte de naissance. 

Au-delà de l’histoire d’amour racontée dans le livre, y a-t-il d’autres informations sur le séjour de Pinet Laprade au Sénégal? 

Oui, il y en a. Il y a des éléments historiques qu’on peut y retrouver. Pinet Laprade n’est pas totalement inconnu.

Il y a un livre qui a été fait par un ancien professeur, Yves Saint Martin, qui était d’ailleurs ici et qui s’appelle « Le Sénégal sous le second empire ».


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Dans ce livre on parle beaucoup de Pinet Laprade. Il y a aussi le livre « Dakar : naissance d’une métropole », écrit par un ancien chef des archives. Ici, on parle beaucoup de Pinet Laprade.

Donc, il n’est pas inconnu. Il faut dire qu’il a eu un rôle pour le Sénégal dans le cadre de la colonisation très important beaucoup plus que n’importe quel gouverneur. 

Pourquoi dites-vous cela ? 

Parce que d’abord sur le plan militaire, il a fait beaucoup de batailles, d’expéditions dans le Cayor, contre Lat-Dior, dans le fleuve au début, ensuite en Casamance. Il est même allée jusqu’au Gabon, jusqu’en Côte d’Ivoire.

Ce sont ses fonctions qui l’y ont mené. Il a refait, puisqu’il était du génie militaire, le fort de Gorée. Il a fait construire ce qu’on appelait le gouvernement de Gorée. A Dakar, il a fait le phare des Mamelles ainsi que le port.

Ce n’était pas évident que la France s’implantât au Cap-Vert. A l’époque, il n’y avait que deux maisons.

Il y avait la maison Jaubert, dont on a fait un fort sous les ordres de Protêt, mais c’est Pinet Laprade qui l’a fortifiée ; et un couvent de religieuse qui était à l’emplacement de l’actuel hôtel de ville.

C’est cela la première occupation physique de Dakar par les Français. C’était en 1857. En 1862, Pinet Laprade a dessiné le plan de Dakar.

Ce n’était pas complet mais c’est en gros le plan du Plateau actuel. Même les noms ont été presque tous respectés. Et c’est quelques années plus tard que le plan de Dakar a été repris. 

Il n’y avait pas de populations autochtones à l’époque ? 

Sur le Cap-Vert, il y avait les « lébous ». Mais il y avait eu des accords. La France n’avait pas le droit de s’implanter mais le droit de traverser, de faire du commerce.

A partir du moment où la décision de s’implanter a été prise, les chefs « lébous » n’ont rien dit.

On leur a donné un peu d’argent, une mensualité je crois, du sucre, de la farine et du riz. Je ne sais pas exactement. Mais je sais qu’ils n’ont pas bougé. Cela s’est fait très calmement, pacifiquement, sans aucun problème. 

Qu’est-ce qui a motivé Pinet Laprade à venir au Sénégal ? 

Cela on ne le sait pas très bien. Tout ce qu’on apprend dans les lettres c’est qu’au début de sa carrière il a fait l’école polytechnique. Ensuite, il a fait un an de plus à l’école du génie militaire qui était à Metz.

A sa sortie, il est allé dans une garnison. Il a commencé à Montpellier puis à Grenoble, à Briançon et à Champs-sur-Marne.

Vous savez Champs-sur-Marne même aujourd’hui n’est pas la ville la plus joyeuse de France. Il ne devait pas s’y plaire.

Il y est resté deux ou trois mois et a demandé à venir au Sénégal. Mais on ne sait pas pourquoi. Il y a peut-être deux motivations. Parce qu’il gagnait plus en venant ici.

Et parce qu’il pensait qu’il allait avoir une carrière plus rapide. Peut-être qu’il y avait aussi quand même un goût d’aventure, de voir des choses.

Et dès les premières lettres, il montre un certain intérêt, un certain attachement. Il décrit les gens. Il dit à chaque fois, d’abord à ses parents, puis à sa sœur, qu’il allait rentrer.

Il dit « tu sais je ne vais pas rester longtemps, mais il faut encore attendre un peu parce que j’attends un grade supplémentaire ». A la fin, il dit carrément qu’il veut être gouverneur.

Mais ce qui m’a frappé, parce que j’ai lu d’autres livres de l’époque, c’est qu’il ne dit jamais du mal des Sénégalais.

Sauf au début, une fois il les juge « comme une belle race d’un naturel doux, poli mais aussi voleur ». Et il précise, c’est ce qui est amusant : « mais essentiellement par coquetterie ».

C’est-à-dire, on le voit dans ses lettres, tout le monde pouvait rentrer et sortir là où il habitait. Et quand ceux qui venaient voyaient par exemple une chemise qui traînait, elle disparaissait. Ce n’est pas vraiment du vol quoi. C’est de la coquetterie. 

Il parle de la religion, de la façon de vivre des gens ? 

Non, pas beaucoup. Il décrit des danses. Il est allé au tout début de son séjour en Gambie mais c’était à un poste qui était au bord de ce pays mais qui était français.

Et il raconte les danses qu’il y a vues. De façon enthousiaste, il dit « nous passons une soirée à Albreda pour voir les danses du pays. C’est un spectacle très curieux.


Sélections pour vous !


Tous les spectateurs se forment en cercle. Les femmes groupées sur le même côté. Les joueurs de tam-tams sont debout dans ce cercle.

Les femmes mêlent leurs chants aux bruits de ces instruments. Et le danseur ou la danseuse, car il n’y en qu’un seul qui danse, se livre à des exercices les plus curieux.

Les danseurs et les musiciens s’animent par degré. Bientôt, on voit la sueur inonder leurs corps. Ils font des bonds et leurs contorsions sont incroyables.

Lorsqu’enfin la fatigue l’emporte sur leur volonté ils se jettent ils quittent le cercle et vont se jeter sur la natte pour rétablir leur respiration.

Il y en a qui font des tours de souplesse et d’agilité bien supérieurs à ceux des saltimbanques de notre pays ». Il décrit la scène avec bienveillance. Il pouvait bien dire des danses du sauvage ou des trucs comme ça. Il aurait pu être choqué. 

Vous semblez être tombé sous le charme de Pinet Laprade ? 

Non, non je suis assez objectif je crois. Il y a deux choses qui m’ont frappé. D’une part il fait des combats. Il n’hésite pas à détruire des villages.

Il raconte à sa famille comment ils le font mais il conclut en disant que c’est une leçon donnée à ceux qui ne respectent pas l’autorité de la France.

Il ne fait pas cela par goût mais par ce qu’il estime être son devoir ; que ses autorités lui imposent. 

Vous ne ressentez pas une mauvaise conscience chez lui ? 

A côté de cela, il s’intéresse au développement et au sort des gens. Il s’est lié avec des gens comme Monseigneur Kobès qui était nonce apostolique au centre de Ngazobil, qui cultivait du coton. Il l’encourageait dans ça.

Il y avait un commerçant en Casamance qui s’appelait Bertrand Bocandé qui faisait aussi la culture du coton. Il s’intéressait vraiment beaucoup à la vie économique et il le dit à plusieurs reprises.

Il y a aussi les résultats concrets comme la construction d’un port. Il avait en premier l’idée de faire un chemin de fer entre Dakar et Saint-Louis.

Est-ce que dans ses lettres, il décrit des scènes où lui-même tue ou parle par exemple de ses adversaires ? 

Il ne parle d’eux vraiment, totalement de façon négative. Il y a des lettres entre Faidherbe et lui à propos du Damel du Cayor qui est mort (ndlr, Lat Dior).

C’est la France qui avait plus ou moins désigné son remplaçant même si le Cayor n’était pas totalement conquis. Mais il y avait une sorte de protectorat.

Alors on trouve que le remplaçant, il n’est pas bien. Parce qu’il a des défauts. Ce sont des jugements sur le comportement. Ce n’est pas absolument négatif. Il ne décrit pas vraiment ce qui se passe dans les villages.

Dans le livre on ne parle pas dans le fond de ses relations avec Lat-Dior ou tel Damel ou tel autre reine. 

Vous avez parcouru les lettres pourriez-vous nous en dire davantage ? 

Il faudrait que je m’y replonge. Cela fait maintenant quand même 5 ans que j’ai dépouillé ces lettres. Je n’ai pas tout retenu. 

On a l’impression que vous vous êtes censuré ? 

Non, je n’ai pas censuré. On a été essayé d’être le plus objectif plus possible. 

Au début de vos recherches, votre but était-il de faire un livre ? 

Non, pas spécialement. Mon idée c’était de faire un livre général sur les Ariégeois et l’Afrique. Mais j’aurais quand même pu parler dans ce livre de Pinet Laprade parce qu’il aurait pu avoir droit à 5 pages ou 10.

Mais ayant trouvé ses lettres, cette histoire qui est quand même assez imprévue, assez peu probable, il m’a paru intéressant de la raconter.

Comme je ne suis pas romancier, ni écrivain j’ai pensé au début traité cela comme un traité d’histoire disons.

Une sorte de biographie de Pinet Laprade. On m’en a dissuadé en me disant que cela n’intéresserait pas grand monde et par contre il serait mieux de mettre en évidence la relation qu’il y avait entre lui et Marie Assar.

J’ai cherché un coauteur. J’en ai trouvé un qui s’appelle François Salvaing qui est un écrivain de renom qui a eu des prix, une trentaine de roman à son actif, etc.

Il est aussi Ariégeois d’origine et lié à l’Afrique parce qu’il est né au Maroc et il a accepté qu’on travaille ensemble sur ce sujet.

On a raconté pratiquement et uniquement des faits qui sont dans les lettres. On n’a pas inventé d’anecdotes.

On a juste été obligé quelque fois, quand il y avait des trous, de faire des hypothèses qui paraissaient possibles, probables. Mais tout est tiré des lettres.

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