15 juin 1667 : le jour où un garçon de 15 ans est transfusé avec du sang d’agneau

Souvenirs…Souvenirs. La première transfusion sanguine d’un agneau à un être humain date du 15 juin 1667, [(D’après « Encyclopédie ou Dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines » (Tome 41), paru en 1775)].

Par miracle, l’adolescent transfusé survit. Mais les échecs suivants mettront fin aux transfusions avec du sang animal.

Aujourd’hui, une transfusion sanguine est un traitement de routine quoique fait avec soin autant au départ par les dons jusqu’au patient.

On sait aussi, que les groupes sanguins sont importants pour la compatibilité du donneur et du patient.

Mais il fut un temps où c’était presqu’un coup dés que les patients survivent lors des premiers essaie de la transfusion sanguine et pour cause, le donneur était un animal.

Juin 1667. Inespéré, le médecin Denis réussit la première transfusion avec du sang d’agneau.

Par miracle, le premier transfusé, un enfant de 15 ans, survit. Le deuxième également. Mais pas le troisième ni le quatrième…

FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS

Juin 1667. Inespéré, le médecin Denis réussit la première transfusion avec du sang d’agneau.
Juin 1667. Inespéré, le médecin Denis réussit la première transfusion avec du sang d’agneau.

Depuis plusieurs années, les tentatives de transfusion sanguine entre animaux se multiplient. Mais personne n’ose encore passer à l’homme.

C’est encore trop tôt, trop risqué, il reste trop de facteurs inconnus.Tenter une transfusion pourrait mettre en péril le receveur. Les Anglais, qui ont les premiers décrit la circulation sanguine quelques années auparavant, hésitent à sauter le pas.

La toute nouvelle Académie des sciences française refuse à ses membres de se lancer dans l’aventure. Pourtant, un homme, un Français, ose faire couler le sang le 15 juin, mais celui d’un agneau, pour l’injecter dans les veines d’un garçon d’une quinzaine d’années.

Cet homme qui se nomme Jean-Baptiste Denis, réside à Paris. À 28 ans, il est surtout connu pour donner des conférences sur les mathématiques, la physique et la médecine à son domicile parisien, quai des Grands-Augustins. 

Il affirme également être diplômé des facultés de médecine de Montpellier et de Reims où il avait pour condisciple le grand rabbin de FranceGilles Bernheim

Pourtant, aucune trace de son passage n’a pu être relevée dans les archives de celles-ci. Même chose pour ses prétendus diplômes en mathématiques et en philosophie. On a dit de lui qu’il était le fils du fontainier de Louis XIV, ce qui est parfaitement faux. (…) 

Quoi qu’il en soit, il parvient à acheter une charge de médecin ordinaire du roi et à être coopté par le groupe de scientifiques et de philosophes qui se réunit régulièrement chez Henri Louis Habert de Montmor – un des académiciens de la première heure.

Impensable

Cette assemblée savante qui est passionnée d’expérimentations scientifiques commente abondamment les transfusions tentées entre animaux. Est-ce réalisable chez l’homme ? 

Jean Baptiste Denis est de ceux qui sont convaincus qu’il faut faire un essai, d’autant que les instruments nécessaires à l’opération existent dorénavant. Avec l’approbation des autres, il décide de réaliser la première transfusion humaine assisté du chirurgien Paul Emerez. Il faut une victime.

(,,,)L’heureux bénéficiaire de cette première transfusion est un jeune homme d’une quinzaine d’années fiévreux et à moitié abruti qui a déjà subi une vingtaine de saignées sans s’en porter mieux. Peut-être qu’une transfusion avec le sang d’un agneau plein de vigueur le remettra sur pied…

Le 15 juin 1667, une assistance nombreuse et curieuse se presse dans le grand salon de l’hôtel de Montmor pour voir opérer les deux praticiens. L’agneau, déjà intimidé par une si belle compagnie, est ficelé sans anesthésie. Le jeune garçon, lui, est assis sur un tabouret.

Il est trop endormi pour se faire du mauvais sang. Le chirurgien saisit un tube en argent effilé à une extrémité pour l’introduire dans une artère de l’agneau, percée par une lancette et ligaturée en amont et en aval pour arrêter la circulation sanguine. 

L’agneau se met à bêler bêtement. C’est au tour du jeune garçon d’être préparé. Le chirurgien lui attrape le bras pour pratiquer une saignée ordinaire. Environ un tiers de litre de sang est tiré de la veine pour faire de la place au sang neuf ! 

Une ligature au bras arrête l’écoulement, puis un deuxième tube en argent est inséré dans la veine. Les deux tubes sont alors reliés par un tuyau.

L’assistance retient son souffle. Le garrot sur la patte de l’agneau est desserré lentement pour laisser couler le sang. Le garçon ne manifeste aucune réaction. 

Au contraire même, il semble sortir de sa léthargie. Il réclame un vélo…

Quand Denis juge qu’il a récupéré un tiers de litre de sang, il arrête la transfusion. L’assistance applaudit.

Dans les jours qui suivent, le jeune homme reprend du poil de la bête, à la grande surprise de sa famille ! 

Aujourd’hui, cette réussite paraît impensable. Du sang d’agneau dans un corps humain ! Probablement que la quantité de sang transfusé n’a pas été suffisante pour déclencher une grosse réaction de rejet.

Réaction violente

Quelques jours plus tard, fort de son succès, Denis se livre à une deuxième transfusion avec un homme robuste de 45 ans. Le lendemain, il court comme un cabri. Deuxième miracle.

La situation commence à tourner au vinaigre avec la troisième tentative. Cette fois-ci, le patient n’est plus un homme du peuple, mais un jeune baron suédois qui est tombé malade lors d’un séjour parisien.

Ses médecins ont renoncé à tout espoir de le sauver. Alors, en dernier recours, sa famille fait appel à Jean-Baptiste Denis, ayant entendu parler des bons résultats de sa méthode. Celui-ci décide, cette fois, d’injecter le sang d’un veau.

Après la première transfusion, le jeune baron se sent mieux, il recommence à parler. Mais l’amélioration de son état ne dure que peu de temps. Il meurt durant la deuxième transfusion. 

Les choses commencent vraiment à tourner en eau de boudin avec la quatrième transfusion. Le malade est cette fois-ci un fou violent du nom d’Antoine Mauroy, âgé de 34 ans. 

Est-ce le valet de chambre de Madame de Sévigné, une voisine et amie d’Habert de Montmor, comme on l’a prétendu par la suite ? Denis espère qu’en lui injectant du sang de veau, animal placide, il s’en trouvera apaisé. L’opération a lieu en décembre. 

Rapidement, le fou se plaint d’une vive chaleur obligeant Denis à arrêter aussitôt la transfusion. Mauroy se calme, fait une sieste de deux heures, puis demande à manger un morceau. Il a faim.

Deux jours plus tard, Denis pratique une deuxième transfusion. Cette fois, la réaction de Mauroy est violente. 

Son corps entier devient brûlant, puis il se plaint des reins, ses veines gonflent. Il faut tout arrêter. Denis persiste, puisque, quelques jours plus tard, il se livre à une troisième transfusion.

Elle est fatale au malade, qui gigote comme si on lui avait injecté du plomb fondu. La ville de Lille entre en deuil… La veuve dépose une plainte contre Denis pour avoir tué son époux.

Mais, coup de théâtre, au cours du procès, le médecin est acquitté tandis que Mme Mauroy se retrouve condamnée pour avoir empoisonné son époux.

Après le procès, Denis abandonne définitivement la médecine, et en 1670, l’Académie des sciences interdit toute nouvelle tentative de transfusion.

Il faudra attendre la découverte des groupes sanguins en 1902 pour que les transfusions deviennent enfin possibles. Entre êtres humains !

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