Médias et Pouvoir, Médias, démocratie et démocratisation quels enjeux ? Savoir et Pouvoir sont toujours intimement liés. De lâinvention de lâimprimerie à lâaube de lâère numérique, le contrôle de lâinformation devient un enjeu crucial de pouvoir.
Lâimportance des médias dans la sphère politique est telle quâelle est souvent considérée comme un pouvoir ou un contre-pouvoir face à lâautorité.
Dans un cadre démocratique, il faut informer à plus large échelle car le nombre dâacteurs impliqués dans les processus de décisions sont beaucoup plus nombreux. Lâutilité des médias devient essentielle car ce sont eux qui agissent comme principaux producteurs et transmetteurs dâinformations.
Ils apparaissent alors comme garants des libertés dâopinion, dâinformation, dâexpression et en conséquent du maintien dâun équilibre des pouvoirs au sein de la démocratie.
Selon Léonard Dharan :
Enjeux universels du 21e siècle, lâaccès et le contrôle de lâinformation occupe une place centrale dans la mosaïque des relations de pouvoir qui régissent notre monde. A lâoccasion de la journée du journalisme du 4 mai 2017, TOPO se penche sur les questions relatives aux médias contemporains et la place quâils occupent dans nos sociétés.
En outre, lâaspect structurel du média, autant dans son organisation que dans sa gouvernance, va influencer la production dâinformations notamment dans une structure fortement hiérarchisée et verticale.
Pendant longtemps restreinte aux agences de presses et aux journalistes professionnels, la production dâinformations était cantonnée à un nombre dâagents réduits.
Le bousculement produit par internet, les réseaux sociaux et autres technologies de lâinformation et de la communication (TIC) a considérablement augmenté le nombre dâacteurs et a conduit à une démocratisation de la production de lâinformation.
Une nouvelle organisation dans la hiérarchie ainsi que dans la chaîne de production de lâinformation sâest ainsi mise en place basée sur le modèle du « crowdsourcing » soit « le fait de prendre une tâche et de lâexternaliser (â¦) en faisant appel ouvertement à un large groupe de personnes dont le nombre est indéfini » (Howes, 2008).
Cette nouvelle approche a apporté une grande diversité de points de vue mais a dans un même temps produit une masse dâinformations inversement proportionnelle à la masse de désinformation.
Ce qui complique la vérification de ces données et bouleverse la manière traditionnelle de les produire.
Quelle place pour les médias dans nos démocraties ?
Afin dâêtre capable de garantir la liberté dâopinion, les démocraties modernes se sont construites sur lâidée de la libre circulation de lâinformation. Lâaccès à lâinformation est primordial pour faire vivre sainement une démocratie.
Câest dans ce contexte que de nombreux acteurs de lâinformation ont vu le jour au fil des développements technologiques liés à la communication.
Médias privés, indépendants, de service public, télévisions, radios, journaux, agences de presse, sites internet et aujourdâhui réseaux sociaux⦠Les formes et tailles dâorganisations et de mediums produisant du contenu multimédia sont multiples.
Ils façonnent nos représentations et influencent directement nos pratiques culturelles. Bien quâil soit possible de tendre à une certaine objectivité, les médias ne sont jamais en tout point neutre.
Soumis aux subjectivités et conceptions des personnes qui composent lâentité, Ils pourront faire à dessein ou non, lâapologie dâune idéologie politique, économique ou sociale.
En mettant en avant certaines qualités et représentations, ils peuvent faire passer une ou plusieurs idéologies, dans bien des cas favorables à leurs intérêts respectifs, quâil sâagisse dâune entreprise privée ayant le souci de profit et de rentabilité ou des médias contrôlés par des acteurs politiques.
On sâaperçoit par exemple dans des scènes médiatiques dominées par des entreprises privées, comme câest le cas aux Ãtats-Unis, que le divertissement occupe une place plus importante que lâinformation par devoir de rentabilité envers les membres, contributeurs publicitaires ou actionnaires de ces entités.
Lâélection américaine de 2016, ses « fake news », et la médiatisation centrée sur deux partis renvoyant une image bipartisane de la politique américaine est symptomatique de ce rapport entre lâinformation et la communication au détriment du débat démocratique.
La course au sensationnalisme dopée par la concurrence à laquelle se livrent les entreprises a poussé à une détérioration de la qualité de lâinformation.
Dans de nombreux pays, des médias en lien avec lâEtat ou des acteurs politiques dominent la scène médiatique.
En Turquie, suite à la tentative de coup dâEtat de juillet 2016, de nombreux journaux « critiques » du pouvoir ont été fermés, réduisant drastiquement la diversité dâopinion dans le pays. Reporter sans frontière use même du qualificatif de « plus grande prison au monde pour les professionnels des médias ».
Ce nâest pas la première fois quâun leader sâarroge, ou du moins tente de sâarroger, le monopole de lâinformation.
Nous pourrons citer à titre dâexemples, Silvio Berlusconi qui contrôlait la grande majorité des chaines privées italiennes ou le monopole quasi-total de lâinformation locale détenu par le gouvernement cubain de Fidel Castro depuis 1959 jusquâà aujourdâhui.
Malgré ces efforts de contrôle, il devient de plus en plus difficile à lâheure dâInternet de contrôler les flux dâinformations.
Notamment grâce à lâutilisation de réseaux privés virtuels (VPN) ou de logiciels comme TOR, qui permettent, entre autres, de contourner les censures liées à Internet et de se renseigner via les réseaux sociaux ou des sites Internet tiers auparavant filtrés.
Cela nous amène non seulement à nous demander si les médias privés sont vraiment les mieux placés pour se montrer critique lorsque cela dessert leurs intérêts.
Mais aussi si les médias liés à lâEtat ou ses structures peuvent se montrer critique vis-à -vis du pouvoir en place.

Cela nous mène tout droit au thème de la censure. Quâelle sâopère de manière consciente, par des choix réfléchis, soit façonnée par nos normes éthiques, morales ou culturelles, la censure se complexifie.
Au fur et à mesure que les technologies de lâinformation et nouveaux mediums se développent, le nombre dâacteurs ayant un pouvoir de censure augmente.
Entreprises du web, réseaux sociaux à lâimage de Google et Facebook, fournisseurs dâaccès internet et détenteurs de lâinfrastructure physique ont cette capacité de jouer le rôle de censeur, en filtrant des recherches ou en censurant directement des contenus.
Mais parallèlement, la multitude dâacteurs liés à internet rend une censure totale quasiment impossible en proposant de nombreux moyens de la contourner comme ceux précités.
Nous avons déjà abordé la censure directe opérée par des acteurs politiques, par exemple lâEtat. Mais sous des régimes politiques plus libéraux, comment sâopère-t-elle ?
Une entité de média est sujette aux personnes et aux représentations qui la composent. Cela sâobserve à travers le vocabulaire utilisé par les journalistes. Câest alors un filtrage plus insidieux qui sâopère.
Il est déterminé par le tri et la hiérarchisation de lâinformation ainsi que dans la sélection des journalistes et des cadres de ces entreprises conformément aux exigences du média en question.
Bourdieu fait le lien entre la sécurité de lâemploi dans les domaines de la radio et télévision et la censure en disant que le manque de sécurité de lâemploi dans ces domaines pousse les acteurs vers une conformité politique de peur de perdre son travail.
Ce qui provoque une forme dâautocensure dont une des conséquences est lâeffritement, de la confiance dans les médias dit « traditionnels ».
Pouvoir, Médias, démocratie et démocratisation quels enjeux ?
Cet effritement est de surcroit exacerbé par le rôle croissant des réseaux sociaux qui transmettent une information souvent brute et pas toujours travaillée. La structure dans lâorganisation joue donc un rôle crucial.
Dans le cas des médias liés à lâEtat, plus celui-ci est démocratique, plus la gouvernance des services publics sera exigeante. En Suisse, il existe une capacité populaire de contrôle de lâEtat et donc directement ou indirectement du service public qui y est associé.
On le voit avec lâinitiative populaire « no Billag » qui menace de démanteler le service public. Ce moyen de pression peut influencer grandement la qualité du contenu présenté.
En effet, les destinataires du contenu média peuvent exprimer de manière forte leur satisfaction ou leur insatisfaction en agissant sur des aspects vitaux au fonctionnement du média tel le budget ou la suppression pur et simple du service.
Ce contrôle ne serait plus possible ou se verrait drastiquement réduit dans une scène médiatique contrôlée par des acteurs privés.
A lire aussi
- Regards croisés sur Médias et Démocratie
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- Questions de communication : Quels sont les rôles des médias dans les « transitions démocratiques » ?
Lâexercice dâun pouvoir critique par les médias ainsi que des structures plus horizontales dans lâorganisation sont donc une nécessité pour assurer la qualité de lâinformation et donc se porter garants dâune démocratie saine.
Le fait que chacun soit capable de produire et de diffuser de lâinformation par lâintermédiaire des réseaux sociaux apporte un caractère démocratique et empêche lâétablissement dâun monopole imposé par lâétat, une organisation ou un individu.
La qualité ne réside pas seulement dans le nombre de médias et de mediums mais aussi dans leur diversité structurelle.
Sources…
Léonard Dharan, le 4 mai 2017. Dernière modification le 6 mai 2017
Débats
Références
BBC « Silvio Berlusconi: Italy’s once-untouchable prime minister » http://www.bbc.com/news/world-europe-11981754 (2016)
Bourdieu Pierre « Television » European Review, Vol. 9, No. 3, 245â256 (2001)
Fred Peabody « tous les gouvernements mentent » Documentaire Arte (2016)
Howe, J. (2008). « Crowdsourcing. Why the Power of the Crowd is Driving the Future of Business. », The International Achievement Institute [en ligne]. http://www.bizbriefings.com/Samples/IntInst%20—%20Crowdsourcing.PDF
Patrick-Yves Badillo, « Usagers et socio-économie des médias », Revue française des sciences de lâinformation et de la communication [En ligne], 6 | 2015, mis en ligne le 02 mars 2015, consulté le 24 avril 2017. URL : http://rfsic.revues.org/1251 ; DOI : 10.4000/rfsic.1251
Reporter sans Frontière « classement 2017 » https://rsf.org/fr/classement (2017)
Zarka Yves Charles, « Démocratie et pouvoir médiatique », Cités, 2/2002 (n° 10), p. 119-129.
URL : http://www.cairn.info/revue-cites-2002-2-page-119.htm
DOI : 10.3917/cite.010.0119













