C’est la fin du suspense au Sénégal. Macky Sall ne briguera pas de 3e mandat. Intégralité du Message du chef de lâEtat à la Nation. Le Chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall a annoncé lundi soir, qu’il ne sera pas candidat pour l’élection présidentielle du 25 février 2024. Depuis des mois, il entretenait le flou quant à un éventuel troisième mandat. Voici lâintégralité du Message du chef de lâEtat à la Nation.
Intégralité du Message du chef de lâEtat à la Nation

Mes cher(e)s compatriotes dâici et de la diaspora
Câest en forte conscience des responsabilités qui mâincombent que je voudrais mâadresser à vous, ce soir, en ma qualité de garant du fonctionnement régulier des institutions, de lâindépendance nationale et de lâintégrité du territoire.
Pour beaucoup dâentre nous, nous venons de célébrer la fête de la Tabaski, cette fête de la foi, de la solidarité et de la convivialité, en compagnie de ceux et celles que nous aimons et qui emplissent nos vies de bonheur, dâespoir et dâamitié.
Pour certains de nos concitoyens cependant, la fête sâest déroulée dans lâombre du deuil, parce que leurs chers enfants faisaient partie de ceux et celles qui ont perdu la vie dans des violences insoutenables, injustifiables et inexcusables.
Des violences qui ont mis à lâépreuve notre cohésion sociale et notre longue et enviable tradition de paix et de stabilité en Afrique.
Vous aurez donc compris la tristesse et la douleur qui sont miennes.
Vous, comme moi, nous nâétions pas cette année dans le même état dâesprit par lequel nous honorons et célébrons la fête du sacrifice.
Permettez-moi de mâincliner, à nouveau, devant la mémoire de nos enfants qui ont tragiquement perdu la vie, sous les effets brutaux de la violence et de renouveler mes condoléances à toutes les familles éplorées et à la nation toute entière.
Je nâai pas manqué, dans mes prières, il y a quelques jours, aux lieux saints de lâislam, de penser à nos regrettés disparus. Aucun de nos fils, aucune de nos filles, ne doit payer de sa vie les désaccords qui sâexpriment dans nos sociétés.
La vie de nos concitoyens ne peut être sacrifiée sous lâautel dâintérêts politiques. Nous avons lâobligation de protéger la vie et la dignité de tous les sénégalais, de toutes les sénégalaises.
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Devant lâinsoutenable, lâinnommable, la prise de parole nâest pas toujours facile et souvent, les mots nâarrivent pas à exprimer le plein de tristesse qui nous envahit.
Nous avons vécu des événements particulièrement graves, marqués par une violence sans précédent, occasionnant des morts et des blessés, ainsi que la destruction massive de biens publics et privés.
Les scènes de violences et de pillages auxquelles nous avons assisté et leur coïncidence avec une cyber attaque contre des sites stratégiques du Gouvernement et des services vitaux, tels que lâeau et lâélectricité, nâont rien à voir avec une quelconque manifestation politique.
Rien, ni aucune revendication ne saurait justifier quâon tue, quâon diffuse des messages de haine et de violence dans les réseaux sociaux, quâon saccage et brûle des biens publics et privés, y compris des moyens de transport, des commerces, des lieux de culte, des domiciles, des Consulats, des ambulances âmême un corbillard- , des universités et des écoles comme pour éteindre la lumière du savoir, réduire au silence notre élite et notre relève scientifiques et intellectuelles et plonger notre pays dans les ténèbres de lâobscurantisme.
Lâobjectif funeste des instigateurs, auteurs et complices de cette violence inouïe était clair : semer la terreur, mettre notre pays à lâarrêt et le déstabiliser.
Câest un véritable crime organisé contre la nation sénégalaise, contre lâÃtat, contre la République et ses Institutions.
Refuser de tomber dans le piège de cette machination insurrectionnelle
Face à ces actes inadmissibles, lâÃtat est resté debout et le peuple sénégalais, attaché à son vivre ensemble, a refusé de tomber dans le piège de cette machination insurrectionnelle aux antipodes des valeurs démocratiques et qui visait à sâemparer du pouvoir par la violence et détruire notre modèle de société.
Je renouvelle mon soutien et mon entière confiance à nos forces de défense et de sécurité dont la retenue, le professionnalisme et le sang-froid ont permis dâéviter un bilan plus lourd.
Je redis avec fermeté que les auteurs, les commanditaires, les complices répondront de leurs actes inqualifiables devant la justice.
En attendant, les enquêtes se poursuivent. Nous ferons toute la lumière sur ces événements et sur les forces occultes qui veulent ébranler notre pays. Pour ma part, jâaffirme ici que je ne transigerai pas avec des fossoyeurs de la nation, de lâÃtat, de la République. Ce serait trahir mon serment constitutionnel.
Jâexprime encore ma profonde compassion et ma solidarité aux victimes de ces actes criminels qui ont perdu leurs biens, fruits dâannées dâinvestissement, de labeur et dâefforts quotidiens. Je pense également à toutes celles et tous ceux plongés aujourdâhui dans la détresse, parce que leurs emplois sont perdus ou menacés.
Câest le Sénégal qui se lève tôt, qui travaille dur toute la journée et qui se couche tard qui est ainsi atteint.
Jâinvite fortement les parents et les familles à plus de vigilance. Je demande solennellement aux citoyens, aux leaders dâopinion, à toutes les forces vives de la nation, politiques et apolitiques, soucieux de la sauvegarde des valeurs démocratiques, de la paix, de la sécurité et de la stabilité de notre pays, de soutenir, sans réserve, lâaction de lâÃtat pour mettre en échec le projet pernicieux de déstabilisation du Sénégal.
Quand la paix, la sécurité et la stabilité de la patrie sont à ce point menacées, il nây a point dâindifférence et de neutralité possibles.
Au regard de cette situation sans précédent, jâai demandé au gouvernement de faire un bilan exhaustif des pertes et dâexaminer les voies et moyens dâassister les familles des victimes ainsi que les personnes et entités ayant subi des préjudices.
Le contexte est difficile, les inquiétudes, les angoisses sont là . Mais je sais que le peuple sénégalais a les ressources spirituelles, culturelles, traditionnelles, sociales pour transformer ces moments dâépreuves en une chance pour la paix.
Ainsi Åuvrer à transformer nos divergences en des occasions de dialogues constructifs pour forger le Sénégal que nous voulons, un Sénégal de respect de la vie humaine, de la justice, de lâégalité et de la paix.
Un Sénégal qui se réconcilie avec ses valeurs de « disso », de concertation qui ont traversé le temps et construit son histoire enviée.
Lâheure du bilan viendra plus tard alors que des occasions se présenteront pour vous parler de ce que le Sénégal a été sous ma présidence.
Mais aujourdâhui, je voudrais interpeller toute la classe politique, sans exclusive. Notre pays nous demande de regarder ensemble vers lâavenir afin que nous soyons les bâtisseurs du Sénégal de demain. Consolidons les forces de nos institutions tout en remédiant à leurs faiblesses.
Abandonnons les postures populistes, nihilistes, extrémistes qui tentent de présenter notre pays comme un désert sans loi. Chaque nation peut être éprouvée, chaque société peut être traversée par des tensions. Mais voici plus de 60 ans que nous Åuvrons à construire un Sénégal selon nos valeurs de paix et de solidarité.
Des jalons ont été posés par mes prédécesseurs. Continuons à bâtir sur ces acquis et éloignons-nous des radicalismes qui veulent faire de la violence lâarbitre principal de nos différends. Nous pouvons être des adversaires mais jamais des ennemis.
Câest pour cela, quâaprès le dialogue national réussi que je salue encore, ma main demeure tendue à toutes les voix de bonne volonté pour continuer dâéchanger sur les bonnes idées, les bonnes propositions qui nous permettront de faire advenir un Sénégal de bâtisseurs et non de casseurs, dâasseoir une paix durable, de réussir des élections apaisées dont les résultats seront acceptés par tous, le lendemain du scrutin.
Cette vision de nous-mêmes comme un peuple ancré dans la paix et la stabilité nâest pas une utopie, même si notre histoire politique a rencontré quelques moments de fragilité, de tensions. Notre force a été dâavoir toujours su trouver les mots, les paroles, les rencontres pour converser, pour panser ensemble les plaies, guérir ensemble les maux.
Et depuis mon investiture à la magistrature suprême, mon gouvernement et moi, nâavons ménagé aucun effort pour renforcer lâunité nationale, consolider les acquis de notre démocratie et le respect des droits de lâhomme. Nous nâavons cessé de relever les défis liés au développement économique et social. Nous avons un bilan qui amène nos adversaires, même ceux parmi les plus virulents, à reconnaître que nous avons fait progresser le Sénégal.
La promesse que chacun peut être pour lâautre dans la construction du Sénégal

Mais aujourdâhui, ce nâest pas sur le bilan de nos réalisations que je veux surtout mâappesantir. Je veux parler avec vous de notre avenir en tant quâil est façonné par les dynamiques de notre présent, de nos aspirations les uns à lâégard des autres, de la promesse que chacun peut être pour lâautre dans la construction du Sénégal que nous souhaitons léguer à nos enfants. Je veux donc parler de ce que, le Sénégal de demain exige de nous aujourdâhui, nous les contemporains. Je veux évoquer nos responsabilités en tant que communauté de destin.
Nous sommes condamnés à une solidarité susceptible de préserver lâunité de notre nation, malgré les tensions et divergences qui peuvent nous opposer. Cette solidarité ne signifie pas une totale convergence des points de vue, une uniformisation des consciences, une domination des uns sur les autres.
Cette solidarité est celle qui nous empêchera de traduire nos désaccords, nos dissonances dans des violences meurtrières, justement parce que nous aurons su nous abreuver dans les sources démocratiques, morales, spirituelles et culturelles du grand peuple sénégalais.
Cette solidarité, mes chers compatriotes, câest celle qui poussera chaque individu à développer les comportements qui ne menacent pas lâavenir de notre nation. Cette solidarité enfin, câest celle qui fera de chacun, de chacune de nous, une digue contre la violence.
Jâentends bien les aspirations du peuple sénégalais, de sa jeunesse en particulier, de ses attentes légitimes en matière de justice socio-économique, de création dâemplois, de renforcement du système dâéducation et de formation professionnelle, de meilleurs cadres de vie. Je comprends la volonté de notre jeunesse de vouloir vivre une vie qui vaut la peine dâêtre vécue, ici au Sénégal et non ailleurs.
Câest justement à nous concerter à repenser ensemble cette solidarité que nous parviendrons, en tant que société, à répondre aux justes revendications de notre jeunesse et de lâensemble des citoyens sénégalais.
Comment devons-nous atteler afin dâassumer notre destin dans un monde de plus en plus instable ?
Jamais la violence nâa permis à un pays de répondre aux aspirations de sa population. Loin dâêtre une solution, la violence et les discours qui la construisent sont les signes dâune démission morale, intellectuelle, politique et citoyenne.
Nâest-ce pas à inventer, à réinventer de nouvelles manières de penser le développement de notre pays et de lâAfrique que nous devons nous atteler afin dâassumer notre destin dans un monde de plus en plus instable ?
Mais pourrait-on collectivement nous ouvrir à des possibles, produire le meilleur de nous-mêmes, si nos intérêts politiques personnels nous dressent les uns contre les autres, poussant ainsi une partie de la jeunesse dans la banalisation de la violence ?
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A lâheure où se reconfigurent les rapports de pouvoir au niveau global, où la révolution numérique nous plonge dans des ailleurs incontrôlés, le Sénégal et lâAfrique de manière générale, ont plus que jamais besoin de se réarmer scientifiquement et intellectuellement par la production des savoirs et des savoirs faire capables de défendre lâintérêt de nos populations et de nos cultures.
Nous avons des intelligences et des ressources humaines, ici, mais aussi disséminées à travers le monde, que seul le sens de la solidarité pourrait mobiliser au service dâune Afrique forte dans un monde malmené par des luttes dâinfluences et de domination. La violence est un frein à la mise en Åuvre de nos capacités, de notre engagement à faire émerger un Sénégal prospère, un Sénégal de richesse partagée, bref, un Sénégal de tous, un Sénégal pour tous.
Câest fort de la conviction dâun Sénégal enraciné dans les vertus de la paix et du dialogue, que jâai appelé à lâorganisation dâun dialogue national ouvert, pluriel et inclusif. Je ne saurai assez remercier le coordonnateur de ce dialogue national ainsi que les présidents et rapporteurs de commissions, de même que tous les participants, sans exception, qui ont su mettre le Sénégal au-dessus de tout pour produire, en un temps record, des recommandations fort stratégiques, sur les différentes dimensions de la vie sociale, politique, économique et culturelle de notre pays.
Je salue les conclusions très positives du dialogue national dont la mise en Åuvre débutera cette semaine par la saisine de lâassemblée nationale pour la modification de certaines dispositions de la constitution et du code électoral entre autres.
Mes cher(e)s compatriotes,
Sâagissant de lâélection présidentielle du 25 février 2024, je tiens à ce que le gouvernement prenne toutes les dispositions pour une bonne organisation du scrutin, comme par le passé.
En ce qui me concerne, jâai suivi avec beaucoup dâattention et dâémotion les différentes manifestations de soutien à ma candidature pour un second quinquennat. La dernière étant celle des 512 maires et présidents de conseil départemental sur les 601 que compte notre pays.
A cela sâajoutent les soutiens de la diaspora, de mouvements de jeunes, de femmes, de nos respectés sages, dâenseignants, dâarabisants, de religieux et bien dâautres groupes, tous déjà prêts pour mener le combat de ma réélection. A tous ces compatriotes, je voudrais exprimer ma profonde gratitude en réservant une mention spéciale et toute particulière à la coalition BBY, à mon parti lâAlliance Pour la République et à la grande coalition de la majorité présidentielle.
Mes cher(e)s compatriotes, ma décision longuement et mûrement réfléchie est de ne pas être candidat à la prochaine élection du 25 février 2024. Et cela, même si la constitution mâen donne le droit. En effet, depuis la révision constitutionnelle de 2016, le débat juridique a été définitivement tranché par la décision du Conseil Constitutionnel n°1-C-2016 du 12 février 2016.
Je sais que cette décision surprendra tous ceux et celles nombreux dont je connais lâadmiration, la confiance et la fidélité sincères. Elle surprendra aussi ceux et celles qui souhaitent me voir encore guider la construction du pays qui trouve de plus en plus ses marques. Mais le Sénégal dépasse ma personne et il est rempli de leaders également capables de pousser le pays vers lâémergence.
On a tant spéculé, commenté sur ma candidature à cette élection.

Cependant, Je nâai jamais voulu être lâotage de cette injonction permanente à parler avant lâheure, car mes priorités portaient surtout sur la gestion dâun pays, dâune équipe gouvernementale cohérente et engagée dans lâaction pour lâémergence, surtout dans un contexte socio-économique difficile et incertain.
Contrairement donc aux rumeurs qui mâattribuaient une nouvelle ambition présidentielle, je voudrais dire que jâai une claire conscience et mémoire de ce que jâai dit, écrit et répété ici et ailleurs, câest-à -dire que le mandat de 2019 était mon second et dernier mandat.
Câest cela que jâavais dit et câest cela que je réaffirme ce soir. Jâai un profond respect pour les Sénégalais et les Sénégalaises qui mâont lu et entendu. Jâai un code dâhonneur et un sens de la responsabilité historique qui me commandent de préserver ma dignité et ma parole.
Je rends ici un hommage à mes prédécesseurs, les présidents Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade dont les parcours sont, bien sûr, différents mais qui ont contribué chacun à construire lâimage de ce Sénégal démocratique quâil faut perpétuer. Je ne saurai faire moins.
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Dâici la transmission du pouvoir au futur président de la république, in shallah, le 2 avril 2024, jâassumerai avec responsabilité et fermeté toutes les charges qui incombent à ma fonction.
En vertu du mandat que vous mâavez confié et en étroite cohérence avec mon serment constitutionnel, je continuerai de consacrer toutes mes forces à défendre, sans failles, les institutions constitutionnelles de la république, le respect des décisions de justice, lâintégrité du territoire, la protection des personnes et des biens. Je resterai à vos côtés, à votre écoute et au service de la république et de la nation.
Nous avons des réalisations indéniables et un potentiel incroyable. Mais soyons vigilants et conscients des difficultés, des obstacles qui sont réels et de lâactivisme des ennemis de lâintérieur et de lâextérieur.
Lâenjeu essentiel pour moi, câest que notre cher Sénégal, ce pays que jâai à cÅur, que vous avez à cÅur, garde le cap vers lâémergence dans la voie de lâaction, de la paix, de la stabilité, du respect du droit, de lâordre public, dans lâunité nationale et la cohésion sociale. ââ
Cela exige de chacune, de chacun de nous lâadhésion à notre modèle de société fondé sur la démocratie, la liberté, le respect de nos valeurs socio culturelles, le respect de ce vivre ensemble qui a su jusquâici nous rassembler et nous ressembler, le respect de nos religions, de nos confréries et de nos guides religieux. En somme, le respect de notre identité collective sénégalaise qui est ancrage dans le socle socioculturel sénégalais et africain, mais aussi ouverture dans la modernité.
Câest seulement ainsi que nous pourrons poursuivre, ensemble, épaule contre épaule, notre élan commun vers notre destin commun, fidèles à notre devise nationale : Un Peuple, Un But, Une Foi.
Vive la République !
Vive le Sénégal.













