Avec nos pinceaux magiques, nous retraçons le portrait robot de Abdou Rachid Ndiaye, styliste-modéliste : Rachid, le fantaisiste du soin.
Il a lâart du soin en lui. Son allure soignée le suit depuis lâenfance, alors quâil se dirigeait droit dans la profession de pharmacien. Sa trajectoire et ses projections montrent, cependant, quâil puise à ses deux passions pour imprimer son identité et sâimposer en styliste à la touche incontournable.
Abdou Rachid Ndiaye ,styliste-modéliste
De sa démarche nonchalante et dans sa mise up-size désinvolte, Abdou Rachid Ndiaye nous entraîne avec entrain dans son «laboratoire».
Dans cet atelier de couture et de stylisme, sis sous les piliers des immeubles des Hlm Fass, son tenancier sây meut comme un apothicaire. Normal.
Hormis la grande passion de son exercice, le styliste-modéliste Abdou Rachid Ndiaye a loupé de peu la profession de pharmacien.
Après son baccalauréat en 2010, il est orienté à la Faculté de médecine, de pharmacie et dâodontostomatologie de lâUniversité Cheikh Anta Diop de Dakar, au département de pharmacie.
Il sây distingue autant par les études quâavec son look décalé qui a fini par être de notoriété au campus.
![Abdou Rachid Ndiaye ,styliste-modéliste, le fantaisiste du soin [Portrait] 1 Africa Day](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2021/06/Africa-Day.jpg?resize=696%2C394&ssl=1)
«Les étudiants me répétaient que ma place nâétait pas vraiment à la fac. Ils étaient focalisés sur mon style, et jâavais aussi toujours mon cahier de croquis», se rappelle celui qui dit encore garder sa passion pour la biologie quâil a depuis le lycée, et dont il compte poursuivre plus tard les études.
Cet attrait pour la biologie se remarque par un modèle étonnant qui trône au salon de son atelier et se distingue du lot. La robe, dâun orange et dâun vert duveteux, entraîne presque son spectateur dans lâesprit des banquets princiers du classicisme. Le thème de ce travail était fougère-aigle.
La fougère-aigle, une espèce végétale spécifique, qui a la particularité dâaccaparer son espace dâéclosion et de dominer toutes les espèces qui y poussent. Elle grandit avec une image fractale. «Jâai renommé cette robe Farana. Vous voyez que ça attire lâattention. Jâai repris les figures tectoniques à lâimage de la fougère-aigle.
Pour les matières, il y a différentes catégories de soie, dont lâuni, le côtelé, le tissé. Pour les ailes, câest du coton. Elle a sa cape et son sac», explicite le jeune styliste-modéliste, qui souhaite investir sa créativité dans le costume de cinéma.
Des livres, en plus de ses cahiers de croquis et autres instruments, reposent sur la table de séjour de son atelier. Au-delà de lâexpression de la passion, il y a à voir une «révolution».
Selon Rachid, on est dans une ère où chacun doit être un intellectuel dans son métier, en plus dâavoir une réelle maîtrise pratique. Il dit être en désaccord avec ce qui se fait dans la mode, en général, et porte lâambition dâinspirer une nouvelle tendance.
à son avis, le principal problème avec les stylistes sénégalais est quâils ne progressent pas, justement parce quâils ne dessinent pas et ne modélisent.
«Ce qui fait quâils font de la répétition et ont généralement une clientèle et des modèles fixes», fait-il remarquer, avant dâajouter cette suggestion : «Il faut investir les coupes modernes, être rigoureux sur la coupe, travailler à se structurer, à respecter la carrure, les proportions, les épaules, lâamanchure, jouer sur lâaisance, apprendre comment calquer les pinces ⦠Il faut se départir de ce travail machinal et systématique de tailleur».
Rachid, le fantaisiste du soin
Malgré une bonne adresse, Rachid est réputé discret et peu bavard. Il sâen explique. «Jâai toujours refusé de parler avant dâavoir des réalisations concrètes et originales à montrer. Je veux que quand les gens regardent mon travail, ils sâexclament : «Câest cela que je cherche !».
Je constate que dans le secteur de lâhabillement, les gens veulent servir de la qualité, mais ne trouvent pas toujours de la qualité en termes de ressources humaines dans le marché. Ce qui fait perdre beaucoup de clients à lâétranger dâailleurs», indique Rachid. Justement, câest cette plus-value quâil veut apporter et symboliser.
Dâores et déjà , Rachid annonce quâà long terme, il va déposer «Malamo» comme le nom de sa marque. «Ãa signifie Rachid, en lingala. Rachid est un mot arabe qui signifie droiture ou bonté», explique-t-il.
CRÃATIVITÃ
Il se pourrait bien que lâétiquette au nom de «Malamo» caresse les nuques des avocats du Sénégal, dans quelques années. «à long terme, je veux habiller tous les avocats du Sénégal.
Dâailleurs, quand jâai présenté le projet la première fois à des professionnels qui venaient dispenser des formations ici, ils ont répliqué «Pourquoi pas tous les avocats dâAfrique ?», énonce Rachid, ambitieux, binocle bien mis et droit dans ses grandes bottes noires.
Ces professionnels se sont référés à la qualité de son échantillon, qui reçoit le visiteur à lâentrée de lâatelier. Ici, «sa» coupe marque encore la différence, en plus de la matière utilisée.
«Les toges demandent beaucoup de moyens et de travail. Elles ont leurs tissus particuliers et se coudent intégralement à la main. Je les fais avec un coton très léger. En Europe, on les fait avec de la laine, une matière qui nâest pas commode, vu notre climat, or câest ce quâon importe.
Remarquez la différence, avec ce tissu. Bien quâavec lâampleur, on y est à lâaise», nous assure Rachid, en nous présentant sa toge prototype. Il informe quâil va réaliser une mini-collection pour une exposition à la maison des avocats, dont il a lâaccord de principe.
Rachid a aussi pensé au projet qui assoira sa «base économique».
Il veut faire des confections et des dessins très explicites pour les stylistes et détenteurs de maisons de couture qui nâont pas le crayon facile. Vu quâil est également modéliste, il propose aussi de vendre à des patrons, faire la confection, le montage, le prototype et même le dessin technique (avec les sections et les mesures, croquis devant-dosâ¦).
Ce projet vient après son constat quâau Sénégal, il nây a pas assez de techniciens patronneurs qui peuvent faire la coupe et la bonne gradation. Ainsi, avec son offre, le styliste client va juste récupérer le prototype et le développer à lâindustrialisation.
«Je lâai déjà fait pour Sisters Of Africa (Sos) qui est une marque internationale avec des boutiques partout dans le monde. Jâai aussi travaillé avec Sophie Zinga, durant 3-4 mois, pour qui jâai confectionné des modèles. Câétait une belle expérience, car on échangeait beaucoup. Je dessinais ses idées et lui proposais de structurer ses coupes.
Elle mâa écouté et câest elle-même qui guidait les modifications quâelle voulait. Jâai vu quâelle a eu beaucoup de succès avec ce travail. Câest cela que je veux, accompagner les stylistes qui nâont pas le temps de cette manÅuvre ou qui ne peuvent simplement pas dessiner.
Cela offre aussi de lâemploi à une main-dâÅuvre locale et dispense du voyage en Occident pour juste trouver de bons modélistes», soutient le jeune styliste-modéliste. Il souligne que cette demande est forte, mais que beaucoup ignorent que cette expertise existe ici et est tout près dâeux.
Pour sa promotion, Rachid prévoit de faire des expositions avec ses tenues avant-gardes, les tenues de villes, les tenues structurées, etc. Il entend organiser aussi des workshops en faveur de particuliers qui veulent avoir la technique du montage et des coupes, afin de les aider à pouvoir réaliser les détails techniques.
![Abdou Rachid Ndiaye ,styliste-modéliste, le fantaisiste du soin [Portrait] 2 Mariama Ba, femme de lettres sénégalaise, auteure du roman « Une si longue lettre »](https://i0.wp.com/www.kafunel.com/wp-content/uploads/2021/06/Mariama-Ba-femme-de-lettres-senegalaise-auteure-du-roman-Une-si-longue-lettre-.jpg?resize=696%2C693&ssl=1)
Au moment de cet entretien, Rachid était dans un projet avec le rappeur sénégalais Nix, dans lequel il travaille avec Niuku (styliste basé entre Paris et Tokyo). Câest un concept-story à travers un clip vidéo, disponible depuis une semaine sur YouTube, sous le titre de «Moonwalk».
Avec Niuku, Rachid devait se rendre au Japon, cette année, pour un défilé, mais la pandémie a compromis lâévénement. «Toutefois, je dois travailler encore avec Niuku pour des ventes, parce quâelle est aussi distributrice au Japon. Elle a des boutiques de marques africaines là -bas», apprend-il.
PASSION
Devant ses Åuvres et dans son sujet, le feu de la passion brille dans les yeux de Rachid autant quâil réchauffe sa voix. Peut-être parce quâil entretient cette chaleur depuis lâenfance, quand il se distinguait déjà par ses tenues particulières avec la touche dâun papa qui va lâinfluencer dans le temps.
«Mon père mâa très tôt habitué aux vêtures différentes et raffinées. Tout petit, il me mettait des souliers avec des talons. Jâétais un bon élève, mais chaque fois quâil fallait mâidentifier, on disait le jeune homme qui sâhabille bien. Quand on lâa affecté au lycée de Tivaouane, ses collègues nâen revenaient pas, car ils pensaient que jâétais le gosse dâun richissime.
Mon papa en riait et leur répondait que tout vient de la friperie», sourit Rachid, dont le papa a aussi joué sur ses aptitudes de styliste.
«Câest un très bon dessinateur et jâai tenu cela de lui. En Cm2, je me faisais de lâargent avec les cahiers Cfee. Au collège, on mâa exclu plusieurs fois de ma classe parce que je dessinais lâenseignant pendant quâil faisait son cours au tableau», se souvient encore cocassement Rachid.
Câest à lâInstitut de coupe, de couture et de mode (Iccm) que Rachid va apprendre les bases canoniques du stylisme. Il intègre cette école en 2014. Pourtant, câest après lâobtention du Bfem quâil avait confié à son père quâil voulait être inscrit à lâÃcole des beaux-arts avant de risquer une grosse gifle.
Après le baccalauréat, il a été émoussé par le coût excessif des écoles de stylisme en Europe. Finalement, il se résout aux études universitaires. «Ironie du sort, câest mon père lui-même qui mâenvoie le lien du concours dâentrée à lâInstitut de coupe, de couture et de mode (Iccm).
Jâétais sceptique au début, car je pensais que nos écoles de stylisme nâétaient pas à un top niveau. Je me suis quand même rendu sur place pour me renseigner, et à la fin, la Direction et le contenu des cours mâont rassuré. Jâai aussi surtout vu des professeurs modélistes et stylistes qui enseignaient à lâÃcole des beaux-arts», raconte Rachid.
Ce dernier réussit finalement avec brio, en entrant major à ce concours qui admet 10 étudiants par an. «Mon passage à la Fac médecine mâa beaucoup aidé (Rires). Le rythme quâon considérait soutenu à lâIccm nâétait pas grand-chose à côté de celui de lâUniversité.
Ensuite, dans nos cours, il y avait des matières végétales, comme la biologie et la botanique, qui avaient le même ton quâau Département de pharmacie et jây étais très à lâaise.
Câétait aussi le cas dans le dessin dâobservation», confie Rachid, qui est convaincu quâil faut étudier, être formé sur les canons et ne pas seulement se suffire de son talent.
Il affirme quâil a toujours ébloui par ses dessins, mais reconnaît quâil manquait un peu dâaplomb. Maintenant, bien quâil soit revenu à ses feelings du début, il nâen reste pas moins quâil les repose sur un registre scientifique qui leur confère crédibilité et excellence.
Tel le pharmacien, Rachid a un réel souci de la concision, des bonnes combinaisons, du parfait calibrage, mais a surtout de la patience. à 30 ans, il conçoit quâil vaut mieux baliser son chemin que de presser le pas obstinément.
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