Assoumoune qui est antérieurement dévasté par la rébellion casamançaise affiche un nouveau sourire, après l’enfer…

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Assoumoune, après l’enfer de la rébellion casamançaise

Victimes de l’irrédentisme casamançais, beaucoup de villages peinent à reprendre une vie économique. Assoumoune, situé dans la commune de Simbandi Balante (département de Goudomp), n’est pas dans ce lot.

Victime d’attaques des rebelles au début et au milieu des années 1990, la localité renaît de ses cendres pour devenir le premier producteur de riz dans le département de Goudomp grâce à la bravoure qui colle à la peau de ses habitants.

« Assoumoune mort et ressuscité ».

Cela pourrait être le titre d’un documentaire sur ce gros village de la verte Casamance. Situé à une douzaine de km de la commune de Simbandi Balante, on y accède au bout d’une trentaine de minutes par une route latéritique pas des meilleurs.

Assoumoune est un bourg assez particulier qui a subi les conséquences du conflit casamançais au début et au milieu des années 1990, période durant laquelle les irrédentistes y ont fait régner la terreur. La première fois en 1991.

Cette année-là, Assoumoune a été pris d’assaut en plein jour par les rebelles qui brûlèrent les toits des concessions en chaume et dévastèrent les biens des villageois au moment où ces derniers cherchaient à sauver leur peau.

C’était le sauve-qui-peut sous le crépitement des kalachnikovs. Après cette folle journée, les habitants furent obligés de tout laisser pour aller chercher refuge ailleurs. Le village plongea dans un profond dénuement.

Pas un signe de vie, même d’un animal domestique. Après leur razzia sanguinaire, les rebelles laissèrent derrière eux un village meurtri et fantomatique.

Quelques temps après, l’armée sénégalaise y débarqua. Rassurées, les populations revinrent en 1992 pour tout reconstruire. Mais ce semblant de paix ne fut que de courte durée.

En 1994, les rebelles attaquèrent de nouveau le village et tuèrent deux habitants. L’armée fit, cette fois-ci, une nouvelle descente très musclée. L’accalmie revint dans le village et environs. Depuis lors, la vie a repris son cours normal à Assoumoune. Une vie principalement autour de la culture du riz.

Une vie au rythme de la culture du riz

C’est devant sa boutique, dans un bâtiment muni d’une petite véranda, que le deuxième adjoint au maire de Simbandi Balante, fils d’Assoumoune, Vieux Mané, relate le passé douloureux de son village.

Emmailloté dans un jallaba beige marron, ce commerçant, le teint noir, suant à grosses gouttes à cause de la forte chaleur, se souvient de cette histoire tragique comme si c’était hier. Ce, devant quelques habitants composés de jeunes, d’adultes et des sages dans une assemblée où certains sont assis et d’autres debout.

Assoumoune est un village à majorité Balante. Une ethnie qui a le culte du respect du droit d’aînesse. Vieux Mané passe la parole donc au chef du village après avoir introduit sur l’objet de notre visite.

« Notre village vit dans une parfaite harmonie. Notre vie tourne autour de nos rizières. Nous n’avons que ça comme activité », fait savoir le patriarche Adama Mané.

Le vétéran confie qu’Assoumoune a plus de 100 ans d’existence. Parmi les habitants, outre des Balantes, on trouve des Mandingues, des Peuls, des Mansonka, des Manjake. Les rares Diolas qui y vivaient ont quitté le village.

Assoumoune signifie en langue Balante « un village où il fait bon vivre et connu pour son culte du travail ».

Antérieurement dévasté par la rébellion casamançaise

C’est devenu le crédo de cette contrée dont la population traîne la réputation d’être l’une des plus braves dans le département de Goudomp. Ses habitants cultivent le riz, le maïs, le piment et autres condiments.

Très fier d’appartenir à ce village dévasté naguère et devenu aujourd’hui un grand producteur de riz dans la zone, Vieux Mané évoque le sens de la solidarité qui existe dans leur bourg.

« Chaque famille a un espace pour faire le maraîchage et cultiver le riz et peut se retrouver donc avec une ou deux tonnes de riz par an. Tout est bien organisé », détaille-t-il.

Le village compte 72 familles pour 1230 habitants. Dans chaque famille, on dénombre au moins 60 personnes.

Le village est tellement organisé que les populations travaillent au sein de cinq associations lesquelles sont regroupées dans une grande organisation faîtière appelée « Katakola Tini » (Ensemble des hommes et femmes).

Il y a également le Gie « Fankanta » qui regroupe essentiellement des femmes. « Nous avons bénéficié de l’encadrement de l’Agence nationale de conseil agricole et rural (Ancar) pour une meilleure production du riz.

L’ancien système qui consistait à épandre le riz par jet a été remplacé par le piquetage. Nous avons suivi les recommandations de l’Ancar. Résultats : depuis 2016, la production a considérablement augmenté. On gagne en quantité et en qualité », souligne Vieux Mané.

Mieux, le village dispose d’un magasin de stockage du riz. En saison des pluies, la semence est distribuée aux populations pour la culture. Ici, on n’attend pas forcément tout de l’État.

« On nous fait payer le sac à 2000 ou 3000 FCfa. Certaines de nos familles ne peuvent pas acheter le produit. C’est pourquoi, nous avons préféré nous nourrir nous-mêmes et donner aux cultivateurs nos propres semences », a développé M. Mané.

2000 ha non exploités

2000 ha non exploités
2000 ha non exploités

L’espace constitué de rizières sépare le village de la Guinée-Bissau à 7 km de là. La zone de culture s’étale au moins sur 2000 ha et a l’avantage de ne pas être envahie par la salure (le sel).  Mais seuls 12 ha sont exploités faute de moyen.

« Après la récolte, on vend le riz et on garde le reste pour la semence. Mais avant tout cela, on approvisionne d’abord tout le village. Nous vendons le sac de 50 kilos à 10.000 FCfa. Beaucoup de villages environnants s’approvisionnent à Assoumoune. Nous sommes le premier producteur de riz dans la zone. Bien que l’État ne nous appuie pas comme nous le voudrions, les habitants se sont imposés dans cette culture », indique Vieux Mané.

Il réclame des tracteurs pour suppléer les charrettes dans la culture du riz. Il garantit que si les moyens mécaniques étaient disponibles, Assoumoune aurait pu exploiter l’ensemble des 2000 ha.

« Nous avons la chance d’avoir ce grand espace sans salure dont les rendements auraient pu bénéficier à tout le département. Nous ne demandons actuellement que des tracteurs », plaide Vieux Mané.

Assoumoune, après l’enfer

Les habitants d’Assoumoune n’attendent jamais le soutien des autorités pour réaliser certaines infrastructures. La localité compte une école élémentaire, alors qu’un collège leur a été promis.

N’empêche, les populations sont en train de se cotiser pour sa construction. Chaque famille donne deux sacs de ciment. Une manière pour eux de soulager les collégiens du village qui, chaque jour, parcourent 4 km en aller et retour, soit 8 km, pour rejoindre le collège du village de Safane.

« Beaucoup de nos enfants ont arrêté les études à cause de la distance. Faire tous les jours 8 km, ce n’est pas facile pour eux. On n’arrive même pas à contrôler nos élèves », se désole Vieux Mané.

Assise à même le sol, une bassine remplie de piment à ses côtés, la soixantaine révolue, Awa Sonko est tenaillée par la fatigue. Mais la femme au visage ridé continue à aller dans les rizières.

« Nous sommes dans le maraîchage depuis la nuit des temps. Nos parents travaillaient dans les rizières et nous avons pris le relais. Je fais ce travail depuis plus de 40 ans. Nous cultivons avec nos propres mains et nous n’avons jamais reçu de moyens. Nous vivons de cette culture. Je suis âgée, mais je ne peux pas arrêter ce travail qui me fait vivre », confie-t-elle.

« Les femmes de la Casamance sont les oubliées du système. Nous ne parlons pas beaucoup, mais personne ne travaille plus que nous. Dans nos villages, nous perdons souvent la vie lors des accouchements à cause d’un manque de plateau médical adéquat. Ici à Assoumoune, lorsqu’on doit accoucher, on est transporté sur une charrette jusqu’à Simbandi ou à Safane », dénonce-t-elle.

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Sa voisine Sona Mandiang abonde dans le même sens. « Nous sommes dans un village où le culte du travail est prôné. Nous n’aimons pas pleurnicher. Mais, ce qui est sûr, nous (femmes) vivons dans des conditions extrêmement difficiles.

Nous nous battons dans les rizières et l’État ne nous soutient pas. Les gens attendent les élections pour venir nous chanter de belles paroles et on ne les revoit plus. Alors que nous ne demandons pas grand-chose.

S’il vous plait, lorsque vous voyez le Président de la République, dites-lui de ne pas nous oublier ! », dit la dame, la voix presque cassée.

EMPLOI DES JEUNES ET SANTÉ

C’est le désœuvrement complet

À Assoumoune, les doléances sont nombreuses. Selon le représentant des jeunes du village, Seyni Mané, étudiant en Histoire, le manque d’emploi est un grand problème dans leur localité.

« À Assoumoune, les jeunes accompagnent les femmes et les vieux dans les champs. Pour vous dire que la jeunesse n’a pas de travail particulier dans la zone.

Nous sommes soit dans les champs d’anacarde, soit dans les rizières. Nous n’avons que cette activité. Aujourd’hui, les jeunes veulent travailler, mais ne sont pas financés. Nous sommes nombreux à avoir aujourd’hui des champs.

Car, Assoumoune est gâté par la nature. Nous ne demandons que du soutien pour exploiter le potentiel de la zone », fait-il savoir.

L’enseignant Lansana Mané appelle l’État à construire un collège dans le village pour réduire le taux de déperdition scolaire.

« Nous avons beaucoup d’abris provisoires dans la zone, en plus du surnombre dans les classes. Cela se répercute sur les résultats des élèves. Nos enfants souffrent de la distance. Ils sont très fatigués une fois arrivés à l’école, surtout avec cette forte chaleur.

À Safane, où se trouve le collège, ils ne peuvent pas y loger faute de tuteur. Nous avons beaucoup d’enfants qui réussissent à l’école primaire, mais ne peuvent pas faire la distance de 8 km. Beaucoup d’entre eux finissent donc par abandonner », souligne-t-il.

Un autre problème auquel est confronté le village, c’est l’accès aux soins de santé. Un fait dont se désole Omar Bathiang.

« On nous a promis un infirmier pour notre poste de santé, nous attendons toujours. Pour faire face à ce déficit de personnel, nous avons cotisé pour prendre un acteur de la santé à la retraite. Mais le médecin chef a refusé. Nous avons pris un autre, il s’y est encore opposé sous prétexte que celui qui a été choisi n’a pas les compétences requises pour gérer un poste de santé. Pourtant, nous avons des médicaments d’une valeur de 500.000 FCfa en souffrance au poste de santé », regrette-t-il.

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