Lina, Salah, Maya, Abderraouf, Kawthar, Zakaria, Malik⦠Ils ont entre 20 et 26 ans. Ils étaient gamins lorsque Boutef a accédé au pouvoir en 1999.
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Ces jeunes font ainsi partie dâune génération qui nâaura connu quâun seul Président, et fortement diminué avec ça, lui dont les deux derniers mandats ont été pénibles pour tout le monde.
Si le patient de Zéralda allait au bout de sa quatrième mandature, il bouclerait 20 ans de règne. Câest lââge de Abderraouf et Zakaria. Malik, le benjamin de notre «casting», nâétait même pas né au moment du retour aux affaires de lâancien homme fort du régime de Boumediène.
Quel regard portent-ils sur cette longue séquence «mugabesque» que sont les années Boutef ? Comment envisagent-ils lâavenir quand des voix de la banlieue du sérail se mettent déjà en campagne pour préparer lâopinion à un 5e mandat ? Parole à ces jeunes en or qui valent toutes les jeunesses doréesâ¦
«Quand jâétais prêt pour lâécouter, il a cessé de parler»
Salah Badis, 23 ans, est écrivain. Il aime se définir comme un «ouvrier du langage». «Câest mon côté gaucho», sourit-il. Diplômé en sciences politiques, il est surtout connu dans les milieux littéraires comme un poète atypique, à lâécriture singulière, lui qui sâest signalé par un recueil très remarqué publié en Italie : Dhadjar El Bawakhir (Le Spleen des paquebots, édition Al Moutawassit, 2016).
Salah est également cofondateur, aux côtés de lâécrivain Saïd Khatibi, du magazine en ligne Nafha (www.nafhamag.com/). Salah se pointe au café Eddy (rue Didouche Mourad) où nous nous étions donné rendez-vous, la tête coiffée dâun bonnet. La barbe qui orne son visage affable et les lunettes qui accentuent son regard malicieux et tendre achèvent de lui tailler le parfait portrait de lâintello⦠anar de gauche.
Mais il nâaime pas trop le mot «intellectuel» quâil trouve «piégé», tout comme le mot «jeune». «Lâavantage avec les lunettes est que ça te donne un air  »oulid familia » qui fait quâon ne tâarrête pas au niveau des barrages», sâesclaffe-t-il.
Lors de la première investiture de Abdelaziz Bouteflika en avril 1999, Salah avait cinq ans, lui qui est né en 1994 à Bachdjarrah. «Je suis né exactement un 14 juin, comme Che Guevara et René Char», glisse-t-il. Cela nous fait instantanément penser aussi à la fameuse marche des Archs du 14 juin 2001, violemment réprimée par la police. «Khatini, je nây étais pour rien, jâavais 7 ans», sâamuse-t-il.
Dâun ton plus sérieux, il raconte : «Mon plus ancien souvenir de Bouteflika, câest le jour de la passation de pouvoirs entre lui et Zeroual. Jâavais suivi la cérémonie à la télé. Il faut dire que tout le monde était pro-Boutef à lâépoque. Bouteflika était présenté comme le messie, le type qui va sortir lâAlgérie de la mélasse.»
«Après, je me souviens très bien des campagnes de 2004, 2009 et 2014. En 2014, câétait la première fois où je sentais que sa longévité au pouvoir mâaffectait vraiment et quâil fallait faire quelque chose», confie-t-il. Câétait le fameux 4e mandat, quâun large pan de lâopinion considérait comme le mandat de trop.
Il faut noter que le chef de lâEtat nâétait déjà plus tout à fait le même homme depuis son évacuation en urgence au Val-de-Grâce le 26 novembre 2005, officiellement pour un «ulcère hémorragique». «Finalement, la relation directe citoyen-Président, je ne lâai pas vue.
Quand il était en forme, jâétais trop jeune pour comprendre, et quand jâai commencé à mâintéresser à lui, quand jâétais prêt pour lâécouter, sâket, il a cessé de parler», explique Salah Badis.
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