Accro ou non au sucre, vous avez décidé de l’éliminer de votre alimentation. Plusieurs spécialistes vous expliquent comment votre corps réagira à ce nouveau régime.
Le sucre, une drogue pire que la cocaïne ? Après la cigarette et lâalcool, câest à lui que certaines renoncent en tout cas. Des livres témoignages tels que Zéro sucre (1) de la journaliste française Danièle Gerkens ou Câest décidé, jâarrête le sucre (2) de lâAustralienne Sarah Wilson font un tabac, et pour cause.
Lâexquise poudre serait responsable de nombreux maux comme notamment le surpoids, le diabète, la fatigue, les maladies inflammatoires et l’addiction. Il est admis quâarrêter de fumer du jour au lendemain se fait dans la douleur, mais en est-il de même pour le sucre ? Tremble-t-on tel un toxicomane en manque dès les premières heures de sevrage ? Quelles conséquences par la suite ? Adieu affreuse bouée du ventre et bonjour peau de bébé ? Plusieurs spécialistes nous répondent.
Un sevrage difficile
Si le sucre naturel présent dans les aliments ne pose pas de problème, le sucre ajouté par les industriels est souvent pointé du doigt, car présent à doses trop importantes, dangereuses et addictives. Une étude sur des rats, menée entre autres par le neurobiologiste et directeur de recherche au CNRS, Serge Ahmed, a démontré en 2007 que 90% de ces animaux préféraient lâeau sucrée… à la cocaïne.
Selon le scientifique, «dâautres études montrent quâun accès prolongé de trois à six semaines au glucose et saccharose â des formes de sucre â créent un état de dépendance chez les rongeurs ; lâon observe des symptômes de manque plus ou moins intenses lors du sevrage.»
En effet, le sucre agit sur les neurones comme une drogue et active le même mécanisme de récompense du cerveau.
En fonction de son niveau de consommation, sa suppression peut provoquer des sensations désagréables dès les premières heures. «Chez lâhomme, on peut observer une irritabilité, de lâanxiété et un état quasi dépressif pendant les deux premières semaines», explique Serge Ahmed.
La journaliste Rola Tarsissi le confirme. Quand elle a arrêté de manger du sucre pendant un mois pour son reportage Ma vie sans sucre : demain j’arrête ! (3) diffusé ce jeudi 18 janvier sur France 2, les dix premiers jours de privation ont été les plus pénibles. «Jâétais déprimée et tout le monde sâaccordait à dire que jâétais insupportable. Si je nâavais pas été dans lâobligation professionnelle de faire lâexpérience, jâaurais certainement craqué», admet-elle.
«Un dessert est une source de plaisir, si on le supprime, on sera forcément un peu déprimé. Certains se réfugient dans le sucre à lâoccasion dâémotions fortes, si on les en empêche, câest comme une béquille dont on se prive», souligne Laurence Plumey, médecin nutritionniste, auteure de Sucre, gras et sel (4).
Perte de poids
Après une période de transition plus ou moins difficile, une alimentation zéro sucre peut vous faire perdre du poids. Rola Tarsissi a perdu deux kilos en un mois malgré ses nombreuses raclettes et tartiflettes.
«Le sucre est l’aliment calorique par excellence. Sa consommation entraîne la sécrétion dâinsuline qui est une hormone de stockage. Le simple fait de diminuer sa consommation va faire baisser les apports caloriques et donc favoriser la perte de poids sans difficulté», résume la micro-nutritionniste Valérie Espinasse dans son livre Jâarrête le sucre (5).
Encore une fois, plus les excès étaient importants, plus la perte de poids le sera. Mais il ne sâagit pas non plus de sâempiffrer de kebab sous prétexte que lâon se prive de mousse au chocolat.
Plus dâénergie
Une meilleure énergie, une meilleure concentration, un meilleur sommeil… Lâarrêt du sucre serait le remède pour celles qui, malgré des nuits de dix heures, nâarrivent pas à mettre le pied hors du lit.
«Les sucres sont une source dâénergie mais vous épuisent quand vous en consommez trop fréquemment. Lâapport excessif en sucre favorise le développement des levures intestinales qui fatiguent le système digestif. Manger trop de sucre, trop fréquemment, expose également à un épuisement du pancréas, lâorgane secrétant lâinsuline», explique Valérie Espinasse.
Ainsi, après les difficultés du sevrage, la journaliste Rola Tarsissi sâest sentie revigorée. «Avant jâétais fatiguée au réveil malgré une bonne nuit de sommeil et jâavais un coup de pompe après le déjeuner. Mais passés les dix premiers jours, jâétais plus en forme», se souvient-elle.
Pour la médecin nutritionniste Laurence Plumey, ce regain dâénergie sâexplique surtout par une perte de poids, et peut aussi être purement psychologique, et non le fruit d’un véritable changement physiologique.
Elle l’illustre : «Quand on boit un jus de légumes verts, on se sent tout de suite mieux car on sait que lâon fait du bien à son corps. On peut avoir le même mécanisme si lâon réduit notre apport en sucre, surtout si l’on était dans lâexcès.»
Dans le cas de Rola, ses desserts riches en glucose après le déjeuner peuvent également expliquer sa fatigue.
«Quand on mange du sucre, le pancréas secrète de lâinsuline trop rapidement, et quand ce taux baisse on se retrouve en hypoglycémie et donc fatigué», précise la médecin nutritionniste.
Une plus belle peau ?
Nombreux sont les adeptes du no sugar assurant avoir une meilleure peau. Rola Tarsissi quant à elle, ne l’a pas constaté. «Je nâavais pas de problème particulier donc je nâai pas vu d’amélioration.»
Si toutefois vous êtes sujette aux boutons, la diminution des sucres peut avoir des bénéfices.
«La peau fonctionne comme un relais du foie : c’est un organe qui élimine les toxines, explique Valérie Espinasse. Chez les personnes ayant un foie qui fonctionne mal, l’excès de sucre ou dâautres substances, comme le gras ou lâalcool, se manifeste sous forme de boutons. Si vous nâétiez pas dans lâexcès et que vous nâaviez pas de boutons, lâarrêt du sucre ne va pas faire de miracle. Vous nâallez pas non plus mieux dormir si vous nâaviez pas de problèmes de sommeil.»
Ne plus manger de sucre nâest donc pas la solution à tous vos problèmes (sommeil, humeur, poids, voire de couple). Mais prendre conscience de son alimentation et de son apport en sucres pourrait être la voie à suivre.
«Il faut se méfier des attitudes extrêmes et manger de tout», conclut Laurence Plumey.
Modération quand tu nous tiens.
![]()
(1) Zéro sucre, Danièle Gerkens, Ãd. Les Arènes, 17â¬.
(2) C’est décidé, j’arrête le sucre !, Sarah Wilson, Ãd. Larousse, 14,90â¬.
(3) Ma vie sans sucre : demain j’arrête ! (3), diffusé dans l’émission «Complément d’enquête», ce jeudi 18 janvier sur France 2, à 22h50.
(4) Sucre, gras et sel, Laurence Plumey, Ãd. Eyrolles, 16,90â¬.
(5) J’arrête le sucre !, Ãd. First, 14,95â¬.













