[Tribune] Covid-19 en Afrique. Des personnes font la queue pour recevoir des subventions sociales dans un bureau de poste de Port Elizabeth, en Afrique du Sud, le vendredi 13 novembre 2020. Quâattendons-nous pour faire confiance aux jeunes ?
Il y a un an aujourdâhui, le Covid-19 était officiellement requalifié en « pandémie » par lâOMS, qui reconnaissait ainsi son caractère mondial.
Un an et plus de 100 000 morts plus tard, il est plus que temps pour lâAfrique de reconnaître â et surtout dâencourager â le rôle joué par sa jeunesse dans la lutte contre le virus.
Les catastrophes sont des événements qui permettent aux jeunes de faire ressortir leur esprit et leur pouvoir de création, de même que leur sens des responsabilités.
Un an après le début de la pandémie de Covid-19, alors que les Ãtats continuent de sâadapter à ce nouveau mode de vie, les jeunes ont su rivaliser dâingéniosité afin dâapporter des réponses contre la progression de la maladie.
Au moment où la pandémie a frappé le monde, lâAfrique de lâOuest était lâune des régions les moins préparées à lutter contre ce fléau. La Covid-19 a mis à nu les limites des Ãtats à gérer une telle crise sanitaire et ses impacts socio-économiques.
Covid-19 et des problèmes de sous-financement des soins de santé
Déjà confrontée à des problèmes de sous-financement des soins de santé, la région faisait aussi face à lâabsence de systèmes de protection sociale décents tel que lâindiquait Oxfam en 2019 dans son indice sur lâengagement des Ãtats ouest-africains à réduire les inégalités.
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Résultat : la pandémie de Covid-19 et le virus des inégalités accélèrent leur progression dans la région.
Pour inverser la tendance, freiner lâévolution de la pandémie et réduire ses effets socio-économiques, les Ãtats ont préféré miser sur les acteurs et partenaires traditionnels.
Mais la lutte contre la pandémie aurait certainement été plus efficace sâils avaient fortement impliqué les jeunes comme acteurs de premier plan de la stratégie de riposte.
La jeunesse est une solution et non un problème
En 2018, 64 % de la population ouest-africaine avait moins de 24 ans. Si dâaucuns perçoivent ces jeunes comme des propagateurs supposés de la maladie, câest pourtant en partie grâce à eux que la région a enregistré moins de victimes quâailleurs dans le monde.
Véritablement engagés à lutter contre la pandémie, ils ont été au cÅur du dispositif de riposte.
Ces derniers mois, AfricTivistes â qui défend les droits des jeunes en Afrique â a cartographié un échantillon de plus dâune centaine dâinitiatives portées par des jeunes ouest-africain-e-s (de 10 pays), individuellement ou collectivement et de manière spontanée, pour contribuer et compléter lâeffort des pouvoirs publics dans la lutte contre la Covid-19.
Lâanalyse de ces données récoltées a permis de mieux cerner la question et de produire un rapport analytique qui démontre lâengagement des jeunes à faire face à cette crise sanitaire.
LâENGAGEMENT DE LA JEUNESSE EST UN INDICATEUR QUI VIENT DÃCONSTRUIRE LES PRÃJUGÃS ET IDÃES REÃUES
Nous avons constaté que dans la majorité des cas, les activités menées (74 %) portent sur lâaccès aux kits dâhygiène, le renforcement de la connaissance sur la maladie, la déconstruction des fausses informations, lâadoption des gestes barrières, la mobilisation des communautés et la mobilisation de ressources au service de celles-ci.
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Dâautres initiatives très novatrices ont porté sur lâutilisation de la technologie (23 %) afin de mettre au point des prototypes pour la prévention (unités de désinfection).
Câest dans cette logique que lâinnovation de la jeunesse nigérienne â notamment la structure IPREN Energy â a créé une « machine dâassistance respiratoire » qui utilise des composants intelligents et un algorithme dâintelligence artificielle pour contrôler et réguler automatiquement les différents paramètres respiratoires dâun patient.
Elle consiste à procurer au patient du gaz mélangé à lâoxygène à dose bien déterminé avec une pression et un volume bien calculé.
Sans oublier les initiatives majoritairement centrées sur la transparence, la redevabilité mais aussi la gestion des fonds publics alloués à la lutte contre la pandémie (3 %).
Par exemple, lâorganisation « Gambia Participates » a mené une étude sur la gestion des fonds Covid-19 et la prestation efficace des services de santé publique.
Elle a aussi tenu des discussions sur le rôle de la société civile dans la transparence budgétaire, notamment la redevabilité du gouvernement dans lâutilisation des fonds Covid-19.
Lâengagement de la jeunesse, à travers ces initiatives développées face à la Covid-19, est un indicateur, objectivement vérifiable, qui vient déconstruire les préjugés et idées reçues relatives au rôle et à la place des jeunes dans la conduite des affaires de la cité.
Un manque de moyens
Pour autant, les appareils étatiques semblent ne pas accorder trop dâimportance à cet engagement de la jeunesse. En effet, on constate que 62 % de ces initiatives cartographiées ont eu recours à lâautofinancement (propres ressources, crowdfunding), faute dâavoir pu obtenir un soutien de leur gouvernement.
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Selon Hamani Moussa Boureima de lâAssociation des jeunes actifs (AJC) au Niger, « les autorités ne sont pas à lâécoute des jeunes et ne pensent pas que notre activité puisse être une réussite ».
En revanche, il apparaît clairement quâen termes dâaccessibilité, de disponibilité et de réceptivité face aux initiatives des jeunes, les autorités locales et coutumières ont répondu plus présentes que les autorités administratives et politiques. Les synergies réussies ont donné les résultats les plus probants sur le terrain.
PRÃPARER LâAVENIR AFRICAIN POST-COVID, CâEST AUSSI REBÃTIR UN CONTRAT SOCIAL DANS LEQUEL LA JEUNESSE A TOUTE SA PLACE EN TANT QUâACTEUR-CLÃ
Le financement nâa pas été un frein à la mobilisation de la jeunesse africaine, même si la faiblesse des moyens et le manque de reconnaissance a limité la couverture et lâenvergure des actions.
Ainsi, une amélioration de lâaccès des jeunes aux financements impacterait positivement sur leurs actions.
Préparer lâAfrique de demain
Les jeunes sont les plus durement impactés par la pauvreté en période de pandémie. Préparer lâavenir africain post-Covid, câest aussi rebâtir un contrat social dans lequel la jeunesse a toute sa place en tant quâacteur-clé.
Ce contrat social et de confiance accompagnera aussi les gouvernants à mieux protéger les populations et à construire un avenir inclusif.
Les activistes et les mouvements sociaux devraient être en mesure dâagir dans un espace civique qui garantit leurs droits, les valorise et leur permette de se renforcer. Alors, quâattendons-nous pour faire plus confiance aux jeunes ?
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Par Cheikh Fall |
Président d’AfricTivistes, la Ligue africaine des blogueurs et web activistes pour la démocratie













