Le football français semble toujours plus sensible à la sacralisation totale du 5 mai, afin de rendre hommage aux victimes de la catastrophe de Furiani.
Malgré les nombreux messages de soutien, les instances continuent à privilégier l’intérêt sportif argumentant qu’un changement de calendrier est trop compliqué à organiser.
Seulement, les nombreux reports de matches dus à la crise des Gilets jaunes démontrent le contraire et le combat du Collectif des victimes du 5-Mai 1992 est plus que jamais d’actualité.
Depuis plusieurs jours, les messages de soutien, toujours plus nombreux avec le temps, affluent. Joueurs, entraîneurs, dirigeants, clubs, groupes de supporters, personnages incontournables du monde du football, ils prennent tous la parole pour sâengager en faveur dâune sacralisation du 5 mai.
Saint-Etienne jouera même à Monaco, à lâoccasion de la 35e journée de Ligue 1, ce dimanche avec un maillot spécial : « lâASSE nâoubliera jamais »inscrit en français et en corse. Un message fort à lâadresse des instances du football français.
La revendication est simple. Il ne doit plus y avoir de matches, amateurs comme professionnels, en France le 5 mai, en hommage aux victimes (18 morts, plus de 2 000 blessés) de la catastrophe de Furiani en 1992.
ð¸ Le maillot que les Verts porteront à l'échauffement ce dimanche ð @AS_Monaco. Chaque maillot sera ensuite dédicacé par l'ensemble du groupe pro et vendu aux enchères au profit du @Collectif5mai92 ! ðµâ«ï¸ ð
— AS Saint-Ãtienne (@ASSEofficiel) 3 mai 2019
Câest le combat du Collectif des victimes du 5-Mai 1992 (Furiani) depuis plusieurs années. Autrefois ignoré par les instances, le Collectif trouve plus dâéchos à ses demandes depuis une petite décennie. Pour les 20 ans du drame en 2012, aucun match nâavait eu lieu à la date du 5 mai. La même année, le candidat à la présidentielle et futur Président de la République François Hollande avait apporté son soutien au collectif.
Quelques semaines après lâélection, la FFF avait créé une commission dâenquête présidée par le journaliste Jacques Vendroux, gravement blessé lors de la catastrophe, qui devait « faire des propositions sur les manifestations et événements permettant de se souvenir » de Furiani. Mais câest en juillet 2015 que les éléments ont véritablement bougé.
Seuls les samedis 5 mai sont gelés
Sous lâimpulsion du ministère des Sports, et surtout de son secrétaire dâÃtat chargé des Sports, Thierry Braillard, le dialogue est renoué entre la fédération et la ligue dâun côté, le collectif et un groupe dâélus locaux de lâautre.Â
« On a décidé avec le président Hollande de répondre concrètement à cette demande. Il y a eu plusieurs propositions, puis ensuite une finalisation. Câest passé par plusieurs choses. Il y a eu des bourses qui devaient être données pour des études concernant le supportérisme, une plaque commémorative qui a été apposée au ministère des Sports. Et puis il y avait un accord avec la fédération et la ligue pour quâil nây ait pas de matches amateurs le 5 mai », nous a confié lâancien membre du gouvernement.
Une autre décision est prise. Désormais, on ne jouera plus un match de football en France le 5 mai, seulement si ce jour tombe un samedi. Résultat, en 2018, aucun match ne sâest déroulé. Le Collectif nâest pas entièrement satisfait. Il demande une sacralisation totale de cette date même si câest toujours ça de pris.Â
« Ãa allait dans le bon sens. Ãa a été apparemment très difficile pour eux (le gouvernement dâalors, ndlr) dâobtenir le samedi 5 mai. Câest une avancé mais câest absurde, pourquoi juste le samedi ? Soit on gèle, soit on dit non. Ãa paraît fou. Quâest ce que ça leur coûte ? » regrette Josepha Guidicelli, la présidente du Collectif des victimes du 5-Mai 1992, interrogé par nos soins.
La LFP considère mal une vague de protestations qui grandit
Ãvidemment, la question dâétendre la sacralisation au-delà des samedis 5 mai sâest posée à lâépoque mais une divergence est apparue selon Thierry Braillard : la coupe dâEurope. Que faire si un club français doit disputer un match européen à cette date ?Â
« On ne peut pas sacraliser le 5 mai (Furiani), assure lâancien secrétaire dâÃtat. Autant sur les compétitions organisées en France et par les structures dépendant de la fédération, on peut le faire. Quand câest organisé par la FIFA ou lâUEFA, câest plus délicat. Ce sont elles qui décident. Câest pour ça que dire sacraliser le 5 mai, câest une ineptie. Il se peut quâun jour le 5 mai tombe un mercredi, jour par exemple dâune demi-finale de Ligue des Champions. Câest la raison pour laquelle on avait dit que les samedis 5 mai il nây aura pas de matches, ce qui est arrivé lâan passé. Je leur avait dit au collectif, on ne peut pas influer auprès de lâUEFA. »
Cette année, câest un dimanche qui tombe le 5 mai. La LFP a donc publié son calendrier à la mi-avril, prévoyant la tenue de cinq rencontres à cette date. « Les instances du football français nâont toujours pas pris en compte la portée de ce drame. Cette demande est essentielle afin quâune prise de conscience collective soit réalisée pour la plus grande catastrophe du sport français », sâest emporté le Collectif dans un communiqué.
Câest un véritable camouflet dâautant que Nathalie Boy de la Tour, la présidente de la LFP, lui avait promis lâété dernier dâouvrir un dialogue sur la sacralisation du 5 mai, en plus dâêtre présente cette année aux commémorations. Elle ne sera finalement pas à Furiani et a refusé de reprogrammer les matches à une date ultérieure.
Les arguments des instances ne tiennent plus quâà un fil
Le Collectif lâa aussi mauvaise car si la ligue répond défavorablement à ses demandes de sacralisation du 5 mai, câest à cause du calendrier trop chargé. Or la donne a changé depuis lâautomne.
Avec le mouvement des Gilets jaunes, de nombreux matches ont été reportés à la demande des préfectures car ces manifestations mobilisaient dâimportantes forces de police.Â
« On lui a demandé de reporter puisquâapparemment, câest facile de reporter des matches. Mais elle a répondu par la négative. Dans sa lettre, elle renvoie un peu la balle au gouvernement. Le gouvernement renvoie la balle aux instances. Câest fatigant », déplore Josepha Guidicelli.
« On est face à lâincompréhension car leur argument ne tient pas la route. On nous a dit que câétait très difficile de geler une date dans le logiciel qui fabrique le calendrier. On nous prend pour des imbéciles. Ils nâont pas envie. Ils nâen ont rien à faire. On a beau leur dire que Furiani, câest la plus grande catastrophe de leur sport, ça fait partie intégrante de lâhistoire du football français, câest une partie triste mais ils nâen ont rien à faire. Nous avons des fausses excuses. Je ne sais pas pourquoi ça les embête à ce point de sacraliser cette date. Surtout quâil nây a pas des week-ends tous les ans le 5 mai » souligne la présidente de lâassociation, qui ne veut plus que ce drame soit réduit à une affaire corse.
Une nouvelle réunion doit avoir lieu sur Furiani
Lâagacement est palpable car si en plus le politique a pu un temps faire avancer les choses face aux instances, il semble que sous le gouvernement dâEdouard Philippe, la donne ne soit pas vraiment la même.
Nommée ministre des Sports en septembre dernier, Roxana Maracineanu est apparue particulièrement embêtée le 14 avril dernier sur BFM TV avant de déclarer quâelle nâavait « pas forcément dâavis sur la question » de la sacralisation du 5 mai. Face au tollé provoqué, la ministre avait été contrainte sur Twitter de préciser le fond dâune pensée proche du « ni-ni ».
Depuis, elle a contacté Josepha Guidicelli et devrait finalement réunir les différents acteurs de ce dossier dâici la fin de saison.
La catastrophe de Furiani reste une blessure béante pour tous les supporters de football, en particulier les Corses et les Marseillais. Ne pas jouer pour se souvenir, jouer en commémorant, je nâai pas la solution parfaite. Lâessentiel c'est le respect de la mémoire des victimes.
— Roxana Maracineanu (@RoxaMaracineanu) 20 avril 2019
Lâancien secrétaire dâÃtat chargé des Sports a lui aussi fait gazouiller son compte sur le réseau social. Une prise de position assumée.Â
« Il faut comprendre aussi que ce nâest pas simple de gérer les calendriers, en plus avec tous les matches qui ont été reportés. Maintenant, on reporte des matches car on estime quâà cause des Gilets jaunes il nây a pas assez de force de sécurité pour contrôler la sécurité dâun stade. On peut aussi reporter des matches car il y a eu des centaines de blessés et 18 morts dans un stade en France. »Â
Retiré de la vie politique aujourdâhui, Thierry Braillard propose que les accords signés en 2015 aillent désormais plus loin.
Quand on nâarrête pas de reporter des matchs par manque de sécurité, il me semble quâen hommage à ceux qui ont été blessés ce jour où qui ont trouvé la mort, la â¦@LFPfrâ© sâhonorerait de programmer aucun match le 5 mai 2019. â¦@Collectif5mai92â© https://t.co/dAElVFcOCi
— Thierry Braillard (@Th_Braillard) 18 апÑил 2019 г.
Des réflexions sont à mener
Il évoque par exemple la possibilité dâétendre les samedis 5 mai à lâensemble du week-end concerné, sans pour autant geler cette date. « Là je pense quâon pourrait rajouter le vendredi et le dimanche. Par contre je ne suis pas pour sacraliser le 5 mai, quel que soit le jour. Ãa, ça peut être une avancée par rapport à lâaccord quâon avait passé », nous a-t-il précisé. Une piste parmi dâautres.
En attendant les prochaines réunions, cinq rencontres de championnat se tiendront ce dimanche. La LFP a prévu une minute de recueillement avant les coups dâenvoi, et une journée dâétude sur la question du supporterisme est organisée par la famille Guidicelli mais le petit monde du football français semble toujours plus sensible à la cause du Collectif. Les instances ne pourront faire la sourde oreille bien longtemps.
Journée dâétude « Figures de supporters, le supporterisme en question » Intervention de Lauda Guidicelli psychologue « Le supporter : entre identité individuelle et phénomènes de groupe »#PasDeMatchLe5Mai pic.twitter.com/MxmSuUUtzY
— Didier Grassi (@Nebbiulinchu) ಮೠ4, 2019













