Elhadji Khouma est un chef dâentreprise au parcours atypique. Scolarisé jusquâen CM2, il quitta très tôt les salles de classe pour vivre sa passion. Jeune, il se lance ainsi dans le secteur du transport, influencé par la plupart des membres de sa famille. Khouma commence dâabord comme apprenti chauffeur après être passé par la mécanique, puis la soudure. Doté dâun permis de conduire, il acquiert progressivement de lâexpérience puis se sa lance dans lâauto entreprenariat. Depuis 2014, il est le Directeur général de Khouma et Co. Une entreprise spécialisée dans la vente de béton, du terrassement, de la construction de caniveau.
Câest à Sicap Liberté 3, à quelques minutes du Jet dâeau que lâentrepreneur établi son QG. Homme robuste, teint noir, la quarantaine bien entamée, Elhadji Khouma affiche une bonne mine. Dans son bureau, un tas de documents sont soigneusement rangés de part et dâautres dâune table.
Marié à une femme et père de trois enfants, ce «kadior kadior» mène une vie simple, ordinaire et ne distingue pas le poulet rôti de la bouillie. En dâautres termes, il nâa pas de préférence en termes dâalimentation.
Né en 1976 à Tivaouane (Thiès), Elhadji Khouma a été confié très jeune, à lââge de six ans à sa grand-mère Ami Ndoye, à Sébikotane. Câest elle qui lâa élevé et inscrite à lâécole primaire. Mais ce nâétait apparemment le chemin de son destin. Câest pourquoi il quittera précocement les bancs.
«Jâai fait lâécole jusquâen classe de CM2. Le fait que beaucoup de membres de ma famille évoluaient dans le secteur des transports mâa influé. Mon père lui était un policier. Finalement je ne voyais que les voitures. Vers les années 90 jâai fait la mécanique et la soudure mais je ne voulais pas de ces métiers. Toutes mes pensées étaient rivées vers le transport», raconte-t-il.
Elhadji Khouma apprenti chauffeur
En 1992 Elhadji Khouma devient apprenti chauffeur. « Je partais avec des camions qui transportaient des denrées, des légumes des fruits, de la Casamance vers les autres régions du Sénégal mais aussi du pays vers la sous-région. Jâai fait ce métier pendant 10 ans.», Confie-t-il.
Mais lâhomme nâa pas les ambitions limitées. Son rêve est grand et il va se donner les moyens pour y arriver. Ainsi, en 2001, il décroche son permis de conduire. Objectif ? Passer le cap de la formalisation. Il va rejoindre le groupe Diprom pour.
« A partir de ce moment, je me suis dit que ce nâest pas le milieu informel qui va satisfaire mon besoin réel en matière de transport. Câest là que jâai intégré le groupe Diprom. Avec le temps, il mâont confié le département de la manutention. Jâai travaillé avec eux pendant 8 ans sans quâaucune explication ne me soit demandée par mes supérieurs ; et je nâai jamais pris du congé à cause de mon amour du métier».
La longue carrière à Gecamines et le début dâun parcours professionnel
Malgré ses états de service excellents et la confiance dont il jouissait, en 2006, Khouma arrêta lâaventure avec Diprom. Il va rejoindre dâautres entreprises comme Holding Guèye, SNTT, La Générale des Carrières et des Mines (GECAMINES).
Câest justement dans cette dernière société où il battra le record de longévité. Là -bas aussi, il a la confiance du boss, avec des états de service toujours appréciables.
«A Gecamines aussi jâai géré la manutention. Je mâoccupais également du dépannage des voitures et la gestion des mines et des frets. Jâai réalisé là -bas un excellent travail. Câest ainsi que le directeur général mâa demandé de démissionner pour quâil achète des voitures que je vais gérer, car, dit-il, mon travail le convenait. Il a acheté les voitures en 2012. Mais avant même 2014, jâai réalisé dâexcellents résultats. Le patron est par la suite rentré en France en me laissant avec les camions, mais en mettant en rapport avec un de ses partenaires dont je suis devenu lâadjoint. Avec mon nouveau chef, nous avons aussi fait dâexcellents résultats en un temps record», se félicite-le quadragénaire. Depuis 2014, le nom Elhadji Khouma était bien connu dans le secteur des mines, du transport et du génie civil cumulé. «Je travaillais avec plusieurs entreprises à la fois. Je faisais entrer 89 camions au Port autonome de Dakar. Je connaissais bien le secteur. Je commençais à avoir des bons de commande de 10.000 tonnes que je gérais en une semaine. Je payais la sous-traitance et prenais ma marge. Jâai continué ainsi en décrochant marché après marché.», explique le chef dâentreprise.
Khouma et Co, lâaccomplissement
En 2014, Elhadji Khouma décida de mettre sur pied sa propre entreprise, sur fonds propres entreprise, quâil dénomma Khouma.
Son collaborateur dont il était lâadjoint lui donna alors ses propres camions quâil exploitait sous le régime de la sous-traitance. Un bon coup de pouce qui permettait à chacun de trouver son compte.
«Je le payais au même titre que les autres transporteurs pour qui je travaillais. Jâavais une marge de 250 à 300 F FCA sur chaque camion. Je me retrouvais avec presque 3 000 000 F CFA comme recettes tirées de cette marge», explique Khouma.
Les difficultés ne manquaient pas. Petit à petit, lâoiseau fait son nid. En 2016, il passe à la formalisation de lâentreprise en SUARL.
«Comme vous le savez, il y a des brebis galeuses dans tous les milieux, des entreprises qui nâexistent que de noms et qui gâchent la performance des autres.(â¦) Câest en fin 2017 que nous avons mené des activités qui ont redressé lâentreprise».
Une équipe qui regarde dans la même direction
Khouma et Co est une équipe qui travaille par conviction et non pas seulement pour le gain «Je peux vous dire que nous sommes toujours en phase dâorganisation.
Nous ne nous pressons pas. Aujourdâhui vous mâavez trouvé au bureau mais je suis un homme de terrain. Je descends sur le terrain et me confonds avec le personnel.
Nous sommes réunis ici car ayant la même vision et les mêmes objectifs. Nous sommes 13 personnes dont la majorité fait un travail de terrain.
Nous travaillons dans la vente de béton, le terrassement, la construction de caniveau, tout ce qui est génie civile dâune manière général», laisse entendre le jeune directeur général ».
Avec son expérience personnelle, Khouma a compris et conseille ses compatriote de ne pas tout attendre de lâEtat car celui-ci ne peut pas tout faire Il faut être entreprenant, prendre ses initiatives en premier.
«Il faut commencer quelque chose et solliciter lâEtat après. Je ne suis pas dâaccord avec les gens qui disent quâil nây a pas dâemploi au Sénégal. Il y en a, mais câest le comment accéder à ces emplois et lâorganisation qui pose problèmes. La formation doit aussi être un préalable pour tout financement », conseille-t-il.
En revanche, en matière dâattribution des grands marchés publics, le chef dâentreprise plaide pour une préférence nationale dans le lancement des appels dâoffre.
«Je demande solennellement aux autorités de revoir les appels dâoffres en favorisant les nationaux. Dire que lâEtat ne fait rien câest trop dire, mais il peut et doit faire plus. Le gouvernement doit prendre le risque et le courage de mettre en avant les fils du pays dans les projets étatiques», propose le chef dâentreprise.
«Des étrangers réalisent aujourdâhui des chantiers que des fils du pays sont capables de faire. Je pense que 70 à 75% des marchés publiques devraient être donnés aux nationaux et le reste aux étrangers», insiste le patron de Khouma et Co.
En tant que chef dâentreprise Elhadji Khouma est aussi un homme de réseau au carnet dâadresse bien fourni comme le note son épouse.
Madame Khouma trouve en son époux un homme pondéré, humble, pas du tout rancunier, respectable et respectueux. Dévoué pour sa famille et pour ses amis, il veut quâon lui rende bien le respect quâil donne aux autres.
«Il croit en son travail. Il respecte et considère tout le monde. Je sais aussi quâil a beaucoup de connaissances dans le milieu où il évolue mais aussi dans le milieu politique. Il ne garde pas la colère. Il nâest pas avare et il et calme. Il ne manque de respect à personne et ne veut pas quâon lui manque de respect. Il tient à sa famille, à ses voisins et ses amis. Il se soucie beaucoup des autres. Parfois il lui arrive de me demander de patienter pour satisfaire le besoin dâautrui», souligne son lâépouse de Khouma.
Elhadji Khouma raconté par ses proches et collaborateurs
Indépendamment de sa famille, ses employés sont les mieux placés pour juger des qualités humaines intrinsèque de Elhadji Khouma. Et ces derniers ne tarissent pas dâéloges à lâendroit de leur patron. Câest le cas du chargé dâexploitation Samba Faye qui insiste sur la constance, la bienveillance et lâouverture de Khouma.
«Ce quâon peut dire sur notre directeur général peut prendre un container mais on va juste le résumer. Câest vraiment quelquâun de joviale. Il est toujours souriant, il est aussi accueillant. De ce quâon connait de lui, on peut dire que câest quelquâun dâextraordinaire. Depuis quâon est là . On nâa jamais constaté de changement sur sa personne. Il est resté le même : souriant et travailleur. Les relations sont tout simplement extraordinaires».
Son assistante, Maty Biteye abondant dans le même sens, met en exergue lâaltruisme et lâardeur au travail du chef dâentreprise.
«Câest un patron très attentif. Le bien-être de ses employés passe avant tout. Il est très humain avec ses employés, les mots me manquent même pour le qualifier. Il très ouvert et accessible. Il nâa pas de problème et il tes rigoureux dans le travail».
Par Coumba Ndoffène DIOUF












