Entretien Exclusif ! Aviation et 5G: «La situation est complexe et résulte d’un défaut d’anticipation» de Washington

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Aviation et 5G: «La situation est complexe et résulte d’un défaut d’anticipation» de Washington. Les compagnies aériennes américaines craignent que le déploiement des nouveaux services des géants des communications n’entraîne le chaos dans le ciel.

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Aviation et 5G: «La situation est complexe et résulte d’un défaut d’anticipation» de Washington

Les opérateurs de téléphonie mobile, AT&T et Verizon, acceptent de retarder temporairement le déploiement de la 5G autour de certains aéroports aux États-Unis. Un geste salué par le président Joe Biden. La FAA, inquiète de possibles interférences avec les appareils de bord des avions, exige des ajustements. Entretien.

Les deux géants devaient activer cette nouvelle technologie d’internet mobile ultra rapide dans l’ensemble du pays mercredi 19 janvier. Mais les compagnies aériennes américaines ont poussé un cri d’alarme. Elles craignent que le déploiement de ces nouveaux services n’entraîne le chaos dans le ciel. Les transporteurs américains ont raison de s’inquiéter, estime Xavier Tytelman, consultant aéronautique pour Aviation NXT.

Des bandes de fréquence 3,7-3,8 GHz ont été attribuées notamment à AT&T et Verizon en février 2021 à l’issue d’un appel d’offres de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Depuis, les transporteurs américains ne cessent de mettre en avant des interférences possibles avec les deux instruments de bord des avions. Quels problèmes concrets pourraient surgir ?

Xavier Tytelman : Quand un avion atterrit sur un aéroport dans lequel il n’y a pas de visibilité, il est obligé d’utiliser des systèmes de guidage de précision, et notamment un appareil qui s’appelle une radiosonde et qui permet d’avoir son altitude en utilisant une sorte de radar tourné vers le bas. C’est-à-dire qu’on « radarise » le sol. La 5G, pour certaines bandes de fréquence, utilise la même fréquence que les radiosondes. Et donc potentiellement, elle pourrait perturber certaines approches. Ces cas restent toutefois très rares.

Le problème, c’est qu’aux États-Unis beaucoup de bandes de fréquences ont été attribuées à un grand nombre d’opérateurs différents, y compris celles qui sont normalement utilisées par des appareils des avions. Du coup, ce que demandent les compagnies aériennes américaines, c’est soit d’adapter les fréquences qui sont attribuées aux différents titulaires de la 5G, soit de réduire la puissance des émetteurs qui seraient installés autour des aéroports pour ne pas perturber les machines. Sachant que dans tous les cas ça coûtera beaucoup d’argent, soit aux compagnies aériennes si elles devaient modifier tous leurs boîtiers, soit aux opérateurs de la téléphonie mobile. La situation est complexe et résulte d’un défaut d’anticipation de la part du gouvernement américain.

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La Corée du Sud a commencé à commercialiser ses premiers réseaux de la 5G dès 2019. Trois opérateurs nationaux, SK Telecom, KT et 3 LG Uplus ont participé aux enchères d’attribution de bandes de fréquence. Le pays compte 20 millions d’utilisateurs de la 5G. Utilisateurs pas toujours contents à cause de la qualité insuffisante du réseau ou du prix élevé. Mais qu’en est-il des avions ?

Forcément, quand vous avez beaucoup de demandeurs de bande de fréquence en 5G, vous ne pouvez pas les mettre tous sur les mêmes bandes. Au point que certaines de ces bandes peuvent se rapprocher de celles utilisées par les appareils des avions. Et ça, c’est le problème des États-Unis qui ont beaucoup d’opérateurs mobiles, mais aussi beaucoup de vieux avions [aux États-Unis, les enchères 5G ont attiré 57 enchérisseurs potentiels qui ont déboursé quelques 76,5 milliards de dollars. Certaines entreprises, telles que Verizon, AT&T, Dish et Comcast, se sont endettées pour acquérir leurs précieuses bandes de fréquences 5G, ndlr]. En Corée du Sud, ils ont anticipé le problème et là-bas il n’y a eu aucune interférence.

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Et en France, le problème a-t-il été anticipé ?

La Direction générale de l’aviation civile, la DGAC, a dès le départ demandé à ce que sur les approches des aéroports, les réseaux de la 5G soient d’une puissance plus faible que le maximum potentiel. L’objectif, c’est que les avions ne reçoivent pas le signal de la part de la 5G qui soit plus puissant que le signal de leurs propres radiosondes. Donc, oui, il y a eu en France une anticipation pour éviter qu’il y ait le moindre problème. Et a priori, la certification s’est passé sans un couac jusqu’à présent.

Mais je vous assure, les avions ont toujours deux à trois heures de carburant pour changer, en cas de besoin, d’aéroport afin d’atterrir. Le problème, c’est que la bifurcation perturbe potentiellement 200 000 à 300 000 personnes qui voient leurs vols annulés, décalés, et cela coûte évidemment une fortune.

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