Ces techniques forment ce que l’on appelle communément la chaîne graphique. Elles vont de la composition des textes au façonnage (reliure, pliure, brochure…) en passant par le traitement des illustrations (photogravure), l’impression et la relecture.

L’expression « industries graphiques » est apparue après la Seconde Guerre mondiale pour remplacer le terme « imprimerie », trop général.

Histoire

Article détaillé : histoire de l’imprimerie.

L’histoire de l’imprimerie est étroitement liée au développement de l’humanité et de la culture.

Depuis que l’homme a développé ses moyens d’expression (représentations artistiques, théâtre…), il a cherché à pérenniser ses œuvres et à les diffuser.

Johannes Gutenberg, inventeur de la presse mécanique…

Des scribes dans l’Égypte antique, qui gravaient sur la pierre et écrivaient sur papyrus aux moines copistes médiévaux, qui passaient leurs journées à reproduire des œuvres — religieuses pour la plupart — en les recopiant à la main, l’homme a régulièrement essayé d’automatiser ces moyens de copie.

L’imprimerie permet ainsi une diffusion rapide et à moindre coût du savoir.

Elle permit à ses premiers inventeurs, les Chinois, de diffuser le bouddhisme, l’écriture et l’essentiel de la culture chinoise (musique, peinture, calligraphie, architecture, textile, etc.), en Corée, puis au Japon.

En Extrême-Orient

On a retrouvé dans la tombe de Mawangdui, iie siècle av. J.-C., dynastie Han, à Changsha, un tissu avec des motifs répétés par impression, auxquels sont ajoutés manuellement des dessins en peinture.

Xylographie

La xylographie a été pratiquée dès le viie siècle en Chine. Les plus anciens xylographes ont été découverts :

  • En Chine, en 642 : une peinture datée de cette année-là dans la grotte no 220, des grottes de Mogao, à 15 km au sud-est de Dunhuang, représente des fidèles regardant avec des lampes, sept images similaires aux impressions trouvées dans la grotte no 17, datées de la seconde moitié du viie siècle, imprimées en xylographie à l’encre sur papier. Elles représentent un bouddha portant un bol dans ses mains, faisant penser au bouddha de la médecine, Bhaisajyaguru, mais pouvant également être Shākyamuni. Entre 650 et 670 : un exemplaire du Dharani sutra, découvert en 1974 à Xi’an, la capitale de la dynastie Tang, au Shaanxi1. Un second daté de 690 à 699 reproduit le Snddharma pundarik1 ;
  • En Corée, entre 704 et 751 : le Dharani sutra de la lumière pure, de 63 × 8 cm, découvert en 1966, au temple de Bulguksa, à Kyongju2 ;
  • Au Japon, entre 764 et 770 : une autre version du Dharani sutra, imprimé en chinois à un million d’exemplaires, de généralement 6 × 45 cm, avec d’autres prières et scellé dans de petits stûpa en bois par l’impératrice Kōken, appelé aussi Hyakumantō Darani. Plusieurs centaines de ces petits documents nous sont parvenus ;
  • En Chine :
    • Au ixe siècle : Wang Jie imprime le Sūtra du Diamant, rouleau de cinq mètres daté de 868, livre sacré bouddhique illustré, trouvé en 1907 dans les grottes de Mogao et conservé à Londres (British Library)3. Le colophon précise que l’ouvrage a été réalisé pour libre distribution universelle par Wang Jie le treizième jour de la quatrième lune de la neuvième année de l’ère de Xiantong (soit le 11 mai 868)4 ;
    • Au xe siècle : impression xylographique polychrome sur un thème bouddhiste, dans la province du Shaanxi ;
    • Wu Zhaoyi (en), pendant la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes (907-960), un des pionniers de l’impression privée de livres. avec des ouvrages tels que Wen Xuan (文选), Chuxueji (zh) (初学记), Bai shi liu tie (zh) (白氏六帖)5 ;
    • Au xie siècle: sous la dynastie Song du Nord, sont imprimés les billets de banque, appelés jiaozi, les plus anciens connus à ce jour. La plus ancienne publicité, imprimée à partir d’une plaque de bronze, date également de cette dynastie ;
    • À partir de 1150 : des billets de banque sont imprimés par la dynastie Jin qui contrôle le nord-est de la Chine. À partir de 1200, Gengis Khan commence ses raids sur la dynastie Jin et les Mongols empruntent les techniques chinoises ;
    • Au xiiie siècle : Chabi, épouse de Kubilai Khan, empereur mongol de la dynastie Yuan, gouvernant la Chine depuis Pékin, favorise l’imprimerie en tibétain6.

Impression manuelle

Les presses mécaniques n’étaient pas utilisées avant l’importation de presses européennes : l’impression se fait manuellement, la matrice gravée est enduite d’encre à l’aide d’une brosse ressemblant à un gros blaireau, en Chine. La page est ensuite imprimée manuellement, en frottant le verso de chaque feuille avec l’outil approprié :

  • En Chine, on utilise une sorte de petite poutre en bois, entourée de tissu et poussée le long de la feuille, permettant une poussée relativement égale sur toute la largeur. Ce procédé est encore utilisé au xxe siècle dans les manufactures de livres ;
  • Au Japon, on utilise le baren, un disque plat, avec une poignée tressée, fait traditionnellement de feuilles de bambou (aujourd’hui de plastique), permettant une pression relativement homogène. Ce procédé est encore utilisé dans les estampes artisanales.

Caractères mobiles

Les Chinois ont été les premiers à utiliser les caractères mobiles, au xie siècle. Cette technique leur permit de conserver fidèlement les traditions culturelles en accélérant les procédés de mise en page des textes par la réutilisation des caractères, plutôt que de graver toute une planche à chaque page. L’inventeur chinois, Bi Sheng, employa dès 1040 des caractères mobiles en terre cuite7.

On a retrouvé, sur le Xiang de Xinhua (新华乡), municipalité de Wuwei dans la province du Gansu, un document de la dynastie des Xia occidentaux, imprimé en caractères mobiles en argile datant du milieu du xiie siècle8.

On a retrouvé dans les grottes de Mogao, également dans le Gansu, des caractères mobiles en bois utilisés pour l’alphabet ouïghour datant du xiie au xiiie siècle. Ce sont à ce jour les plus anciens exemplaires de caractères mobiles jamais découverts8.

Les caractères mobiles en métal auraient vu le jour en Corée vers 1234, inventés par Choe Yun-ui9. Le plus ancien exemplaire encore existant de livre imprimé à partir de caractères mobiles métalliques date de 1377 (donnée dans le colophon. Il s’agit du Jikji, traité sur le bouddhisme dont le second volume (le premier volume a été perdu) est conservé à la Bibliothèque nationale de France10.

Imprimerie / Impression polychrome, xe siècle (Chine).
Imprimerie / Impression polychrome, xe siècle (Chine).

En 1467, la technique commence à devenir plus usuelle, on l’utilise pour éditer un roman, 剪燈餘話/剪灯余话 (Jian Deng Yu Hua), écrit quelques années plus tôt par Li Changqi (李昌祺, 1376-1452)11. Elle reste cependant trop coûteuse en raison du nombre d’idéogrammes, les imprimeurs privilégiant les tablettes xylographiques12.

Suite à leur tentative d’invasion de la Corée, les Japonais découvrent les techniques d’impression par caractères mobiles. Plusieurs entreprises d’édition voient alors le jour dans l’archipel nippon.

Dans le même temps, les missionnaires jésuites impriment eux aussi divers livres en japonais et les diffusent depuis Nagasaki et Amakusa, principalement à caractère religieux mais aussi quelques œuvres littéraires comme les fables d’Ésope.

Les Japonais reviennent cependant à la xylographie, abandonnant ainsi les caractères mobiles, vers le milieu du xviie siècle et ce pendant deux siècles.

Impacts de l’imprimerie

Les conséquences de l’invention de l’imprimerie sur la culture et la société occidentale ont longtemps été ignorées par les historiens. Avec son livre, La Galaxie GutenbergMarshall McLuhan est le premier à attirer l’attention sur cette question, mais c’est l’historienne américaine, Elizabeth Eisenstein, qui produit le premier bilan solidement documenté sur les effets de l’imprimerie, The Printing Press as an Agent of Change (1979).

Une estimation du nombre total de livres imprimés donne les chiffres de deux cents millions pour le xvie siècle, cinq cents millions au xviie siècle et un milliard au xviiie siècle.

Cette omniprésence de l’imprimé étend et renforce les effets de l’écriture sur la pensée et l’expression, modifiant la place relative de l’oralité dans l’ensemble de la culture.

L’imprimerie permet la diffusion du savoir à un niveau jamais atteint, ce qui produit la Renaissance, une période où une plus grande part de la population redécouvre le savoir de l’Antiquité.

Cela entraîne aussi à porter un nouveau regard sur le monde, ce qui débouchera sur la révolution scientifique et la naissance de la science moderne. Enfin, l’imprimerie entraîne un idéal d’alphabétisation généralisée qui se traduira par l’expansion de l’école publique.

La multiplication rapide des livres cesse d’en faire une denrée rare et réservée à une élite : désormais, il est possible à une large fraction de la population de se constituer une bibliothèque privée. La pratique individuelle de la lecture renforce chez chacun la conscience de sa propre intériorité.

En permettant à tout individu de se procurer un exemplaire de la Bible et de la lire par lui-même, sans une interprétation officielle venant de l’Église, l’imprimerie encourage la pratique du libre examen.

Elle permet aux idées de Luther de se répandre dès 1520, entraînant la Réforme protestante et la réorientation des pratiques catholiques. Alors que pendant tout le Moyen Âge, on lisait la Bible, notamment dans les monastères, selon une interprétation codifiée (quatre sens de l’Écriture), la plus grande diffusion du livre saint dans la population à partir de la Renaissance entraîne, sous l’influence de la Réforme, un retour à la littéralité qui aura des conséquences considérables par la suite.

L’imprimerie est l’un des facteurs qui a permis le développement de l’individualisme dans la société occidentale à partir de la Renaissance, en favorisant cette activité individuelle entre toutes qu’est la lecture.

L’imprimerie donne aussi naissance au roman, qui va devenir en quelques siècles le genre littéraire par excellence.

Technique

Presse d’imprimerie ancienne

De Gutenberg au xixe siècle, les innovations techniques sont des modifications de détail, visant à améliorer le rendement. L’alliage utilisé pour les caractères reste sensiblement le même. Au xviiie siècle, le Britannique Stanhope réalise la première presse entièrement métallique.

L’imprimerie a été révolutionnée dans les années 1880 par l’invention de la Linotype (Ottmar Mergenthaler, 1884). Cette machine accélérait la composition en substituant au registrage manuel des caractères mobiles une saisie au clavier de chaque ligne de texte : non seulement l’opération était-elle accélérée, mais aussi plus sûre.

La saisie du texte au clavier se traduit par la composition « mécanique » d’une matrice, qui sert ensuite de moule pour une coulée d’un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine, formant une « ligne-bloc » d’un seul tenant. C’est cette ligne-bloc qui était encrée et qui réalisait l’impression proprement dite.

La Linotype servait surtout en presse.

L’ingénieur américain Tolbert Lanston inventa, en 1887, la Monotype, une machine de composition d’imprimerie. Les étapes de composition et de fonte sont séparées, contrairement à la Linotype.

De même, ce ne sont pas des lignes-blocs mais des lignes composées de caractères indépendants. Le typographe chargé de la composition saisit le texte sur un clavier, qui le convertit en un enregistrement par bande perforée.

C’est aussi à ce niveau que la justification est résolue par l’opérateur. Le typographe peut choisir une grande variété de tailles de caractères. La Monotype était plutôt réservée à l’édition.

La société Monotype Corporation créa, au fil des années, ses propres polices de caractères, inspirées des fontes historiques, et la plupart sont encore protégées par copyright aujourd’hui.

Pour les livres et la presse écrite, la composition par machines Linotype ou Monotype se substitua à l’imprimerie traditionnelle à partir de 1900 et régna sans partage jusqu’au début des années 1970.

Dans les années 1940, on imagina de substituer aux lignes-blocs une plaque qui pourrait indifféremment comporter du texte ou une image. Cette plaque imprimante fixait l’encre aux endroits voulus par charge électrostatique (plaque dite « électrographique ») ou par insolation (« cliché »).

Cette technique donna naissance aux premiers photocopieurs et ouvrait la voie à la conception des plaques offset.Réserve de caractères en métal pour presse d’imprimerie

Parallèlement, la composition s’est informatisée. On a vu apparaître, à la fin des années 1960, début des années 1970, les premiers procédés de photocomposition.

Un système de miroirs, dans lesquels les caractères étaient ajourés, servait de « pochoir » à la lumière qui allait impressionner une surface sensible, le bromure, lequel était ensuite révélé et fixé comme un papier photographique ordinaire.

Les textes ainsi composés au kilomètre allaient ensuite être montés sur les supports (ou gabarits) et la mise en page se faisait manuellement, à l’aide de colle, de ciseaux, de couteau à lame rétractable et de caractères transfert.

Le montage achevé, on réalisait un cliché du tout puis on insolait la plaque qui allait servir à l’impression. La photocomposition et le tirage offset allaient perdurer presque vingt ans, les procédés évoluant avec l’apparition du laser qui allait insoler directement les films, faisant disparaître les systèmes à miroirs.

Dès cette époque, les livres n’étaient plus « imprimés » comme c’était encore le cas avec la Linotype : on ne voit plus la pression des caractères sur le papier, l’encre est simplement absorbée sur le papier à l’endroit où elle est fixée par la plaque offset.

Le grand tournant de cette fin de siècle fut l’apparition des premiers ordinateurs personnels, à partir de 1981, qui ont vu la démocratisation de la publication assistée par ordinateur (PAO), auparavant réservée aux mainframes et à la mini-informatique.

Le micro-ordinateur a permis, avec un budget artisanal, de tout faire sur le même poste : acquisition d’images numériséesretouche d’images, création de dessins vectoriels, mise en pages avec des logiciels dédiés, permettant d’amalgamer textes et images.

Ces opérations étaient déjà possibles sur des systèmes dédiés mais au coût prohibitif. La micro-informatique, a permis de rendre ce métier accessible, tout en provoquant certains dérapages : en effet, la démocratisation d’une technique ne démocratisait pas pour autant le savoir-faire associé (connaissance par exemple des règles typographiques, incontournables dans le domaine professionnel).

Rotative offset d’imprimerie moderne

Parallèlement à l’évolution de la composition, toute la chaîne graphique se met à connaître de profonds bouleversements.

Ainsi, à partir du poste de composition, photogravure et mise en page sont venus s’adjoindre divers périphériques d’écriture tels que les computer to film (CTF, ordinateur vers film), appelés aussi flasheuses, qui permettent d’insoler les films de chacune des couleurs d’impression (quatre dans le cas de la quadrichromie) à partir du fichier informatique, afin de produire les plaques par transfert optique.

Ce progrès permet de se passer du montage manuel des mises en page. Le transfert optique fait cependant perdre de la définition dans les points de trame et ne dispense pas de retouches sur plaques, car il peut y avoir des pétouilles, dépôts parasites dus à des poussières.

L’évolution suivante a été le computer to plate (CTP, ordinateur vers plaque) où le film a été remplacé par la plaque (en aluminium en général, parfois en polyester) qui sera alors insolée ou gravée directement à partir du fichier informatique. Ensuite, l’opérateur n’a plus qu’à caler ses plaques directement sur la presse.

La dernière évolution en date, concernant la presse offset classique, est l’embarquement du système CTP sur la presse. C’est ce que l’on appelle le direct imaging (DI). Il n’y a alors plus d’opération intermédiaire entre le poste de mise en pages et la presse, la gravure se faisant directement sur le cylindre porte-plaque de la presse offset. Cela présente plusieurs avantages : un repérage exceptionnel des différents groupes et une économie de temps de calage.

Un autre créneau naît de l’évolution des photocopieurs : les presses dites numériques, où tout le système classique a été remplacé par des systèmes de transfert d’image du type photocopieur, permettant alors des tirages instantanés et fidèles du document d’entrée (fichier, épreuve, etc.), avec un coût largement supérieur qui le réserve dans un premier temps aux courts tirages (thèses, autoédition, etc.).

Connectés à des bases de données, ces procédés d’impression numérique permettent également de produire des documents contenant des textes et des images variables : annuaires, horaires, tarifs, catalogues simples, etc.

Laisser un commentaire