LâInstitution Sainte Jeanne dâArc (ISJA) de Dakar a décidé dâinterdire le port du voile dans ses locaux. A travers un communiqué envoyé ce mercredi aux parents dâélèves, la direction de lâétablissement informe que la mesure sera effective à partir de la rentrée de septembre prochain. Cette mesure « viole » la législation sénégalaise, la déclaration universelle des droits de lâHomme et le règlement intérieur en vigueur de lâécole même, d’après le juriste El Hadj Amadou Thiam.
Me El Hadj Amath Thiam, consultant en droit, pense que la décision de lâISJA de Dakar dâinterdire le port du voile relève dâune « discrimination » parce quâétant contraire à la législation régissant lâenseignement au Sénégal.Â
«Bien vrai que lâécole appartient à lâInstitut, mais, elle est, comme tous les autres établissements privés, subventionnée annuellement par lâEtat du Sénégal qui définit dâailleurs ses programmes et organise ses examens (Voir décret N° 98 – 562 fixant les conditions dâouverture et de contrôle des établissements dâenseignement privés). Maintenant, on ne peut pas être dans un pays et appliquer les lois dâautres pays. Ce nâest pas possible », renseigne le juriste interrogé par SeneWeb.
Dans le même communiqué, la direction de lâISJA informe que cette décision est « conforme à ce qui a toujours été observé dans lâensemble des établissements de la Congrégation à travers le monde (57 pays) et en particulier, dans la province de lâAfrique de lâOuest, composée du Sénégal, du Burkina-Faso, du Niger et du Togo. »
Mais, pour Me Thiam, la raison religieuse évoquée pour motiver cette mesure ne peut pas primer sur la constitution. « Chaque matin, ils effectuent des prières. A lâheure de la descente aussi, ils demandent aux élèves musulmans de sortir avant dâeffectuer leurs prières. Dâaprès eux, le projet dâenneigement catholique au Sénégal ne permet pas à lâélève de monter ses appartenances religieuses. Cette raison religieuse ne peut pas être au-dessous de la loi. Nous sommes dans un Etat de droit », a-t-il ajouté.
Une décision contraire au règlement intérieur de lâISJA
Il faut aussi signaler que le règlement intérieur de lâinstitution, en vigueur depuis 2017, parcouru par SeneWeb, autorise le port du voile.Â
Lâarticle 5.2 dudit texte est clair: «La tenue vestimentaire doit être propre, décente, respectant les règles dâhygiène et de pudeur par respect pour autrui. La coiffure doit rester discrète et soignée. Les chemises doivent être boutonnées, ne laissant ouvert que le bouton du col. Le port du voile est autorisé, aux couleurs de lâinstitution (blanc ou bleu marine).Â
Lâuniforme avec le logo de lâInstitution est obligatoire et vendu dans lâétablissement. Aucune autre tenue nâest acceptée. Le port des casquettes, les piercings, le maquillage du visage et du corps, le vernis, les tongs, les claquettes ou espadrilles en savate sont interdits.Â
Le port dâune tenue spécifique est exigé pour certaines disciplines : travaux pratiques de physique et de chimie (blouse blanche en coton). Pour lâEPS (Ãducation physique et sportive), la tenue de lâétablissement est obligatoire (polo blanc et short ou jogging bleu marine, avec le logo de lâInstitution.) ».
Dans un autre volet, Thiam soutient quâà travers cette décision, lâISJA viole les dispositions de la déclaration universelle des droits de lâHomme.Â
« Lâécole catholique est tenue de respecter lâarticle 18 de la Déclaration universelle des droits de lâhomme qui dispose : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun tant en public quâen privé par lâenseignement, les pratiques, le culte et lâaccomplissement des rites », fait-il savoir.Â
«Lâéducation nationale est laïque »
Au Sénégal, les principes généraux de lâéducation sont prévus par la loi n° 2004-37 du 15 décembre 2004 modifiant et complétant la loi dâorientation de lâEducation nationale n° 91-22 du 16 février 1991 qui dispose, dans son article 4 : «lâéducation nationale est laïque : elle respecte et garantit à tous les niveaux la liberté de conscience des citoyens. Par ailleurs, lâÃducation nationale, sur la base des principes de laïcité de lâEtat, est favorable aux établissements privés susceptibles de dispenser un enseignement religieux ».
LâArticle 5 du même texte législatif dit que lâÃducation nationale est démocratique : elle donne à tous des chances égales de réussite. Elle sâinspire du droit reconnu à tout être humain de recevoir lâinstruction et la formation correspondant à ses aptitudes, sans discrimination de sexe, dâorigine sociale, de race, dâethnie, de religion ou de nationalité.
Selon toujours la même loi de 1991, « lâÃducation nationale reflète également lâappartenance du Sénégal à la communauté de culture des pays francophones, en même temps quâelle est ouverte sur les valeurs de civilisation universelle et quâelle sâinscrit dans les grands courants du monde contemporain : par-là elle, développe lâesprit de coopération et de paix entre les hommes » (article 5).













