Pour la première fois depuis le lendemain de la guerre, la France enregistre un déficit dans ses échanges agroalimentaires avec le reste de l’Union européenne. C’est l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui tire la sonnette d’alarme. La France, réputée puissance agroalimentaire vend moins qu’elle n’achète.

Les chiffres sont explicites : en 2018, la France a exporté pour 38,1 milliards  d’euros vers l’Europe et elle a importé pour 38,4 milliards. 300 millions d’euros de différence. En soi, ce n’est pas énorme. Mais c’est aussi la première fois depuis 1945 que cela arrive. Sur les sept dernières années, la balance agroalimentaire de la France est passée d’un excédent de 6 milliards d’euros à un déficit de 300 millions d’euros.

La principale raison à cela

La France est en train de perdre en compétitivité face à d’autres pays européens plus productifs, comme l’Espagne ou la Pologne. Avec 40 millions d’habitants, déterminée à combler son retard, la Pologne a augmenté de manière considérable sa production agroalimentaire. 80% de cette production, notamment la viande de bœuf, ainsi que les fruits et légumes sont vendus sur le marché européen. 

L’Espagne, pays très dynamique, s’est mise aussi à exporter des fruits et légumes, des boissons et de la viande porcine. Résultat : les importations en provenance des voisins européens ont bondi en France de 24%.

Mais il y aussi d’autres facteurs qui expliquent cette perte de vitesse. Et notamment, un facteur démographique enregistré chez les clients historiques de la France comme l’Italie, l’Espagne ou les pays d’Europe centrale.

Ces pays n’ont pas une croissance démographique soutenue et ne sont pas obligés d’importer autant de produits agroalimentaires que par le passé. Ajoutez à cela une hausse des coûts de production et une baisse des prix des matières agricoles, notamment des céréales. Tous ces facteurs conjugués ont créé cette situation inédite.

Que faire pour ramener la balance commerciale à l’équilibre ?

Pourtant des voies existent pour que la balance commerciale agroalimentaire de la France retrouve son équilibre.

Il faudra sans doute revoir à la baisse les coûts de la production, estime Vincent Chatellier, économiste à l’Institut national de la recherche agronomique : « Il faut maîtriser des prix pour passer à l’international. Il faut aussi proposer des produits qui sont soit qualitatifs, soit technologiquement très appréciés. On a beaucoup dynamisé depuis quelques années les exportations de poudre de lait infantile à destination de la Chine. Le fait d’être dans un pays qualitativement bien vu nous a bien servi. Car les Chinois ont trouvé que nous avions des garanties de qualité qu’eux-mêmes n’avaient pas avec leur production nationale. »

La partie n’est pas perdue

La France est toujours réputée pour ses boissons, notamment les vins et spiritueux. C’est d’ailleurs un des rares postes du commerce agroalimentaire français où la balance est excédentaire. Les céréales, les produits laitiers et les bovins ont aussi la cote. Mais la France réalise la moitié de ses exportations alimentaires sur seulement cinq pays : la Belgique, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne.

Entre, les Allemands qui se sont mis à produire leurs propres fromages, les Italiens dont le pouvoir d’achat baisse et les Britanniques pour lesquels les produits français seront sans doute plus chers après le Brexit, il faudra une politique très réfléchie secteur par secteur pour inverser la vapeur.

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