En 2010, la victoire de lâalliance politique entre le PDCI et RDR, au deuxième tour de la Présidentielle, a inauguré une transformation de lâÃtat et de son rapport à la société en Côte dâIvoire. Un Ãtat démocratique bâtisseur, patriotique et défenseur d’une intégration nationale citoyenne a remplacé un Ãtat communautaire, nationalitaire, défenseur dâune identité ethnique essentialisée.
Il sâen est suivi une innovation substantielle de la gouvernance ivoirienne qui a été saluée au suffrage universel par la majorité des Ivoiriens à la Présidentielle de 2015.
Lâalliance entre la modernisation économique et les cultures est maintenant restaurée en Côte dâIvoire. (cf « Le Président Alassane Ouattara sert-il lâintérêt général en Côte dâIvoire ? » cedea.net. 14-Août-2015).Â
Soucieuse de subordonner le pouvoir politique aux demandes, aux besoins et aux intérêts de la société, de limiter effectivement lâÃtat par les droits de lâhomme, cette innovation a été consacrée par lâadoption de la nouvelle Constitution en 2016, année de lâavènement de la IIIème République.
Lâobjectif général de la gouvernance de la IIIème République, dont lâesprit animait formellement la lutte démocratique contre lâEtat nationalitaire, entre 2000 et 2010, était dâinstituer un Ãtat respectueux des droits de lâHomme, permettant de construire une société inclusive et solidaire politiquement et économiquement intégrée afin de transformer lâéconomie ivoirienne de marché en développement endogène par la démocratie. Le projet dâémergence traduisait cette vision politique.  La question fondamentale de mon propos est donc celle-ci : la gouvernance ivoirienne demeure-t-elle fidèle à ce programme sous la III èmeRépublique ?
 Le développement endogène, note Alain Touraine, répond à trois conditions principales « lâabondance et le bon choix des investissements, la diffusion dans toute la société des produits de la croissance, la régulation politique et administrative des changements économiques et sociaux au niveau de lâensemble national ou régional considéré. En termes plus concrets encore, la transformation de lâEconomie de marché en développement suppose un Etat capable dâanalyse et de décision, des entrepreneurs et des forces de redistribution ».
Ainsi, le développement endogène est lâÅuvre conjuguée dâun Ãtat national bâtisseur, dâentrepreneurs et de forces de redistribution. Ces trois agents du développement endogène ont des rapports étroits avec les composantes de la démocratie que sont la citoyenneté, la représentation des intérêts sociaux, et la limitation de lâEtat par les libertés et les droits fondamentaux de la personne et des collectivités.
La capacité du Pouvoir politique à transformer lâéconomie de marché en développement consiste en ce que sa gouvernance soit déterminée par ces principes dans le cadre de la démocratie. Il nây a pas de développement sans citoyenneté, sans représentation des intérêts sociaux et sans limitation de lâEtat par les droits de lâhomme. La question fondamentale est donc de savoir si la gouvernance politique, économique et sociétale du pouvoir ivoirien  sous la III ème République est déterminée par ces conditions du développement endogène.
La gouvernance de lâÃtat sous la III ème  République remplit-elle ce programme ?
Les faits semblent accréditer lâidée que la gouvernance ivoirienne sâinscrit dans ce programme. Renforcer la société nationale au moyen de lâabondance des investissements, de la modernisation économique, promouvoir lâintégration de la société à travers lâaction économique, tel semble être le projet politique de lâEtat ivoirien qui se définit par là comme un Etat bâtisseur soucieux dâintégration nationale.
Nâest-on pas en face dâun Etat qui voudrait à la fois, à travers la reconstruction des infrastructures sur toute lâétendue du territoire, promouvoir la citoyenneté et reconstruire un sentiment dâappartenance nationale? Nâest-on pas en présence dâun Ãtat national qui voudrait  donner une forme tangible et sensible à la concitoyenneté en instaurant à travers la reconstruction des infrastructures,  une dignité minimale des conditions de vie des populations ?
Certes, lâon a souvent souligné lâinsuffisance de la redistribution des produits de la croissance. Il faut promouvoir un système politique autonome qui permette de gérer les asynchronies et les contradictions entre les exigences de lâinvestissement et les impératifs de la redistribution.
Néanmoins, lâune des ruptures remarquables de la gouvernance ivoirienne sous la III ème République est la reconnaissance pleine et entière des mouvements sociaux comme mouvements de lutte pour la défense dâintérêts catégoriels et dâappropriation des résultats de la croissance face à lâÃtat.
Leurs revendications ne furent pas accueillies par une fin de non recevoir. Comme il se doit en Démocratie, les conflits sociaux ont été résolus à travers la négociation sociale et le compromis.
Orientée par la volonté dâindustrialisation, la politique résolue dâinvestissement, qui caractérise lâaction économique du gouvernement ivoirien, semble aussi régie par le souci démocratique de rompre les mécanismes de reproduction sociale au profit des libertés.
Moderniser le tissu économique, développer les forces de production, promouvoir lâindustrialisation nâest-ce pas aussi transformer, de fond en comble, les rapports sociaux de production en vue de la domination de la rareté et de la nécessité ? Nâest-ce pas promouvoir lâautonomie des personnes et développer les libertés ?
Les lignes directrices de la gouvernance ivoirienne sous la III èmeRépublique ivoirienne semblent donc inscrire pleinement le pouvoir politique dans la voie de la transformation de lâéconomie de marché en développement endogène.
Pour progresser dans cette voie, il importe de travailler au développement dâun système politique plus autonome qui permette dâharmoniser les intérêts divergents des acteurs économiques et des acteurs sociaux du développement et de gérer ainsi politiquement le changement social en Côte dâIvoire.













