Paul Kagame nâest pas un dictateur africain parmi dâautres. Il paraît détenir les clefs de la modernité ; il bénéficie ou a longtemps bénéficié dâune aura certaine sur la scène internationale ; il dirige le Rwanda, terre de lâun des plus horribles cauchemars que lâHumanité ait connu ces dernières décennies. Une plume trop équanime nâaurait pas convenu pour évoquer une telle personnalité, dans un tel contexte. On trouvera dans le portrait que dessine Gérard Prunier la passion dâun homme sensible aux drames de cette région, mais aussi la science dâun grand historien de lâAfrique des grands lacs.
Michel Duclos, conseiller spécial géopolitique, rédacteur en chef de cette série
Le génocide rwandais de 1994 figure, au crépuscule du XXème siècle, comme le marqueur inquiétant dâun monde dont on a voulu espérer quâil se terminerait avec lâouverture dâun autre qui serait porteur dâespoir.
Le siècle finissant avait été une horreur, mais la chute récente de « lâEmpire du Mal » semblait le clore symboliquement. Et le Rwanda semblait tout à coup jeter sur cet optimisme tout neuf un éclairage glauque que lâon allait tenter dâocculter par un parallèle historique mal construit.
Dans ce petit pays obscur dont presque personne nâavait jamais entendu parler, on avait assisté à une poussée de « nazisme tropical ».
Or, au rang des deux grandes terreurs du XXème siècle (et les Occidentaux ne sont jamais parvenus à concevoir lâhistoire universelle comme autre chose que des déclinaisons exotiques de leur histoire à eux, celle qui compte et qui marque les vraies scansions du monde), les deux pires horreurs avaient été le nazisme et le stalinisme.
Et voilà que « la bête immonde » refaisait surface en Afrique et ravivait nos pires souvenirs.
Le problème, câest que le parallèle historique collait mal : le président Habyarimana nâétait pas très hitlérien (et il était mort au moment du génocide), la France gigotait frénétiquement pour expliquer que non elle nâavait pas voulu cela et que de toute manière elle nâavait rien fait, les Nations Unies, symbole du « plus jamais ça » post-1945, étaient bien présentes au Rwanda, mais elles nâavaient rien fait non plus, tandis que lâUnion Africaine, conscience auto-proclamée du continent, se retranchait quant à elle dans un silence assourdissant.Â
Mais heureusement, pour pouvoir reprendre pied, il y avait le Front Patriotique Rwandais (FPR), il y avait le camp des gentils, et son chef aux faux airs de moine soldat, le Major Paul Kagame.Â
Un vrai soulagement. Le drame avait un héros, et lâopinion publique mondiale se porta à sa rencontre, soulagée de trouver un sauveur au fond de lâabîme. Mais qui était donc ce héros ?
Personne nâen savait rien. Et quant à lâignorance vis-à -vis du Rwanda pré-génocidaire, elle était abyssale. Donc un héros inconnu sur fond de clichés africains.
Kagame plonge dans une « carrière militaire » fort peu conventionnelle, qui va durer seize ans et qui le lancera à travers quelques-uns des événements les plus extraordinaires du siècle.
Paul Kagame avait à lâépoque trente-six ans et il nâétait pas vraiment rwandais. Ayant grandi en Ouganda comme fils de réfugié depuis lââge de quatre ans, il était Major dans lâarmée ougandaise et citoyen de son pays dâaccueil.

En outre, son parcours était atypique pour un réfugié. Peu après avoir obtenu son diplôme dâétudes secondaires, il se jette à vingt ans dans la guérilla qui se soulève en Ouganda alors que lâarmée tanzanienne y pénètre en 1978 pour renverser le dictateur Idi Amin Dada.Â
Et il plonge dans une « carrière militaire » fort peu conventionnelle, qui va durer seize ans et qui le lancera à travers quelques-uns des événements les plus extraordinaires du siècle.
Câest cette période de sa vie â de sa vie « ougandaise » â qui va le former. LâOuganda des années 1970-1980 est une jungle parsemée de cadavres où tout le monde trahit tout le monde.
La communauté internationale qui avait â à bon droit â vilipendé Idi Amin sâen lave désormais les mains maintenant quâil a disparu.
Peu importe que le dictateur Milton Obote élu lors dâun scrutin truqué approuvé par les autorités britanniques et celles du Commonwealth massacre plus de gens que nâen avait tué Idi Amin â plus de 300.000 entre 1981 et 1986 â car lâimportant est sauf : dans lâoptique de la guerre froide, Obote est « un ami de lâOccident » et ce même sâil emploie de lâartillerie nord-coréenne â cela évite aux puissances occidentales de se salir les mains à le faire elles-mêmes.
LâOccident aide les survivants à survivre à travers lâaide internationale, selon un partage des tâches que Kagame reproduira plus tard, au Rwanda dâabord et ensuite au Congo.
Le mépris quâil ressent à lâégard de la « communauté internationale », de son cynisme diplomatique et de son hypocrisie humanitaire, est le produit de son expérience des guerres civiles ougandaises entre 1978 et 1986. Et sa vision du « héros » aussi.
Car, en janvier 1986, Kagame pénètre en vainqueur dans Kampala sur les talons de son chef Yoweri Museveni.Â
Avant de voir ce militant de lâextrême-gauche anticolonialiste devenir ensuite par une série de glissements opportunistes le parfait duplicata de ce quâil avait combattu toute sa jeunesse.
En trente deux ans, le pouvoir réformateur de Museveni se transformera en un Etat autoritaire et corrompu : câest lâancien chef des services médicaux de la guérilla qui sâimprovisera son ennemi politique le plus sérieux.
Paul Kagame répétera exactement ce même cycle, jusquâà se trouver aujourdâhui en conflit avec une opposition composée à 80 % non pas dâex-génocidaires comme il le laisse entendre, mais de ses anciens camarades de combat pendant la lutte des années 1990.
Au départ, bien sûr, il y aura son service dans lâarmée régulière ougandaise après la victoire.Â

Paul Kagame, le fidèle du chef, se retrouve patron des services secrets de lâarmée. Pour Museveni, lâavantage est intéressant : Kagame est au fond un étranger, même après ses années de guerre en Ouganda.Â
Certains groupes comme les Baganda ou sa propre ethnie, les Banyankole, ne cessent de le lui rappeler.
Le mépris quâil ressent à lâégard de la « communauté internationale », de son cynisme diplomatique et de son hypocrisie humanitaire, est le produit de son expérience des guerres civiles ougandaises entre 1978 et 1986. Et sa vision du « héros » aussi.
Après tout, il nây avait que deux « Rwandais » parmi les dix-sept premiers insurgés de 1981, lâautre étant Fred Rwigema qui est devenu Chef dâEtat-Major de lâarmée ougandaise.
Deux « étrangers » à la tête de lâestablishment militaire du pays : peut-on imaginer meilleure assurance anti-coup dâEtat ?
Kagame se tait, observe, apprend. Et il peut constater que la même ambiguïté humanitaire qui avait si bien servi Obote en son temps se poursuit.Â
Amnesty International envoie une mission en Ouganda pour reprocher à Museveni son traitement brutal des prisonniers faits parmi les insurgés issus des ethnies nordistes qui avaient soutenu Obote pendant la guerre civile et qui poursuivent un combat sporadique.
LâONG demande la création dâune justice adaptée à traiter les cas de détention de captifs issus de la guérilla, et le Président se défausse du problème sur Kagame qui est nommé Président du tribunal itinérant des forces armées.
Il remplira son rôle à la perfection et, lorsquâil ramènera à Kampala des cadavres résultant des condamnations du Tribunal, ils seront toujours en excellent état et ne montreront aucun signe de sévices.
Lâhomme est froid et sans pitié, mais il est efficace et sait respecter les formes.
Dès 1987, il commence à étendre ses contacts au sein de la diaspora rwandaise, qui utilise sa position en Ouganda pour monter une structure politico-militaire visant à renverser le régime Hutu de Kigali.
Or, la pression anti-rwandaise monte en Ouganda, où Museveni est obligé de mettre à lâécart toute la génération des réfugiés et de leurs enfants qui ont soutenu son accession au pouvoir.
Après un moment dâhésitation, le Général Rwigema, qui se sentait Ougandais, amer et sâestimant trahi, bascule et décide de rejoindre le FPR.
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Pour Paul Kagame, câest une catastrophe car Rwigema est aussi populaire dans les milieux de la diaspora que Kagame lâest peu et, quâen outre, leurs deux filiations rwandaises sont absolument antinomiques : Rwigema est lâhéritier du royaume Nyinginya, alors que Kagame est issu du clan des Bega qui avait renversé et tué le Roi au moment de la conquête coloniale en 1896.
L’homme est froid et sans pitié, mais il est efficace et sait respecter les formes.
Un héritier chaleureux de la famille royale face au descendant austère dâun clan usurpateur.Â
Lâinvasion du Rwanda quâils préparent en commun est marquée dès le départ par une ambiguïté personnelle et politique.Â
Rwigema est conscient de la difficulté à faire accepter à la majorité Hutue une « libération » portée par la minorité Tutsie.

Même si le régime Habyarimana est une dictature et même si ses opposants Hutu sont nombreux.
Il compte sur son charisme et sur son ouverture aux Hutus de lâopposition pour dépasser la « restauration féodale » dont parlera bientôt Habyarimana.
Le FPR attaque le Rwanda le 1er octobre 1990, et le 2 octobre, Fred Rwigema qui commandait les forces dâinvasion est tué par lâun de ses propres officiers. Le FPR niera toujours les circonstances de cette mort, en lâattribuant « aux combats ».
Mais outre quâil nây eut quâun seul tué ce jour-là â le commandant en chef â et que les détails concernant sa mort sont contradictoires, une ombre inquiétante flotte sur le meurtre du leader du FPR.
Museveni, qui soutenait discrètement lâinvasion, fera dâailleurs arrêter et exécuter les deux officiers dâordonnance de Rwigema. Comme beaucoup dâautres épisodes de la route de Paul Kagame vers le pouvoir, celui-là ne sera jamais éclairci.
La guerre dura quatre ans, et explosa dans un génocide dont le signal fut donné par lâassassinat du Président Habyarimana.
Le génocide avait évidemment été planifié par les cercles les plus radicaux du pouvoir Hutu, mais nombreuses sont les accusations qui pointent du doigt Kagame comme étant lâauteur de lâattentat.
Et les accusations les plus précises sont venues de Tutsi anciens membres du FPR, dont certains sont passés à une opposition active au régime Paul Kagame.
Mais lâimpact mondial du génocide a opéré une sorte dâhypnose sur la communauté internationale qui se refuse à penser lâimpensable concernant le libérateur du génocide.
Pourtant, comme le fit remarquer le général canadien Dallaire, commandant des forces inactives de lâONU, le chef du FPR ne semblait pas ému outre mesure par la passivité internationale. Ni dâailleurs par le génocide lui-même.
Dallaire, qui ferraillait avec New York pour essayer quâon lui donne lâordre dâintervenir, avait lâimpression dâêtre plus engagé que le Rwandais.Â
En fait, il semble bien que Paul Kagame nâait jamais eu trop le souci de ses concitoyens.Â
Parmi eux, il y avait 80 000 Hutus que lâon passera par profits et pertes plus tard dans les commémorations du génocide â qui deviendra « le génocide des Tutsi ».

Quant aux morts Tutsi â entre 700 et 800 000 â, ils semblent avoir été plus considérés comme les « dommages collatéraux » dâun processus de modernisation du Rwanda que mettra en Åuvre le nouveau pouvoir post-génocidaire.
Il suffit, pour sâen rendre compte, de parler avec les membres des associations de survivants Tutsi qui nâont aucune illusion sur la question. Car le génocide a été, pour Kagame, une énorme chance politique quâil saura exploiter avec habileté.
Il a abouti à échanger une population de Tutsi « indigènes », enracinée dans la compromettante réalité rwandaise, pour une autre population de Tutsi de lâétranger, beaucoup plus éduquée, militarisée et disciplinée, qui sâavérera comme le peuple idéal du projet FPR.
Paul Kagame a un plan pour le Rwanda. Un plan qui lui ressemble : froid, efficace, totalement polarisé sur le succès technique, ne sâembarrassant pas des moyens employés.Â
Il saura le vendre à une opinion internationale ravie à la fois grâce à des changements fondamentaux â honnêteté de lâadministration, sécurité, propreté urbaine, amélioration des transports et de la santé publique â mais aussi des gadgets agréables aux Occidentaux comme lâinternet dans les autobus ou lâinterdiction des sacs en plastique
Paul Kagame, nimbé de son aura de héros anti-génocidaire, mena lâoffensive et renversa le vieux tyran.
Protégé par le blindage génocidaire, il sait pouvoir faire pratiquement ce quâil veut.

Dâailleurs Paul Kagame a toujours gagné :
- échapper au destin dâun réfugié apatride pour accéder aux plus hauts niveaux du pouvoir en Ouganda, prendre le contrôle du FPR,
- gagner une seconde guerre civile au Rwanda en dissimulant ses propres violences grâce à lâapocalypse génocidaire,
- créer un gouvernement « dâunion nationale » après le génocide,
- puis lâabolir à lâoccasion dâun massacre commis par ses propres troupes (Kibeho. 1995)
- et finalement prendre le pouvoir absolu grâce à des scores électoraux dignes de Staline (95 % en 2003, 93 % en 2010 et 99 % en 2017).
Il nâa même pas besoin de frauder, tout le monde vote réellement pour lui. La peur est telle que lâobéissance est réelle.
Et la communauté internationale, prisonnière de ses remords et séduite par les progrès quâil introduit, acquiesce. Il y aura quand même une grosse bévue : son invasion du Congo.
Pourtant, cela avait bien commencé : les génocidaires survivants, réfugiés à quelques kilomètres de la frontière, ne cessaient de lancer des raids de harcèlement sur le Rwanda, aussi inutiles que meurtriers.
Après deux ans de préparation, Kagame était parvenu à rassembler une coalition dâEtats africains, soutenus par les Etats-Unis qui souhaitaient se débarrasser de leur vieux complice des années de la guerre froide, Mobutu Ssese Seko.
Kagame, nimbé de son aura de héros anti-génocidaire, mena lâoffensive et renversa le vieux tyran.
Sâen suivit une visite du Président Clinton à Kigali? qui présenta ses excuses pour lâattitude amorphe de son pays lors du génocide. Les excuses étaient justifiées, mais le moment était mal choisi.
 Kagame est un joueur à la main sûre, mais il a une très grande confiance en lui-même.Â
Encouragé par ce quâil voyait déjà comme un succès de plus, il prit quelques mois plus tard un risque de trop en attaquant à la fois certains de ses alliés et le régime quâil venait dâinstaller lui-même à Kinshasa.
Il sâen suivit une guerre (1998-2002) qui ébranla tout le continent africain et fit près de trois millions de morts. A cet instant, le « héros » avait un peu outrepassé son périmètre de confort diplomatique et il dut évacuer le terrain.
Son échec eut même des effets secondaires inattendus, puisque la communauté internationale osa enfin regarder de plus près le parcours du FPR depuis son accession au pouvoir.
Depuis janvier 2018, il est devenu Président de lâUnion Africaine et fait la leçon à ses pairs pour lesquels il nâa quâune estime limitée.
Lors de la création du Tribunal Pénal International pour le Rwanda, celui-ci avait tenté de le faire mais la Procureure générale, la Canadienne Louise Arbour, avait interdit toute enquête.
Et ce nâest quâen juin 2009 que paraîtra le Mapping Report â il nâa pas de titre en Français â de lâONU… sur la guerre du Congo ! On y parlera de « lâarmée rwandaise », mais uniquement en terre étrangère.
Rien sur le Rwanda lui-même et donc bien sûr rien qui concerne son chef Paul Kagame.

Fascinée par lâimage héroïque de Kagame, la communauté internationale ne semble pas avoir lu ce rapport, pourtant gros de 500 pages fortement documentées, et sâen tient à sa mansuétude envers celui que le professeur Filip Reyntjens de lâUniversité dâAnvers appelle « le plus grand criminel de guerre au pouvoir aujourdâhui ».
La confiance que Kagame a en lui-même se prolonge à lâaune du dédain pour la vérité quâaffiche la communauté internationale lorsque, par exemple, le Parquet de Paris requiert un non-lieu (13 octobre 2018) dans le procès contre ses proches impliqués dans lâattentat qui avait coûté la vie à Habyarimana.
Depuis janvier 2018, il est devenu Président de lâUnion Africaine et fait la leçon à ses pairs pour lesquels il nâa quâune estime limitée.
Lâopposition a été mise au pas par des méthodes robustes :
- le député Léonard Hitimana et lâancien président de la Cour de Cassation Augustin Cyiza ont disparu sans laisser de traces,
- le Vice-Président du Parti Vert (opposition) a été retrouvé mort après avoir été torturé,
- le journaliste Jean-Léonard Rugambage, qui enquêtait sur le Général Kayumba Nyamwasa, passé à lâopposition, a été tué en 2010 après que Kayumba lui-même a été victime de deux tentatives dâassassinat,
- lâancien chef de la Sécurité Patrick Karegeya a été retrouvé étranglé dans la chambre dâun hôtel sud-africain le 1er janvier 2014,
- le journaliste dâopposition Charles Ingabire, survivant du génocide, a été abattu en pleine rue à Kampala en novembre 2011.
- Et ainsi de suite.Â
La violence sâétait même « démocratisée » depuis 2016 avec les exécutions sommaires de dizaines de petits délinquants (voleurs de vaches, contrebandiers, pêcheurs employant des filets illégauxâ¦) tués par lâarmée sans autre raison que de faire peur afin « dâassurer lâordre ».Â
Lors de sa récente libération, Victoire Ingabire qui avait été condamnée à la prison à vie pour avoir oser se présenter aux élections contre Kagame, a déclaré : « Jâespère que câest le début de lâouverture de lâespace politique au Rwanda ». La réalisation de cet espoir semble malheureusement peu probable.

Kagame est un homme de fer. Mais même le fer finit par rouiller. Il y a quelques années, il faisait face à toutes les épreuves avec un flegme que nous dirions « britannique », mais que lâon appelle « itonde » en kinyarwanda.
Lorsque le Colonel Tauzin déclare, alors quâil met en défense Gikongoro, « quâil ne fera pas de quartier si le FPR attaque » et quâun officier lui traduit (Kagame ne parle pas français) en disant : « ça veut dire quâil tuera tous les blessés », il se limite à observer : « Câest un peu hostile, non ? ».
Or, aujourdâhui, le même homme houspille ses gardes du corps, gifle une secrétaire et piétine en public un ministre qui lui a déplu. Beaucoup de ses anciens camarades dâil y a trente ans sont dans lâopposition et vivent en exil.
Lui et Museveni se détestent depuis que le Président ougandais a enquêté sur la mort de Rwigema. Il fournit aujourdâhui de lâaide à une guérilla tenace qui sâest infiltrée et retranchée dans la forêt de Nyungwe.Â
Paul Kagame est le maître du Rwanda, le seul chef dâEtat africain à pouvoir parler dâégal à égal avec les grands de la planète, et capable de peser sur les décisions de la plupart des tribunaux  internationaux.Â
Câest un pouvoir massif et solitaire, et le pouvoir absolu est absolument solitaire.
Illustration : David MARTIN pour l’Institut Montaigne

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Par Gérard Prunier Historien, Spécialiste de la Corne de l’Afrique













