La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle 2024 ?

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La Politique sous haute tension. La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle. Au Sénégal, le gouvernement dissout le parti de l’opposant Ousmane Sonko, deux morts dans des manifestations. Les partisans de l’opposant ont investi les rues de Dakar et de Ziguinchor, lundi, affrontant les forces de l’ordre et dénonçant un complot pour évincer leur leader avant l’élection présidentielle de février 2024. De nouveaux affrontements entre forces de l’ordre et partisans d’Ousmane Sonko ont eu lieu lundi au Sénégal, après le placement en détention de l’opposant politique, inculpé pour divers crimes.

Politique sous haute tension : La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle 2024

Direct libération de Sonko Situation dans les rues de Dakar…
Direct libération de Sonko Situation dans les rues de Dakar…

Malgré les restrictions d’Internet sur les téléphones, de nouveaux heurts ont été observés mardi. Les autorités craignent une spirale de crise jusqu’à la présidentielle, qui a lieu en janvier 2024.

« L’un des scénarios crédibles qui se profile, ce sont des troubles publics jusqu’au scrutin », confirme Caroline Roussy, directrice de recherches à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) chargée du programme Afrique, sollicitée par Le Parisien.

L’accalmie pourrait dépendre de la participation ou non d’Ousmane Sonko. « Il faudra attendre de voir si le Conseil constitutionnel l’autorise ou non à participer malgré ses condamnations », indique Caroline Roussy.

« On peut aussi s’attendre à ce que les gens considèrent qu’avec Sonko condamné, la bataille est terminée et ne voient plus l’intérêt de descendre dans la rue pour le défendre. Il y a potentiellement des gens qui en ont assez de ces manifestations. »

Ousmane Sonko avait récemment assuré que personne ne pourrait l’empêcher de se présenter, promettant à défaut d’installer « le chaos » dans le pays.

Le gouvernement dissout le parti de l’opposant Ousmane Sonko, deux morts dans des manifestations

Politique sous haute tension La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle 2024++
Politique sous haute tension La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle 2024++

En dissolvant le parti de son principal opposant, le président sénégalais Macky Sall savait qu’il prenait une décision périlleuse et le risque d’enflammer la rue.

L’annonce est tombée, lundi 31 juillet, en fin d’après-midi, par la voix du ministre de l’intérieur, Antoine Félix Diome : les Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) ont été dissous par décret.

Les autorités veulent ainsi porter un coup fatal à Ousmane Sonko, le rival le plus sérieux du parti au pouvoir en vue de la présidentielle de février 2024.

Quelques heures plus tôt, le président du Pastef avait été placé en détention, à la prison de Sébikotane.

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Des affrontements entre la gendarmerie sénégalaise et des manifestants à Dakar (Sénégal) le 3 juin 2023
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La formation dissoute avait « fréquemment appelé [ses] partisans à des mouvements insurrectionnels » ayant entraîné « de nombreuses pertes en vies humaines, de nombreux blessés ainsi que des actes de saccage et de pillage de biens publics et privés », a expliqué le ministre de l’intérieur. Une référence aux troubles survenus au Sénégal en mars 2021 et en juin 2023 qui ont fait plus de quarante morts, après l’arrestation puis la condamnation d’Ousmane Sonko, le 1er juin, à deux ans de prison ferme dans une affaire où il était accusé de viol.

Peu après l’annonce de la dissolution, des manifestants, jeunes pour la plupart, sont sortis dans les rues de la capitale, brûlant des pneus et bloquant les routes. Des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre. 

A Ziguinchor, ville du sud du pays et fief d’Ousmane Sonko, deux personnes ont succombé à leurs blessures, selon le ministère de l’intérieur.

Grève de la faim

Politique sous haute tension La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle 2024++
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De crainte que les manifestations dégénèrent, le gouvernement a prolongé l’interdiction de circulation des motos dans la région de Dakar et suspendu temporairement l’accès à Internet sur les téléphones mobiles, en raison de la « diffusion de messages haineux et subversifs » sur les réseaux sociaux.

L’organisation Amnesty International a mis en cause cette « atteinte à la liberté d’information » et appelé les autorités à « rétablir l’Internet », dans un message sur X (anciennement Twitter).

Politique sous haute tension La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle 2024 ok
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Les partisans du maire de Ziguinchor dénoncent un complot pour évincer leur champion de l’arène politique à sept mois de l’élection présidentielle. Condamné pour diffamation en mai puis pour corruption de la jeunesse en juin, Ousmane Sonko avait été arrêté, vendredi 28 juillet, dans le cadre d’une troisième affaire.

Présenté à un juge d’instruction lundi, il a été inculpé et placé sous mandat de dépôt ; une procédure dans laquelle il est poursuivi pour huit chefs d’accusation, dont appel à l’insurrection, association de malfaiteurs, atteinte à la sûreté de l’Etat, complot contre l’autorité de l’Etat et vol de téléphone portable.

le parti de Ousmane Sonko a été dissous Au Sénégal
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« Je viens d’être injustement placé sous mandat de dépôt. Si le peuple sénégalais, pour qui je me suis toujours battu, abdique et décide de me laisser entre les mains du régime de Macky Sall, je me soumettrai, comme toujours, à la volonté divine Â», a réagi Ousmane Sonko sur les réseaux sociaux.

D’après ses avocats, l’opposant poursuivait lundi sa grève de la faim commencée dimanche. Pour mobiliser sur la durée ses partisans, Ousmane Sonko a néanmoins un argument de moins : après des mois de controverse, Macky Sall a finalement annoncé, début juillet, qu’il ne briguerait pas de troisième mandat.

Il n’est pas le seul cadre du Pastef visé par la justice. Bassirou Diomaye Faye, secrétaire général et numéro deux de la formation, est toujours en prison pour une publication sur les réseaux sociaux, en avril, dans laquelle il critiquait le comportement de certains magistrats, tandis que Birame Souleye Diop et El Malick Ndiaye, deux responsables importants de la structure, sont tous les deux sous contrôle judiciaire, respectivement pour offense au chef de l’Etat et diffusion de fausses nouvelles. D’après le Pastef, 700 partisans ont été arrêtés dans le pays depuis le 1er juin.

« Une attaque contre les droits civils et politiques Â»

Politique sous haute tension La crainte d’affrontements jusqu’à la présidentielle 2024
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« Cette dissolution n’est pas une surprise, mais le nouvel épisode d’une macabre série de démolition de la démocratie sénégalaise », dénonce Ousseynou Ly, membre de la cellule communication du Pastef, assurant que toutes les voies de recours possibles devant les institutions nationales et internationales pour casser cette décision des autorités sont déjà explorées.

Le « Pastef n’est jamais allé seul à une élection, il a toujours évolué dans une coalition, comme dernièrement dans Yewwi Askan Wi ; donc nous n’avons pas besoin d’un parti politique légalement reconnu par l’Etat pour aller à une élection », avance-t-il, optimiste.

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Pour Pape Mahawa Diouf, porte-parole de la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar, la dissolution du Pastef est « un impératif de sécurité nationale », d’autant plus nécessaire pour « préserver le modèle démocratique sénégalais » que l’Afrique de l’Ouest a été marquée, ces dernières années, par plusieurs coups d’Etat, au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et, plus récemment, au Niger.

Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International au Sénégal, rappelle que la dernière formation politique à avoir été dissoute dans le pays était le Parti africain de l’indépendance, en 1960.

« Depuis lors, même sous l’ère Abdou Diouf [président de 1981 à 2000], aucun parti n’avait connu ce sort, même celui d’Abdoulaye Wade quand il était opposant », souligne-t-il.

La décision visant le Pastef est donc, selon le défenseur des droits humains, « une attaque contre la liberté d’association et contre les droits civils et politiques ».

Même s’il a déclaré qu’il ne se présentera pas à un troisième mandat en 2024, « [le président sénégalais] Macky Sall veut s’assurer que son parti reste au pouvoir et qu’il n’est pas remplacé par Ousmane Sonko », estime M. Gassama.

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